Cuba Merci Gracias

Tourner avec les moyens du bord

Parallèlement à la présentation des films aux cinéphiles, le Festival du nouveau cinéma peut aussi constituer une plateforme de lancement pour des œuvres marginales. Comme Cuba Merci Gracias, opus artisanal tourné avec une tonne de bonne volonté.

Pour se rendre jusqu’au public, le film Cuba Merci Gracias emprunte un chemin si singulier que le réalisateur Alex B. Martin et la productrice Caroline Galipeau n’hésitent pas à qualifier leur démarche de « cinéma de guérilla ».

Pas la guérilla dans le sens politique et violent du terme. Plutôt dans le sens que ce film sorti du maquis a été fait de façon artisanale, sans argent public ni distributeur, un acteur-clé pour en assurer le rayonnement. Aussi bien dire qu’il a été fait « à l’envers », pour reprendre un mot d’Alex B. Martin.

Or, le fait que le long métrage de 65 minutes soit inscrit dans la section Focus Québec/Canada du Festival du nouveau cinéma (FNC) peut devenir une excellente carte de visite pour lui permettre d’être vu ici et ailleurs dans le monde.

« Je sais bien que c’est un film d’auteur, indépendant. Mais je pense qu’il peut trouver écho auprès de spectateurs, notamment en festivals », dit Caroline Galipeau, de Maestro Films.

« Je pense que le FNC est sensible à ce genre de cinématographie indépendante qui flirte entre documentaire et fiction. »

— Caroline Galipeau, productrice de Cuba Merci Gracias

Julien Fonfrède, programmateur de la section Temps Ø du FNC, adhère à cette façon de voir les choses. « Nous sommes là pour ça, dit ce dernier. C’est notre désir d’aller chercher de nouvelles voix, de nouveaux réalisateurs. Le FNC est très regardé à l’international. Il a une notoriété pour sa crédibilité en matière de sélection. »

Histoire d’amitié

Cuba Merci Gracias est ce qu’on pourrait appeler un amical trip à trois. Artiste aux intérêts multiples, Alex B. Martin était, un jour, à une fête donnée lors des Rendez-vous Québec Cinéma. Il confie à deux amies, les comédiennes Alexa-Jeanne Dubé et Emmanuelle Boileau, son envie d’aller en vacances à Cuba. Lorsque celles-ci expriment le désir de l’accompagner, il leur lance : « O.K., mais on fait un film. »

Pari tenu ! Peu de temps après, tous trois s’envolent pour La Havane où ils vont tourner leur film sans aide technique, sans permis (chut !), sans argent et sans filet.

« Comme nous sommes trois bons amis, nous voulions faire un projet autour de l’amitié et, plus précisément, sur les relations d’amitié en voyage. »

— Alex B. Martin, réalisateur de Cuba Merci Gracias

« Le voyage peut encore plus rapprocher deux amis, mais il peut aussi mener à des accrochages. » Ce qu’on verra d’ailleurs dans le film.

Cela dit, avec si peu de moyens, l’œuvre a ses limites. Le scénario est bancal, et on sent que les dialogues sont souvent improvisés. Par contre, la structure narrative tient la route, et certaines scènes, puisées dans la vie quotidienne des Cubains, sont accrocheuses. Un passage, filmé dans une classe de danse pour enfants, est particulièrement émouvant.

Pourquoi la productrice Caroline Galipeau, 30 ans, a-t-elle décidé de prendre le film sous son aile ? « En raison de la simplicité et de l’authenticité de l’histoire et des personnages, dit-elle. Je voyage beaucoup et je me reconnaissais dans ce qu’il raconte. C’est un film fondamentalement féminin, et ça comprenait bien l’amitié entre deux femmes. »

Ouvrir des portes

Une fois le film terminé, cinéaste et productrice ont cogné à la porte de quelques maisons de distribution, sans obtenir de réponse positive. Comme d’autres réalisateurs et producteurs, les voilà au FNC avec leur produit final dans l’espoir que cela leur ouvre des portes.

« Je vais participer au FNC Forum, qui est le marché du film du festival, dit Caroline. Je peux y rencontrer des distributeurs, des agents de vente pour la télé ou des programmateurs de festivals d’ailleurs dans le monde. »

Julien Fonfrède rappelle que le FNC Forum, rendez-vous des gens de l’industrie, est une excellente occasion de rencontres avec des professionnels tant du Québec que d’ailleurs dans le monde. « Nous recevons souvent des gens de Vancouver, de France, etc., dit-il. Quant à moi, je cherche des projets où l’on prend des risques, des films qui osent des choses, qui sont casse-gueule. Ce ne sont pas des films parfaits, mais ils sont plus créatifs. »

Cuba Merci Gracias est présenté aujourd’hui à 21 h (Quartier Latin, salle 16) et le dimanche 14 octobre à 17 h (Quartier Latin, salle 16).

Festival du Nouveau Cinéma

La Presse a vu...

Sticks and Stones

Ce premier long métrage du réalisateur danois Martin Skovbjerg Jensen est d’une singularité assumée. Se démarquant des pistes narratives traditionnelles, Sticks and Stones s’intéresse à la rencontre de Simon, un adolescent déraciné de Copenhague pour aller vivre à la campagne, et de Bjarke, un fils de l’élite locale. Entre les deux garçons naîtra une amitié autodestructrice alimentée par la relation tordue que chacun entretient avec la figure paternelle. Le cinéaste explore aussi la question des instincts primaux à travers une belle idée de mise en scène. L’ensemble est, volontairement, un peu froid, mais le propos demeure intelligent.

Ce soir, à 19 h 30 (Quartier Latin, salle 10)

Demain, à 19 h 15 (Quartier Latin, salle 17)

Samedi 13 octobre, à 19 h 15 (Quartier Latin, salle 10)

First Reformed

First Reformed est le nom d’une paroisse de la Nouvelle-Angleterre sur le point de célébrer son 250e anniversaire de fondation. Or, Toller (Ethan Hawke), le curé en fonction, épouse de plus en plus le combat écologiste d’un de ses paroissiens qui s’est suicidé. Mais il se heurte à la toute-puissance de Balq, un patron de l’industrie pétrolière qui… finance les célébrations du 250e. D’une grande puissance narrative, le plus récent film de Paul Schrader, invité d’honneur du FNC, constitue un portrait singulier d’une Amérique toujours plus tiraillée entre la gauche et la droite. La scène finale où Toller tente deux fois plutôt qu’une de devenir un martyr est inoubliable.

Demain, à 21 h 10 (Quartier Latin, salle 16)

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