10 jours et 4 matchs plus tard

Un barrage d’appréhensions a suivi l’annonce de l’arrivée d’Ilya Kovalchuk chez le Canadien. Après coup, quelles conclusions tire-t-on ? Retour sur ses premiers pas avec sa nouvelle équipe.

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe. Chez les partisans, bien sûr, mais chez les journalistes aussi.

Le Canadien tenait tranquillement sa première séance d’entraînement complète de la nouvelle année, le vendredi 3 janvier. Sur la galerie de presse, au complexe Bell de Brossard, la matinée s’annonçait plutôt pépère. L’histoire du jour était plutôt intuitive, puisque Marc Bergevin avait acquis la veille en soirée le défenseur québécois Marco Scandella. Mais pourtant…

C’est le collègue Eric Engels, de Sportsnet, qui a été le premier à voir passer la nouvelle publiée par le Canadien sur son compte Twitter : Ilya Kovalchuk s’était entendu avec l’équipe sur les modalités d’un contrat d’un an.

La consternation a rapidement fait place à la fébrilité. Après tout, Kovalchuk devenait illico le nom le plus prestigieux à s’associer au Canadien depuis Alex Kovalev 15 ans avant. Et encore, en comparant les deux joueurs au zénith de leur carrière respective, Kovalchuk a largement dépassé son compatriote sur le spectre du vedettariat.

L’aiguille de l’optimisme, par contre, n’a pas bronché. L’impression généralisée : Bergevin avait embauché un joueur fini dont le style n’avait rien, mais rien à voir avec celui de Claude Julien. La Presse a d’ailleurs publié une analyse en ce sens dans les heures qui ont suivi.

Le directeur général et, après lui, l’entraîneur-chef n’ont pas soufflé bien fort sur les braises de l’enthousiasme. La ligne officielle : Kovalchuk constituait une embauche « sans risque » destinée à remplacer les nombreux blessés, point. Le Russe n’était plus le joueur qu’il avait déjà été, il s’était brouillé avec les Kings de Los Angeles et n’avait pas disputé de match depuis presque deux mois, constatait-on. Était-il en état de jouer ? « Il patine. »

Eh bien…

Il faudrait résolument le voir en situation de match pour se faire une tête. Ce qui est enfin arrivé le lundi 6 janvier contre les Jets de Winnipeg. Cela faisait à peine trois jours que Kovalchuk avait signé son contrat, mais le mystère semblait planer depuis des semaines.

Et puis ?

Et puis ce n’est franchement pas si mal. On pourrait même dire que ça s’est très bien passé pour lui.

On ne s’éternisera pas sur ses quatre points en autant de matchs jusqu’ici. Au début des années 2000, Chad Kilger a obtenu trois points à ses trois premiers matchs à Montréal et, à ce qu’on sache, son numéro n’est pas accroché au plafond du Centre Bell.

Mais Kovalchuk démontre jusqu’ici une ardeur au travail qu’on ne lui aurait pas soupçonnée, surtout pas à 36 ans, ni en connaissant la réputation, vraie ou non, qu’il traîne.

Jetons un coup d’œil aux quatre premiers matchs disputés dans son nouvel uniforme.

Premier match (6 janvier)

– Adversaire : Jets de Winnipeg – Temps de glace : 19 min 25 s – 1 mention d’aide – 4 tirs, 6 mises en échec – Sur la patinoire pour les 2 buts du Canadien – Chances de marquer à 5 contre 5* : Jets 5, Canadien 5

Deuxième match (7 janvier)

– Adversaire : Red Wings de Detroit – Temps de glace : 21 min 22 s – 2 mentions d’aide – 1 tir, 2 mises en échec – Sur la patinoire pour 2 buts du Canadien et 2 des Red Wings – Chances de marquer à 5 contre 5* : Canadien 5, Wings 12

Troisième match (9 janvier)

– Adversaire : Oilers d’Edmonton – Temps de glace : 18 min 36 s – Aucun point – 2 tirs, aucune mise en échec – Sur la patinoire pour 1 but des Oilers (filet désert) – Chances de marquer à 5 contre 5* : Oilers 8, Canadien 2

Quatrième match (11 janvier)

– Adversaire : Sénateurs d’Ottawa – Temps de glace : 20 min 26 s – 1 but – 4 tirs, aucune mise en échec – Sur la patinoire pour 1 but du Canadien – Chances de marquer à 5 contre 5* : Canadien 11, Sénateurs 7

*Quand Kovalchuk est sur la glace. Source : Natural Stat Trick

Ses deux meilleurs matchs, Kovalchuk les a disputés au début et à la fin de la semaine. Contre les Jets, il a mis à contribution son gabarit pour embêter ses adversaires dans leur zone et pour gagner des batailles le long des bandes. Contre les Sénateurs, équipe autrement plus faible, il est vrai, on a vraiment senti ses réflexes offensifs se réveiller. On a pu le constater sur son but en prolongation, bien sûr, mais également dans les chances qu’il a créées pour ses compagnons de trio.

Il sera intéressant de voir à qui Kovalchuk sera jumelé quand les blessés commenceront à revenir. On ne sait trop rien de l’état de santé actuel de Brendan Gallagher, aux prises avec des maux de tête dont on ignore s’ils sont liés à sa récente commotion cérébrale, mais Jonathan Drouin et Joel Armia devraient renouer avec l’action après le match des Étoiles, à la fin du mois de janvier.

Si la progression de Kovalchuk continue à ce rythme, Julien aura alors un heureux problème entre les mains. Mais le fait est que, jusqu’ici en tout cas, l’ailier ne semble pas convenir à toutes les combinaisons. Ses deux forts matchs contre Winnipeg et Ottawa, il les a disputés à la droite de Phillip Danault et de Tomas Tatar. L’essentiel des deux autres rencontres, il l’a passé à la gauche – pourtant son aile de prédilection – de Max Domi et de Nick Suzuki. Et au sein de cette dernière unité, il a été franchement moins efficace, y compris contre les pauvres Red Wings.

L’apport d’Ilya Kovalchuk sur l’avantage numérique reste encore à définir. Au cours de la dernière semaine, il a certes fourni une aide sur l’unique but inscrit par l’attaque à cinq du Canadien, mais la connexion n’est pas encore fluide avec Shea Weber et Jesperi Kotkaniemi.

En outre, bien que Julien a salué le fait que son joueur se limite à des présences courtes, les chiffres nous indiquent le contraire. En quatre rencontres, ses présences ont duré 54 secondes en moyenne, valeur largement supérieure aux présences de Phillip Danault (44 s), de Brendan Gallagher (45 s) ou encore de Max Domi et de Nick Suzuki (48 s chacun).

L’échantillon est limité, évidemment. Mais il n’est pas extrêmement surprenant quand on sait que pour toute la durée de son premier séjour dans la LNH, soit de 2001 à 2013, Kovalchuk a été l’attaquant du circuit ayant étiré le plus ses présences – 59 secondes en moyenne, ex aequo avec Alexander Ovechkin.

« On le regarde »

Après l’entraînement facultatif de samedi matin, Julien a laissé passer un silence lorsqu’on lui a demandé s’il estimait que Kovalchuk était toujours un joueur en évaluation. « Il est ici parce qu’on a des blessures et qu’on a besoin d’aide. Ça fait trois matchs qu’il joue. On le regarde », a résumé l’entraîneur.

Autrement dit, l’échantillon n’était pas vraiment assez probant pour tirer des conclusions.

Après la rencontre en soirée et le fameux but gagnant, Julien s’est davantage exprimé.

« C’est un gars dont on voulait pour nous aider », a-t-il dit. À ses yeux, Kovalchuk « achète ce qu’on essaie de faire avec l’équipe ». En anglais, il l’a décrit comme « un gars facile à apprécier », vanté tant par ses coéquipiers que par le personnel d’entraîneurs.

Le principal concerné a lui-même plus d’une fois rappelé combien ses camarades lui avaient ouvert grand les bras. « Dès les premières minutes, je me suis senti le bienvenu. »

Le capitaine du club, Shea Weber, a fait valoir qu’un joueur de cette expérience n’avait pas besoin de beaucoup d’encadrement, surtout dans un groupe où, insiste-t-il, « il n’y a pas de clique, et tout le monde parle à tout le monde ». « On a voulu qu’il se sente un membre de l’équipe à part entière dès son arrivée. »

Sur Instagram, après la rencontre de samedi, Max Domi a d’ailleurs pris la peine de publier une photo pour souligner le but de Kovalchuk, qui disputait par ailleurs son 900e match dans la LNH. « Un privilège de jouer avec cette légende », a-t-il écrit.

Le nouveau numéro 17, enfin, a avoué que les 10 derniers jours avaient été intenses, mais qu’il en avait apprécié « chaque moment ». « Les fans, les gens de Montréal, sont géniaux. Mes coéquipiers aussi. Nous avons tout ce qu’il faut dans ce vestiaire pour faire tourner le vent » et aligner les victoires.

En annonçant l’arrivée d’Ilya Kovalchuk à Montréal, Marc Bergevin a souligné à gros traits qu’il s’agissait sans doute de la dernière chance qui s’offrait à l’ex-superstar d’évoluer dans la LNH. Bien sûr, il lui faut encore passer le test du temps et de la constance. Mais pour le moment, cette dernière chance, Kovalchuk semble drôlement disposé à la saisir.

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