France

Mission : ressusciter le Parti socialiste

Après une débâcle sans précédent aux dernières élections présidentielle et législatives, le Parti socialiste français s’apprête à se choisir un nouveau chef. Un leadership renouvelé permettra-t-il au parti de gauche de revenir sur les rails ?

Toute sa vie, elle a voté pour le Parti socialiste.

Elle a voté Mitterrand en 1988. Lionel Jospin en 2002. Segolène Royal en 2007. François Hollande en 2012.

Elle a voté socialiste aux élections législatives. Elle a voté socialiste aux élections municipales, départementales, européennes.

Mais aujourd’hui, terminé. Nathalie Arensonas en a assez. Comme beaucoup de Français déçus par le quinquennat de François Hollande, cette relationniste de 52 ans a choisi de tourner le dos au PS.

« J’ai l’impression que le parti est mort. Dans ma tête, je l’ai enterré. »

— Nathalie Arensonas

Autant dire que la sélection d’un nouveau chef, ou plutôt d’un « premier secrétaire » dans le cas du PS, lui passe 10 pieds par-dessus la tête. Elle sait à peine qui se présente et hausse les épaules quand on lui donne les noms des quatre candidats. « Il y a Le Foll et Faure… mais… qui sont les deux autres ? »

L’élection, qui débute demain, sera pourtant cruciale pour le PS, alors que la formation cherche désespérément à se reconstruire.

Une mauvaise image

Rappelons que le PS s’est littéralement effondré après la dernière élection présidentielle.

Passé de premier à cinquième parti de France, il ne compte plus qu’une trentaine de députés, soit 260 de moins qu’en 2012. Son candidat à la présidentielle, Benoît Hamon, exclu dès le premier tour avec seulement 6 % des voix, a quitté le navire pour fonder un nouveau mouvement (Génération.s). Son ancien premier ministre, Manuel Valls, s’est rallié à Emmanuel Macron. Ruiné, le parti a dû vendre son siège historique de la rue de Solferino à Paris, tandis que son nombre d’adhérents aurait chuté de 120 000 à 40 000.

Signe des temps : une nouvelle enquête révèle que seulement 20 % des Français ont une « image positive » du parti, soit moins que pour le Front national à 24 %. « Oui, globalement, il y a assez peu d’intérêt pour le PS », confirme Bruno Jeanbart, de la maison française de sondage OpinionWay.

Autant dire que le choix d’un nouveau leader suscite de grands espoirs, même si la formation est loin d’être sortie du trou.

Pas d’offre politique

Des quatre candidats, l’ancien ministre Stéphane Le Foll semble le plus à même de l’emporter lors du scrutin sur deux tours, qui se tiendra les 15 et 29 mars. Mais une fois l’élection passée, la question est de savoir comment le Parti socialiste pourra retrouver sa pertinence et sa place dans le débat.

Grugé à gauche par Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et à droite par Emmanuel Macron (En Marche !), le PS a en effet très peu d’espace pour se réinventer. « Le sentiment pour le moment, c’est qu’ils n’ont pas d’offre politique qui soit une véritable alternative », observe Bruno Jeanbart.

Rien pour aider : le parti reste divisé sur des questions de fond. Alors que certains de ses membres militent pour un resserrement à gauche, comme le Parti travailliste de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, d’autres estiment que le PS doit poursuivre sur la lancée social-libérale amorcée par François Hollande. Un « manque d’unité profonde », dit Bruno Jeanbart, qui hypothèque grandement sa guérison à court ou moyen terme.

Pour Frédéric Sawicki, professeur à Paris 1-La Sorbonne et spécialiste du PS, le problème est que le Parti socialiste n’a toujours pas fait le bilan des années Hollande, un inventaire nécessaire s’il souhaite clarifier sa ligne idéologique et repartir sur des bases saines.

« Il faut être capable d’ouvrir un débat très large sur pourquoi on a échoué. C’est ce qui permettra au PS de redéfinir son futur projet de société. »

— Frédéric Sawicki

Quel projet ? Pour quel électorat ? Cela reste à voir. Mais selon lui, le PS n’est pas en manque de pistes à explorer : « Raréfaction du travail, enjeux liés à l’écologie, effets pervers de la mondialisation, questions d’égalité sociale, intégration des populations d’origine étrangère, musulmane : ce sont des questions essentielles sur lesquelles le PS n’a pas vraiment de doctrine depuis longtemps… », note M. Sawicki.

Un capital

La bonne nouvelle, pour le Parti socialiste, est qu’il a des bases pour se reconstruire.

S’il est mal en point au niveau national, le parti reste bien implanté au niveau municipal et régional. De nombreuses villes, et non les moindres, sont encore tenues par la formation, comme Nantes, Lille, Rennes, Strasbourg, Lyon et Paris. Un enracinement qui lui garantit une structure et un réseau de militants efficace.

« Pour l’instant, ça reste un capital », résume Bruno Jeanbart.

Tout le défi sera de s’appuyer sur ces anciennes fondations pour mieux se renouveler. Une mission difficile, mais réalisable, estime Jean Petaux, professeur à Sciences Po Bordeaux.

« Pour rebâtir, il faut avoir une volonté et des plans d’architecte, conclut-il. Tout cela reste à élaborer. Mais je rappelle une loi en politique que ce qui est donné pour mort n’est souvent qu’en sommeil. Or, on peut réellement sortir de ces comas politiques. Ça s’est vu. Ça se verra encore. »

Le PS en chiffres

38 %

Proportion des sympathisants socialistes qui considèrent que Stéphane Le Foll ferait le « meilleur premier secrétaire » du PS, contre 5 % pour Olivier Faure, son plus proche concurrent.

20 %

Nombre de Français ayant une « image positive » du PS. C’est moins que Les Républicains (25 %), La France insoumise (25 %), le Front national (24 %) et beaucoup moins que le mouvement En Marche ! d’Emmanuel Macron (40 %).

22 %

Pourcentage de Français qui jugent que le bilan de François Hollande est positif. Chez les sympathisants du PS, ce chiffre monte à 68 %.

Source : Sondage Harris Interactive réalisé pour RTL/Le Figaro/LCI, publié le 7 mars

Qui sont les candidats ?

Stéphane Le Foll, 58 ans

Ministre de l’Agriculture de 2012 à 2017, il possède un avantage sur ses concurrents : la notoriété. Le problème est que cet ancien fidèle de François Hollande n’incarne pas vraiment le renouveau. Ça ne l’empêche pas d’être donné grand gagnant dans les sondages.

Olivier Faure, 49 ans

Vu comme une figure consensuelle, il jouit d’appuis importants au sein du parti. Mais certains lui reprochent le manque de clarté de sa ligne politique. L’autre problème, « c’est qu’il a le charisme d’une huître », siffle Jean Petaux, professeur à Sciences Po Bordeaux.

Luc Carvounas, 46 ans

Ancien disciple de Manuel Valls, il croit à une coalition « arc-en-ciel » qui réunirait toutes les gauches de France. Mais il n’a pas de gros réseau à l’interne et ne récolte que 1 % des intentions de vote.

Emmanuel Maurel, 44 ans

Tenant d’une « gauche décomplexée », c’est le plus à gauche des quatre candidats. On le dit constant et intelligent, mais cet eurodéputé souffre d’un déficit de notoriété. « Il n’est même pas certain que sa belle-mère le connaisse », ironise Jean Petaux.

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