Julien Lacroix

Tout en même temps

Il n’a pas été accepté à l’École nationale de l’humour, mais il a remporté l’an dernier l’Olivier de la découverte de l’année. À 25 ans, Julien Lacroix s’apprête à lancer son premier spectacle solo et son premier long métrage, Mon ami Walid, écrit avec son acolyte Adib Alkhalidey. Retour sur le jeune parcours impressionnant d’un humoriste, animateur, acteur et auteur.

En rodage

Notre rendez-vous avec Julien Lacroix avait lieu lundi dernier à 17 h au Lion d’or, où l’humoriste rode son premier spectacle solo depuis le début de l’automne. Le spectacle devrait être prêt et dévoilé aux médias à l’automne 2019. Ces derniers mois, Julien Lacroix a dû écrire de nombreux numéros. « Le rodage a commencé tout juste après ma tournée avec Mehdi Bousaidan, donc j’avais zéro stock. Le contenu a beaucoup évolué. Je commence à être content. »

Rodage est le bon mot. Alors que Julien Lacroix monte sur scène dans trois heures, il attend l’arrivée de son complice et metteur en scène Gabriel D’Almeida Freitas pour peaufiner les vidéos qui ouvrent et clôturent le spectacle. « Gabriel est très occupé, car il tourne dans le prochain film de Xavier Dolan, Matthias et Maxime », souligne son ami.

Ses débuts

Né dans le Vieux-Longueuil, Julien Lacroix a grandi au sein d’une famille qui travaille dans le domaine du cinéma. « Ma grand-mère a le plus gros costumier au Canada, Espace Costume », indique-t-il. Dès l’enfance, Julien Lacroix cherchait à « être le comique ». Il a suivi des cours de théâtre, mais il a plutôt acquis une passion pour l’improvisation.

« J’ai lâché le cégep pendant la grève étudiante, raconte-t-il. Je me cherchais, mais je voulais faire de l’humour. » Julien Lacroix a lancé une soirée d’humour sur la Rive-Sud (au Bar à Chico puis au Bungalow) avant de commencer à tourner des vidéos avec une webcam, avec lesquelles il allait faire sa marque. À cette époque, il a été refusé à l’École nationale de l’humour. Un dur coup. « Je pense que j’ai essayé d’y aller car c’était alors la seule porte d’entrée. Mais c’est en train de changer… »

Les chemins qui mènent au domaine de l’humour québécois se sont effectivement multipliés, notamment grâce aux réseaux sociaux.

Merci, Facebook et Les Olivier

Plus de 155 000 personnes suivent la page Facebook de Julien Lacroix. Au fil du temps, ses vidéos « maison » promotionnelles sont devenues des sketchs avec des amis (Yannick De Martino, Katherine Levac), des humoristes qui voulaient lui donner de la visibilité (« J’en dois une à Mike Ward »), puis des invités de marque (Véronique Cloutier, Maripier Morin, Martin Matte), qui ont atteint les centaines de milliers de visionnements.

En 2016, Julien Lacroix a présenté son premier spectacle de 60 minutes intitulé Voisiquement-moi, dans le cadre de Zoofest. Il a également multiplié les apparitions à la télé (ALT, Mike Ward Show, Les Simone). Puis, l’an dernier, il a remporté trois prix au Gala Les Olivier, dont celui de la découverte de l’année. « Au final, cela donne de la crédibilité, résume-t-il. Dès le lendemain matin, l’attitude des gens envers moi sur le plateau de Salut Bonjour avait changé. »

Apprendre à doser

Que ce soit sur le plateau de Tout le monde en parle, à La soirée est encore jeune ou au Show de Rousseau, Julien Lacroix « punche » avec l’aisance d’un poisson dans l’eau. Partout où il passe, il veut en profiter au maximum. « J’ai tellement toujours voulu être là… » Or, il a dû apprendre à boire moins de vin avant ses apparitions médiatiques, mais surtout à « doser » et à ne pas « être juste dans le gag ». « Je travaille là-dessus. »

Autre défi pour lui : ne pas surcharger son horaire.

À défaut d’être allé à l’École nationale de l’humour, Julien Lacroix a appris à fignoler son écriture humoristique, notamment auprès de collègues et d’amis comme Mehdi Bousaidan et Olivier Thivierge. Il est fier de son Olivier du numéro de l’année pour Lettre à mon ex. « Le public qui me voit à la télé a pu constater que je fais du stand-up. »

Julien Lacroix peut aussi compter sur son imprésario Alexis Poulin, ainsi que sur son complice Gabriel D’Almeida Freitas, avec qui il pousse au complet l’exploration de ses idées. « Le personnage de nigaud que Julien incarne sur scène fait qu’on lui pardonne tout. Ses propos crus passent, car c’est lui le naïf du Dîner de cons », dit Gabriel D’Almeida Freitas. Le plus beau compliment que des humoristes font à Julien Lacroix ? « Moi, je ne pourrais pas dire cela. » C’est la preuve que son personnage a un angle unique au grand potentiel.

Sortie de Mon ami Walid

Le film que Julien Lacroix a scénarisé avec Adib Alkhalidey, Mon ami Walid, prendra l’affiche au cinéma en janvier. Un film autoproduit avec un budget de 200 000 $ (près du triple de la somme prévue). Le synopsis ? L’amitié entre deux employés d’une épicerie. Antonin, un imbécile heureux, veut redonner l’envie de vivre à son ami dépressif Walid. Il s’agit d’une comédie avec un ton pathétique à la Little Miss Sunshine. Un road movie qui traite de la maladie mentale, qui met en vedette Laurent Paquin, Catherine St-Laurent et Marie-Ève Perron. Vu la sortie du film et son importance grandissante, Julien Lacroix a repoussé la première de son spectacle solo en septembre. « Il y a d’autres nouvelles qui s’en viennent », annonce-t-il avec un sourire en coin.

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