OPINION

Pourquoi le Québec doit défendre la francophonie canadienne

Que ce soit le gouvernement néo-brunswickois, qui est appuyé par un parti hostile aux francophones, ou le gouvernement ontarien, qui hésite à rétablir les services en français, nous assistons au Canada à une remise en cause de la dualité linguistique. Le Québec ne doit pas rester les bras croisés devant une telle remise en cause.

Disons d’emblée que la francophonie canadienne, et les Franco-Ontariens en particulier, mérite mieux que des discours accusatoires envers le Canada. Ils méritent notre solidarité.

Le gouvernement fédéral n’en fait pas assez

Ils méritent notre solidarité, car malgré l’agitation de la ministre fédérale responsable des langues officielles et du premier ministre, le gouvernement fédéral n’en fait pas assez pour la défense des droits et des services en français.

Le commissaire aux langues officielles nous le rappelle régulièrement : le gouvernement canadien ne respecte pas ses engagements en matière de services en français. Il est invraisemblable qu’en 2018, celui-ci soit incapable d’offrir des services publics dans les deux langues officielles.

Les propos de Justin Trudeau selon lesquels le Canada est un pays « postnational » n’aident pas non plus.

De tels propos véhiculent l’idée qu’un des traits essentiels de la nation canadienne, le bilinguisme, n’est pas important, car après tout, il n’y a pas de nation canadienne.

Le destin du Québec est lié à celui de la francophonie canadienne

Les Franco-Canadiens méritent aussi notre solidarité, car nos destins sont liés. Si le français décline dans le reste du pays, alors cela isole le Québec socialement et politiquement.

Cela isole le Québec socialement, car plus le français devient une langue parmi d’autres dans l’espace public canadien, plus sa voix sur une foule d’enjeux sociaux est marginalisée. D’autant plus que les Québécois et les Franco-Canadiens ont souvent des perspectives différentes sur les droits des minorités, les services publics, le fédéralisme, etc.

Cela isole le Québec politiquement, car même s’il se voit garantir au Parlement fédéral un minimum de sièges, le Québec a intérêt à ce qu’il y ait des députés franco-canadiens. Et ceux-ci ont intérêt à ce que le Québec demeure influent en politique fédérale, ne serait-ce que pour les aider dans leur lutte pour des services en français et le respect de leurs droits.

Refonder les politiques canadiennes en matière linguistique

Le Québec devrait proposer au gouvernement fédéral de refonder ses politiques linguistiques et, surtout, de réaffirmer le principe de la dualité linguistique.

Ceci devrait passer par une refonte de la Loi sur les langues officielles. Le gouvernement fédéral doit réaffirmer le fait que le français n’est pas seulement un legs historique ou une dépense publique, mais un trait indéracinable de la nation canadienne.

La création du Canada par deux peuples fondateurs est une chance, non un désavantage.

C’est une chance en matière de gestion de la diversité, de l’économie, des relations internationales, etc. Il n’est pas nécessaire de parler français pour comprendre cela.

Il n’est pas non plus nécessaire de parler français pour comprendre que les hôpitaux francophones, les ambulanciers francophones et les écoles francophones ne sont pas des dépenses publiques additionnelles, mais des services publics essentiels.

Le gouvernement fédéral ne doit pas se contenter de garantir des droits et des services aux minorités linguistiques, il doit faire la promotion du bilinguisme, notamment du français, auprès des nouvelles générations.

Disons-le clairement : l’avenir du Canada dépend en bonne partie de sa capacité à concilier ses deux langues officielles.

Entre-temps, nous devons continuer d’exprimer notre solidarité envers les Franco-Ontariens et la francophonie canadienne. Après tout, ce qui se joue en Ontario ne concerne pas seulement l’avenir des Franco-Ontariens, cela concerne aussi l’avenir des Québécois.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.