bras de fer sur l’accueil d’un navire de migrants

L’Espagne prête à recevoir les 600 personnes secourues en mer

ROME — L’Espagne a proposé d’accueillir dans un de ses ports le navire transportant les 629 migrants secourus au large de la Libye, enjeu d’un bras de fer entre Malte et l’Italie, mais le bateau restait toujours hier soir en attente en Méditerranée.

Ce navire, l’Aquarius, qui croisait à quelques dizaines de milles marins au large de Malte hier soir, a été ravitaillé en nourriture par un bateau de la marine maltaise, a affirmé sur Twitter l’ONG française qui l’affrète, SOS Méditerranée.

De quoi offrir « un repas supplémentaire » aujourd’hui aux migrants selon l’ONG, mais pas de quoi faire route vers l’Espagne, distante de quelque 1300 km — soit au moins quatre jours de voyage, selon des estimations de l’AFP.

Mais le nouveau ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, également patron de la Ligue (extrême droite), s’est déjà félicité d’avoir eu gain de cause dans sa lutte pour réduire les arrivées de migrants sur ses côtes. « VICTOIRE », a-t-il lancé sur Twitter.

À Madrid, 10 jours après son arrivée au pouvoir, le socialiste Pedro Sanchez a, lui, fait valoir qu’il était du devoir de l’Espagne de remplir ses « engagements internationaux en matière de crise humanitaire ».

« J’ai donné des instructions pour que l’Espagne accueille le navire Aquarius dans le port de Valence », a-t-il annoncé sur Twitter.

Le sort du navire – qui transporte notamment 7 femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés – faisait cependant encore l’objet de conjectures hier soir.

L’Aquarius n’avait toujours pas fait savoir s’il comptait faire route vers l’Espagne, dans l’attente d’un ordre du centre de coordination des secours de Rome.

« L’Aquarius est toujours en attente entre Malte et l’Italie. Aucune nouvelle instruction n’a été donnée et aucun port sûr n’a encore été attribué », a assuré sur Twitter SOS Méditerranée, établie à Marseille.

La proposition espagnole « est encourageante, cela montre qu’il y a des États sensibles à l’urgence humanitaire », a cependant déclaré à l’AFP Sophie Beau, directrice générale de l’ONG.

« Pas beaucoup de solidarité »

À Madrid, le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Josep Borrell, a insisté sur « la nécessité pour les Européens […] de faire face de manière solidaire et coordonnée à un problème qui est celui de tous, et non pas pendant un an celui de la Grèce, l’année suivante celui de l’Italie ».

« L’Italie a reçu un flux énorme de migrants et il n’y a pas eu jusqu’à présent beaucoup de solidarité de la part des autres pays européens. »

— Josep Borrell, ministre des Affaires étrangères de l’Espagne

L’Espagne a pris sa décision alors que le socialiste Pedro Sanchez vient d’arriver au pouvoir après avoir renversé le 1er juin le conservateur Mariano Rajoy au pouvoir depuis six ans, grâce au vote d’une motion de censure au parlement.

Le premier ministre maltais, Joseph Muscat, a remercié Madrid et il a fait acheminer des vivres sur le navire.

« L’Aquarius a reçu 950 bouteilles d’eau, 800 paquets de nouilles et des collations », selon SOS Méditerranée. Cependant, « les stocks de nourriture ne permettront d’offrir qu’un repas supplémentaire » aujourd’hui aux centaines de migrants, a souligné l’ONG.

Bras de fer

La petite île méditerranéenne de Malte et l’Italie avaient décidé de fermer leurs ports à ce bateau.

Matteo Salvini avait fait campagne avant les législatives sur le thème de la fermeture des frontières aux migrants, et prévenu qu’une fois au pouvoir, il ferait tout pour empêcher ces débarquements, particulièrement lorsqu’ils sont le fait des ONG qui patrouillent au large de la Libye.

À la manœuvre depuis le début de cette crise en Méditerranée – la première depuis l’arrivée au pouvoir de la Ligue et du Mouvement cinq étoiles (M5S) – M. Salvini a prévenu les autres ONG qu’elles seraient traitées de la même manière.

« Sauver des vies est un devoir, transformer l’Italie en un énorme camp de réfugiés, non. L’Italie en a fini de courber l’échine et d’obéir, cette fois IL Y A QUELQU’UN QUI DIT NON. »

— Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur de l’Italie, sur Twitter

L’Italie, qui a vu quelque 700 000 migrants débarquer sur ses côtes depuis 2013, a régulièrement accusé les Européens d’avoir détourné la tête et de l’avoir laissée seule face à la crise migratoire.

Un communiqué italien avait enjoint à Malte d’accueillir l’Aquarius, ce que la petite île avait refusé dimanche soir.

La Commission européenne avait souhaité hier un « règlement rapide » de ce bras de fer en Méditerranée, tout comme un porte-parole du gouvernement allemand, qui en avait appelé au devoir « humanitaire » et au sens de la responsabilité de toutes les parties.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’était montré plus direct en enjoignant à Malte et à l’Italie d’autoriser « immédiatement » le débarquement de ces 629 migrants.

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