Lecture

Des mots pour leur dire

On ne sait pas toujours comment parler de mort, de maladie, de séparation ou de guerre avec nos enfants et nos ados. Avec les mots et les dessins des autres, c’est parfois plus facile. Coup d’œil sur des livres qui abordent des sujets difficiles.

Parler de la mort

Qu’on parle de celle d’un grand-papa ou d’un petit chat, la mort n’est pas le sujet le plus facile à aborder avec les enfants. Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde le fait, sans finesse toutefois. Les auteurs se limitent à évoquer les étapes du deuil sans effleurer ce qui est mystérieux dans la mort. Mamie est partie fait bien mieux. Avec sensibilité (et de belles illustrations), les auteures racontent d’abord l’attachement à la grand-maman pour ensuite dire le vide qu’elle laisse dans le cœur de sa petite-fille. Tout ça passe un peu vite, mais c’est bien tourné. Surtout, ce petit livre rappelle que la vie se poursuit dans la mémoire du cœur.

Mamie est partie, 

POG et Lili La Baleine, Gautier-Languereau

Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde, Frédéric Kessler et Alain Pilon, Grasset Jeunesse

Choisir entre maman et papa ?

Rosalie rêve d’une toute petite chose : que sa maman et son papa viennent la voir jouer au hockey en mettant de côté leur animosité. Ses parents sont comme chien et chat depuis leur séparation. Rosalie, elle, est prise au milieu… Avec beaucoup de simplicité, les auteurs de Rosalie entre chien et chat montrent comment un enfant se sent lorsqu’il voit les deux personnes qu’il aime le plus au monde ne plus s’aimer au point de se déchirer devant lui. Ici, les sentiments de la petite sont exprimés de manière nette. Non, elle n’a pas à choisir. Oui, elle a le droit de les aimer tous les deux. Le lire aussi clairement aura peut-être pour effet de déculpabiliser un enfant qui vit un conflit de loyauté. En préface et en postface, Dre Nadia (Gagnier) donne trucs et information pour une plus douce transition.

Rosalie entre chien et chat, Mélanie Perreault et Marion Arbona, Dominique et compagnie

Face à la maladie

Ce n’est pas une histoire de pirate ordinaire que raconte Maman est une pirate. C’est une histoire de « combat » contre le cancer, comme on le dit souvent. L’issue, ici, est favorable. Il n’est donc pas question de deuil, mais de cicatrices, de foulard pour protéger un crâne dégarni et des fatigues qui suivent les assauts. De courage, aussi. La métaphore fera son effet sur les plus petits, mais paraît superflue pour les enfants de plus de 7 ans. On regrette que les émotions du petit ne soient pas explorées plus en profondeur alors que c’est à travers ses yeux à lui que l’histoire est racontée. On le voit ici tout admiratif devant la combativité de sa maman, mais à côté de ses propres sentiments.

Ma maman est une pirate, Karine Surugue et Rémi Saillard, Gautier-Languereau

Histoires de guerre(s)

Disons-le d’emblée : C’est quoi la guerre n’est pas un livre pour les enfants. Plutôt pour les ados. La matière est dense : de la nature des conflits à l’armement en passant par l’aide humanitaire et les coups d’État, l’auteur ne laisse pas de zone en friche. C’est touffu et pas fait pour être absorbé en une seule fois. Eduard Altarriba propose un découpage fort habile, qui facilite la lecture : il sait regrouper les informations pertinentes et bien les disposer dans des pages illustrées de manière engageante. L’album s’achève sur un dossier (abondamment illustré, lui aussi) au sujet de l’un des sordides conflits de notre temps : la guerre de Syrie.

C’est quoi la guerre, Eduard Altarriba, Bang, coll. Monde

Un nuage entre les oreilles

Ça ne se voit pas toujours quand on a mal au cœur et à l’âme. Comme s’il fallait cacher ces choses honteuses. Il faut du doigté pour aborder de front diverses formes de détresse psychologique. Ici, les auteurs n’en manquent pas. Chaque double page présente un témoignage accompagné d’une illustration : l’un a une dépendance au jeu vidéo, l’autre souffre d’anorexie et un autre encore songe au suicide. La force du livre tient ici à l’impression d’authenticité qui se dégage des témoignages pourtant fabriqués de toutes pièces. Et à ce refus de mettre une étiquette sur les maux. On reconnaît sans peine les symptômes de la dépression, de l’anxiété de performance ou de l’agoraphobie, sans que ces choses soient nommées. Ici, cette réserve constitue un atout.

J’ai mal et pourtant, ça ne se voit pas…, Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling, Griff

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