ÉDITORIAL PAUL JOURNET

JEUX DE LA FRANCOPHONIE Pas à n’importe quel prix

La francophonie et la prudence fiscale devraient pouvoir aller ensemble. Le gouvernement caquiste a raison d’avancer à petits pas dans le dossier des Jeux de la Francophonie.

Il serait souhaitable que Sherbrooke accueille l’événement sportif en 2021, mais pas à n’importe quel prix.

Les Jeux de la Francophonie existent depuis 1989. Les athlètes de près de 40 pays s’y affrontent. Soyons toutefois honnêtes. Quel est votre dernier souvenir d’une finale de ces Jeux ? C’est ce qu’on pensait…

La compétition, qui se déroule tous les quatre ans, a néanmoins plusieurs mérites. C’est un des rares événements sportifs à l’international où les athlètes du Québec portent les couleurs de la fleur de lys et non de la feuille d’érable. De plus, il ne s’agit pas que de sport. C’est également un lieu d’échanges culturels et artistiques, avec concours et spectacles.

En fait, l’événement contribue à renforcer la francophonie. Oui, oui, ne riez pas…

Au-delà des errances régaliennes de Michaëlle Jean, la francophonie reste pertinente. Après l’ONU, elle est la deuxième institution internationale en termes de pays membres. Si l’Arabie saoudite a essayé – heureusement sans succès – d’en faire partie, c’est parce qu’elle savait que ce réseau diplomatique pouvait être utile. Le Québec a encore plus à gagner de cette institution, ne serait-ce que pour attirer les immigrants francophones les plus qualifiés, sans oublier les touristes ainsi que les échanges commerciaux et culturels.

Voilà pourquoi la Ville de Sherbrooke avait déposé en 2016 sa candidature pour les Jeux de 2021. Elle avait toutefois été devancée par Moncton.

Or, le Nouveau-Brunswick vient de se désister. Le nouveau gouvernement conservateur minoritaire s’y maintient au pouvoir grâce à l’appui de la People’s Alliance, un parti antibilinguisme. Alors il a débranché le projet en exagérant les dépassements de coûts prévus.

La ministre fédérale responsable de la Francophonie, Mélanie Joly, a eu un bon réflexe en invitant Sherbrooke à relancer le projet.

Lundi dernier, la ville estrienne s’est donné une semaine pour mettre à jour son étude des coûts. En 2016, la facture avait été évaluée à 52 millions – le provincial et le fédéral devaient chacun en payer le tiers. Si le coût est encore jugé raisonnable, Sherbrooke proposera sa candidature à la prochaine rencontre de l’Organisation internationale de la Francophonie, la semaine prochaine à Paris. Le gouvernement Trudeau a déjà manifesté son intérêt. Le gouvernement Legault s’y montre aussi ouvert, mais avec nettement moins d’enthousiasme. On ne le lui reproche pas.

Les caquistes affichent une saine prudence. En effet, les événements sportifs sont souvent des machines à déficits. La preuve : la Ville de Québec a indiqué hier qu’elle serait elle aussi prête à accueillir les Jeux… à condition de ne pas devoir dépenser un seul sou. Si l’investissement était si profitable, le maire Labeaume n’aurait pas hésité à sortir son chéquier.

Il est normal que les caquistes se méfient eux aussi. Toutefois, dans le cas de Sherbrooke, il semble que les dérapages financiers soient évitables.

Sherbrooke n’aura pas besoin de construire de nouvelles infrastructures. Il lui suffira de travaux légers pour mettre à jour les équipements sportifs et les unités de logement de l’université et de la Ville.

La ville estrienne pourra profiter des retombées économiques venant d’athlètes étrangers. Bien sûr, il faut être très prudent avec les calculs des retombées, trop souvent gonflés aux stéroïdes. Par exemple, pour les Jeux olympiques, on ne compte pas les touristes qui seraient venus dans la ville sans l’événement, ou qui, pire, ont décidé de ne pas venir à cause de l’événement pour éviter la foule. Ces deux scénarios risquent de moins toucher un événement à plus petite échelle comme les Jeux de la Francophonie.

S’il est possible de contribuer à faible coût à la francophonie, de donner une vitrine aux athlètes québécois et de créer des maillages entre artistes et autres professionnels, pourquoi pas ? Tant que la facture demeure très petite, bien sûr. Tout dépend du chiffre final. Le premier ministre Legault fait bien de l’attendre.

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