COVID-19

Les restaurateurs « exigent des mesures de soutien d’urgence »

Toutes les salles à manger des restaurants du Québec sont désormais inaccessibles. Craignant que les fermetures temporaires ne deviennent permanentes, les restaurateurs « exigent des mesures de soutien d’urgence ».

Les restaurateurs ont rapidement réagi à la nouvelle mesure draconienne annoncée par le premier ministre François Legault dimanche après-midi. Comme s’ils s’y attendaient.

Forcément, l’impact sera majeur sur leurs activités et leurs revenus. Dans un communiqué, ils affirment encaisser « le coup » et faire « preuve de résilience », tout en exigeant « des mesures de soutien d’urgence ».

Rappelons que seuls les services pour « sortir de la nourriture », de type « takeout », peuvent être maintenus, a précisé François Legault.

« Pour plusieurs exploitants, les nouvelles consignes vont mener à la fermeture temporaire de leur établissement. Comme on constate toujours l’absence de tout programme d’aide substantiel pour le secteur de la restauration, l’ARQ croit que ces fermetures temporaires vont se transformer en des fermetures permanentes », écrit l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ).

L’ARQ juge qu’il est « impératif que les deux paliers de gouvernement mettent en place une série de mesures fiscales et financières pour sauver l’industrie de la catastrophe ». Le secteur emploie 230 000 personnes dans la province.

Parmi les mesures suggérées : report des versements des taxes de vente, des retenues à la source et des cotisations des employeurs, remboursement immédiat du crédit d’impôt sur la déclaration des pourboires dû aux employeurs de la restauration, report de paiement des factures d’Hydro-Québec et d’Énergir, création d’un programme de paiement différé des loyers commerciaux, etc.

Un « tsunami » pour les supermarchés

L’important volume de nourriture normalement consommé dans les restaurants le sera désormais à domicile. En bonne partie du moins, car la livraison et les services à l’auto demeurent accessibles.

C’est donc un véritable « tsunami » qui attend les supermarchés, selon Sylvain Charlebois, expert en distribution alimentaire à l’Université Dalhousie. Car ils devront vraisemblablement composer avec une hausse spectaculaire de leurs ventes.

En moyenne, les Canadiens dépensent 37 % de leur budget alimentaire en nourriture consommée hors foyer ou sur le pouce, rappelle Sylvain Charlebois au bout du fil.

« C’est un tsunami qui se passe. C’est une réorientation du chiffre d’affaires d’un secteur [la restauration] vers un autre [les supermarchés]. Tu prends 60 milliards de dollars d’un secteur et tu l’envoies dans un autre. C’est beaucoup d’argent. »

— Sylvain Charlebois

« Quand on pense qu’un supermarché vend pour 4 à 5 millions par année, 60 milliards, c’est beaucoup, beaucoup de magasins, poursuit Sylvain Charlebois. L’arrivée de la COVID-19, c’est violent pour tout le monde. »

S’habituer à planifier ses repas

Les commerces n’auront d’autre choix que de s’ajuster pour être en mesure de vendre de plus grandes quantités d’aliments, notamment en ligne. Et on l’a vu, pour le moment, les grandes chaînes qui offrent la livraison à domicile – Metro et IGA – n’arrivent déjà plus à répondre à la demande. Leurs sites ont flanché la semaine dernière et les délais de livraison atteignent parfois sept jours.

Dans le cas de Super C, la livraison à domicile n’est pas offerte. Du côté de Maxi et de Provigo, on offre aux clients la possibilité de récupérer les achats à l’entrée près des caisses, ce qui n’est toutefois pas possible pour les Québécois en quarantaine. Quelques succursales de Provigo, nous dit-on, offrent la livraison à domicile de leur propre chef, sans que cela ne soit précisé sur leur site web.

Quant aux clients, face à certaines pénuries, ils devront « développer leurs habiletés à planifier leurs repas », souligne Sylvain Charlebois, en rappelant qu’une bonne proportion des Québécois ne sait pas le matin ce qu’elle mangera pour souper.

Pour certains, « visualiser deux semaines de repas, c’est dur ». C’est d’ailleurs pourquoi certaines denrées ont été abondamment achetées, ce qui a provoqué les pénuries actuelles. Une situation qui n’est absolument pas dramatique, insiste l’expert, qui a publié une série de photos sur Twitter de tablettes abondamment remplies, et qui devrait se résorber à mesure que tout le monde s’ajuste à la nouvelle réalité.

Certains magasins demeurent accessibles

Les centres commerciaux ont aussi été sommés par le gouvernement Legault de fermer leurs portes. L’accès aux épiceries et aux pharmacies doit cependant être maintenu. De plus, les commerces ayant un accès directement vers l’extérieur, comme c’est le cas dans les mégacentres, notamment, pourront demeurer ouverts. Par contre, certains de ces magasins, comme Simons, sont déjà fermés depuis un certain temps. Les succursales de la SAQ demeurent ouvertes, a précisé Québec. Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) accueille la nouvelle directive avec flegme. « Les détaillants souffraient déjà depuis lundi [le 16 mars] d’une baisse d’achalandage terrible et beaucoup avaient déjà fermé », rappelle son porte-parole Jean-François Belleau.

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