Faux départ dans une école pour jeunes en difficulté

Des élèves d’Eulalie-Durocher, à Montréal, voient leurs cours à distance annulés les uns après les autres

Arielle Meunier-Kunigis, 18 ans, fréquente une école publique pour jeunes en difficulté de 16 à 21 ans : l’école Eulalie-Durocher, près de la station de métro Pie-IX. Après un printemps chaotique, elle comptait sur la rentrée de septembre pour repartir du bon pied. Mais depuis vendredi dernier, ses cours à distance sont annulés les uns après les autres sans qu’elle sache pourquoi.

« Ce qui me consterne, c’est qu’il n’y a pas d’information, dit son père. On ne sait pas s’il y a un cours ou s’il n’y a pas de cours. C’est un peu le bordel. Je peux comprendre qu’ils ont un retard, mais ce sont des élèves fragiles. Quand ils se lèvent à 7 h 30 du matin et qu’il n’y a rien qui se passe, le lendemain matin, ils ne veulent pas se réveiller. »

Des experts en lutte contre le décrochage scolaire s’inquiètent de cette situation. L’école secondaire Eulalie-Durocher accueille de 700 à 1000 jeunes en transition vers le cégep ou la formation professionnelle, qui proviennent de tout le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Certains ont des difficultés d’apprentissage, d’autres, des obstacles personnels.

« Je suis un peu perplexe par rapport à ce manque de préparation que j’observe dans d’autres endroits », lance Benoît Bernier, directeur de l’organisme spécialisé en intervention éducative Déclic.

« Des écoles en adaptation scolaire ont eu aussi beaucoup de difficultés à organiser leurs services à distance. Il y a, pour moi, quelque chose qui réclame un encadrement supplémentaire pour l’enseignement à distance. Il faudrait, à un moment donné, que ça sonne des cloches au ministère de l’Éducation, dans les centres de services scolaires et à la direction de l’enseignement privé : qu’est-ce que vous faites en enseignement à distance ? Est-ce que vous respectez les directives du Ministère ? »

M. Bernier craint que le taux de décrochage n’augmente si les écoles ne sont pas capables d’encadrer rapidement les élèves à distance.

« Je trouve ça très inquiétant pour ceux qui sont en perte de motivation ou qui ont des difficultés d’adaptation et d’apprentissage qu’on ne se soit pas préoccupé davantage de l’enseignement à distance, de la disponibilité des enseignants et de la qualité de l’offre de services. »

— Benoît Bernier, directeur de l’organisme Déclic

Égide Royer, psychologue et professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, rappelle que plus un jeune est vulnérable, plus l’enseignement en présence est important parce que « l’enseignement à distance, globalement, est moins efficace que l’enseignement en présentiel pour l’ensemble des jeunes ». Cela est aussi vrai pour les jeunes en milieu défavorisé.

« On ne veut pas juste savoir combien il y a de cas de COVID-19 dans les écoles du Québec, ajoute-t-il. On veut savoir combien de jeunes ne sont pas revenus ou sont partis de l’école depuis la rentrée. »

« PAS LA MEILLEURE IDÉE »

À l’école secondaire Eulalie-Durocher, la formation est actuellement hybride : 50 % à distance, 50 % en présence. Arielle Meunier-Kunigis a remis les pieds en classe jeudi pour la première fois depuis cinq mois.

La veille, au quatrième jour d’école, elle avait eu un premier cours en ligne d’une heure, auquel seulement quatre élèves ont assisté. Ses autres cours à distance avaient été annulés à la dernière minute.

« Les cours en ligne, ce n’est pas efficace parce que c’est difficile, surtout dans une école comme Eulalie-Durocher, souligne-t-elle. On est déjà tous en difficulté d’apprentissage. »

« D’avoir un manque de ressources, c’est sûr que ce n’est pas la meilleure idée. La plupart [des élèves] ne sont pas motivés. Ils ne sont juste pas venus en classe. »

— Arielle Meunier-Kunigis

Le CSSDM n’a pas fourni d’explication sur les ratés de cette rentrée à distance. « Il ne s’agit pas ici de classes totalement virtuelles, mais bien d’un suivi à distance qui s’effectue selon chaque enseignant », note le porte-parole de l’organisme, Alain Perron.

De son côté, la directrice de l’établissement, Amélie Girard, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Dans un courriel envoyé au père d’Arielle, daté du 4 septembre, la direction de l’école reconnaît toutefois que plusieurs cours virtuels ne sont pas encore offerts sur Teams et que cette situation pourrait durer plusieurs jours. « Nous travaillons étroitement avec le service des ressources informatiques du CSSDM afin que ce soit réglé dès que possible », peut-on lire.

La plateforme Teams est pourtant un outil très largement utilisé dans tout le Québec depuis le mois de mars dernier.

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