fausses nouvelles

Le président nigérian dément sa mort virtuelle

Le président nigérian Muhammadu Buhari a démenti en fin de semaine des rumeurs ubuesques, largement répandues sur les réseaux sociaux, voulant qu’il soit mort et ait été remplacé par un sosie, ou encore cloné. Sa sortie met en relief l’importance des fausses nouvelles circulant dans le pays et fait écho à une nouvelle étude suggérant que l’Afrique est touchée de plein fouet par le phénomène.

Comment les rumeurs ont-elles commencé ?

Une étude de l’Agence France-Presse retraçant la genèse des rumeurs indique qu’elles ont commencé à circuler en septembre 2017 après la diffusion sur Twitter d’une vidéo du dirigeant d’une organisation indépendantiste du Biafra, dans le sud du pays. Nnamdi Kanu y affirmait que le président nigérian était mort et avait été remplacé par un sosie d’origine soudanaise appelé Jabril. L’affirmation a été largement reprise sur les réseaux sociaux dans des messages qui ont été partagés des dizaines de milliers de fois. Un usager a notamment tenté d’étayer l’idée en manipulant une photo pour montrer que le président ne signait plus de la même main. Un ancien ministre de l’ex-président Olusegun Obasanjo a même affirmé en ligne qu’un « rituel satanique » réalisé sur le corps mort du président avait permis de le ressusciter à travers Jabril.

Qu’en dit le président ?

Après avoir longtemps ignoré les rumeurs, le président Buhari a finalement décidé de les commenter directement dimanche. Il a été interrogé à ce sujet lors d’une rencontre avec des ressortissants nigérians tenue en Pologne. Le politicien, qui doit célébrer son 76e anniversaire à la mi-décembre, a indiqué que les personnes évoquant sa mort et une possible usurpation d’identité étaient « ignorantes ». « C’est vraiment moi, je vous l’assure », a-t-il souligné en suscitant des rires dans l’assistance. M. Buhari, qui a dû être hospitalisé en Grande-Bretagne pendant trois mois pour des raisons inconnues l’année dernière, a souligné que nombre de personnes avaient souhaité en vain sa mort durant cette période. « Je suis encore plein d’énergie », a-t-il assuré.

Pourquoi les rumeurs à son égard se sont-elles propagées ?

Herman Wasserman, un professeur de l’Université du Cap en Afrique du Sud qui étudie les fausses nouvelles, estime qu’il est possible que certaines personnes véhiculant les rumeurs au Nigeria aient été motivées politiquement. Il pense que de nombreux internautes l’ont fait plutôt pour se moquer du président, reflétant une longue tradition de satire et de blagues envers la classe politique qui s’amplifie avec l’émergence des réseaux sociaux. M. Wasserman a récemment terminé une étude sur trois pays africains qui suggère que les fausses nouvelles sont largement répandues sur le continent. Près du tiers de la population au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud affirme avoir déjà relayé des nouvelles qui se sont révélées fausses, comparativement à 16 % aux États-Unis. La méfiance envers les médias est l’un des facteurs expliquant l’importance des fausses nouvelles dans les pays considérés, relève M. Wasserman, qui évoque la nécessité d’une campagne de sensibilisation à grande échelle pour rétablir la confiance.

Les rumeurs sur la santé du président vont-elles lui nuire ?

La discrétion du président et de son entourage sur la nature des problèmes de santé dont il a souffert ont alimenté les interrogations de la population. John Campbell, spécialiste du Nigeria rattaché au Council on Foreign Relations, estime que ce manque de transparence n’a rien de particulier, puisque les dirigeants africains se montrent souvent très discrets à ce sujet. La question risque d’être évoquée dans la campagne menant à l’élection présidentielle de février, mais ne devrait pas peser autant, selon l’analyste, que les difficultés économiques du pays et la difficile lutte contre les intégristes de Boko Haram. Le chef d’État avait promis à son arrivée au pouvoir d’en finir avec le mouvement, « mais ce n’est pas du tout ce qui est arrivé », affirme M. Campbell, qui évoque une récente résurgence d’attaques dans le nord du pays. « Le président a tenté de les détruire militairement, mais n’a pas les moyens d’y parvenir », ajoute l’analyste, qui prédit une course à deux entre M. Buhari et Atiku Abubakar, un ancien vice-président. Ni l’un ni l’autre, souligne M. Campbell, ne semble avoir d’idées « originales » pour venir à bout de l’insurrection, qui plonge ses racines dans une « révolte islamiste populaire contre le gouvernement central ».

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