Comportements abusifs d’entraîneurs

Après Babcock et Peters, d’autres suivront-ils ?

L’affaire était entendue, il ne manquait qu’à y apposer un sceau de confirmation : les Flames de Calgary ont largué leur entraîneur-chef Bill Peters en raison des traitements abusifs et des insultes racistes dont auraient été victimes des joueurs sous sa gouverne.

Il s’agit de la deuxième tête à tomber en un peu plus d’une semaine dans la LNH. Mike Babcock, des Maple Leafs, a perdu son emploi en raison des insuccès de son équipe sur la glace, mais une fois son congédiement confirmé, ses méthodes musclées, voire humiliantes ont été étalées au grand jour.

Peters, ex-adjoint de Babcock à Detroit, fait face à des allégations qui vont encore plus loin : avoir frappé des joueurs et avoir pris à partie au moins un joueur pour la couleur de sa peau.

Ces deux situations ont ébranlé le monde du hockey. Sur les réseaux sociaux, moult rumeurs ont circulé au sujet d’autres entraîneurs aux pratiques douteuses. Et, à tous les niveaux, une vaste discussion a été lancée, de nombreux acteurs du milieu appelant à un changement radical de culture dans ce sport où la discipline est une vertu hautement vantée et protégée.

La question que beaucoup se posent désormais est : est-ce que d’autres entraîneurs en vue verront leur statue déboulonnée ? Les prochaines semaines nous le révéleront sans doute. Néanmoins, certains pensent déjà à la suite.

Hockey Canada, par exemple, a senti le besoin de publier un communiqué vendredi. À six reprises, Peters a été recruté par le programme national pour travailler auprès d’une équipe junior ou adulte sur la scène internationale.

« Les dernières semaines ont donné lieu à des discussions franches sur notre sport et sa culture. Certains éléments sont inquiétants, d’autres, positifs, mais tous sont valables et nous montrent combien ce sport tient à cœur à tant de Canadiens. »

— Hockey Canada

« Nous assumons la responsabilité de superviser le hockey du Canada, et les dernières semaines nous ont blessés [humbled us]. Nous savons que nous devons continuer à nous améliorer », pouvait-on encore lire dans la missive.

L’ancien dur à cuire Dan Carcillo a été très actif sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours, multipliant les commentaires dénonçant les comportements abusifs des entraîneurs au hockey. Sur Twitter, vendredi, il a dit souhaiter que Bill Peters prenne un pas de recul, se « soigne » et s’excuse, en public ou en privé, « au jeune homme dont il a ruiné la carrière ».

Démission

En réalité, Peters a démissionné. Mais les Flames l’avaient suspendu au début de la semaine, et il n’a plus gravité autour de son équipe depuis. Sa démission apparaissait donc comme une formalité à ce point.

C’est un tweet publié par un ancien joueur qui est à l’origine de la chute de Peters. D’origine nigériane, Akim Aliu a joué sous ses ordres il y a une dizaine d’années avec les IceHogs de Rockford, dans la Ligue américaine.

Il s’est exprimé lundi sur les réseaux sociaux pour faire écho au congédiement de Mike Babcock. Aliu a écrit qu’il n’était pas « surpris » de ce qu’il apprenait. « La pomme ne tombe pas loin de l’arbre, c’est la même chose avec son protégé à Calgary. Il a utilisé plusieurs fois le mot en N à mon année recrue parce qu’il n’aimait pas mes choix musicaux. »

Le lendemain, Michal Jordán, qui a connu Peters chez les Hurricanes de la Caroline, a ajouté que l’entraîneur frappait ses joueurs sur le banc. Des coups de pied, des coups à la tête, souvent en plein match.

Ces allégations ont été confirmées par Rod Brind’Amour, actuel entraîneur des Hurricanes et assistant de Peters pendant ses quatre saisons à Raleigh. Selon lui, la direction de l’équipe a rapidement réagi lorsqu’elle a été mise au fait de la situation. « Je n’en ai plus jamais entendu parler », a dit Brind’Amour au réseau Sportsnet.

Devant ces révélations, les Flames ont suspendu leur entraîneur, le temps de faire la lumière sur l’affaire. Peters n’était donc pas derrière le banc de l’équipe à son plus récent match, mercredi.

Jeudi, l’entraîneur déchu a envoyé une lettre à ses patrons pour s’excuser, décrivant l’épisode de l’insulte raciale comme « isolé et regrettable ». « C’est arrivé dans un moment de frustration, a-t-il ajouté. Je me suis immédiatement excusé. »

Akim Aliu s’est empressé de réagir, décrivant ces excuses comme « trompeuses, non sincères et inquiétantes ».

Le couperet est finalement tombé vendredi.

En point de presse, le directeur général des Flames, Brad Treliving, a expliqué que les gestes et paroles passés de Peters ne reflétaient « en rien les valeurs » de l’équipe.

Critiqué pour ne pas avoir congédié son entraîneur plus tôt, Treliving a expliqué qu’il était « important [qu’ils aient] toutes les informations » avant de prendre une décision.

Geoff Ward, adjoint de Peters, assurera l’intérim jusqu’à nouvel ordre.

Cité par La Presse canadienne, l’attaquant des Flames Matthew Tkachuk a estimé que ce dénouement était probablement la meilleure solution pour l’équipe. Son capitaine, Mark Giordano, a quant à lui dit que les derniers jours avaient été difficiles et que la seule échappatoire des joueurs était de se retrouver sur la patinoire.

« En fin de compte, nous, les joueurs, pouvons seulement tourner la page », a-t-il dit.

Dans une déclaration écrite, la LNH a indiqué qu’elle poursuivait son enquête sur les agissements de Bill Peters et que, conséquemment, elle ne commenterait pas son départ des Flames.

— Avec La Presse canadienne

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