La Duette

Duo pour frère et sœur

Patrice et Annie Éthier sont frère et sœur. Ils sont aussi très proches, au propre comme au figuré : depuis peu, ils vivent dans le même duplex, avec leurs enfants respectifs.

Annie possède un logement au rez-de-jardin qui s’ouvre sur la cour, alors que Patrice et sa conjointe habitent aux deux étages supérieurs. La jolie maison en brique d’argile, couleur sable, vient s’insérer habilement dans le tissu urbain de cette avenue de Rosemont. Elle vient remplacer une ancienne maison de type shoebox désuète et insalubre, transformée par l’architecte Natalie Dionne, que le frère et la sœur ont engagée pour leur projet.

Tout a commencé alors que Patrice cherchait à agrandir, alors qu’Annie, qui vivait en appartement, souhaitait acheter. « Moi, j’habitais sur le Plateau, et ma sœur était déjà dans Rosemont. On s’est dit qu’on allait essayer de faire un projet commun », explique Patrice, qui avait déjà partagé un duplex avec un ami dans le passé.

« C’est vraiment un projet familial, enchaîne-t-il. Nos parents sont à Sainte-Adèle et on voulait pouvoir les accueillir quand ils viennent ici. En plus, ils peuvent voir tout le monde en même temps. »

— Patrice Éthier

Mais les grands gagnants de cet arrangement sont peut-être les deux enfants (un par famille), qui ont exactement le même âge. « Pour eux, ils ont une maison à trois étages ! », résume Annie en parlant de son fils, Nolan, et de sa nièce, Nyla, tous deux âgés de 6 ans. Ils jouent toujours ensemble, affirment leurs parents, une situation qui s’est avérée particulièrement pratique pendant la pandémie de coronavirus, en plus de leur inculquer plusieurs notions d’autonomie en accéléré ! « Et pour nous, le fait qu’on soit ensemble comme ça, ça nous permet vraiment de nous aider », complète Patrice.

L’histoire d’une configuration

L’entrée principale, qui donne sur la rue, est celle de Patrice et de sa conjointe, Sophia, qui vivent au rez-de-chaussée et à l’étage. Une petite allée sur le côté donne quant à elle accès à la porte d’Annie, située sur la façade latérale.

Cette configuration, qui fonctionne très bien pour tout le monde, est en fait née d’une contrainte, explique l’architecte Natalie Dionne. En effet, dans ce secteur de Rosemont, la typologie est surtout constituée de duplex jumelés, contigus d’un côté et, de l’autre, séparés par une distance de 5 pi. Alors que la plupart des maisons des environs ont conservé les deux entrées à l’avant, Natalie Dionne et son équipe ont voulu tirer profit de l’allée pour y mettre l’accès à l’appartement du bas. « On s’est dit qu’il y avait quand même un intérêt sur le plan architectural pour travailler la façade latérale, et y insérer la deuxième entrée », résume l’architecte.

Le hic, par contre, c’est qu’il ne restait plus que 20 pi sur les 25 que comptait originalement le terrain pour construire la maison. « On s’est dit qu’on allait chercher la plus grande profondeur possible, poursuit Natalie Dionne. On a fait un grand volume rectangulaire pour prendre toute la superficie qu’on pouvait. »

Cette solution posait toutefois un nouveau défi : comment parvenir à faire entrer de la lumière dans un grand volume étroit et profond ? La réponse est venue en extrayant une partie de ce parallélépipède, sur sa façade latérale, pour créer un renfoncement et briser le volume massif. « On a enlevé un petit bout de côté, pour marquer l’entrée, et pour aller chercher de la lumière aussi », souligne Natalie Dionne.

À l’arrière aussi, un renfoncement a été creusé, où une grande terrasse a été aménagée pour Patrice et Sophia. Cela permet aussi que la terrasse d’Annie, située en contrebas, ne soit pas directement sous celle de son frère. Ainsi, les espaces sont bien délimités et les familles ont chacune leur coin et leur intimité.

Pour Natalie Dionne, cette séparation des espaces était nécessaire, au cas où la maison aurait de nouveaux propriétaires un jour.

« Même si c’était pour un frère et une sœur, dans la vie, tout peut changer, mais l’architecture est faite pour rester. Il fallait donc construire quelque chose qui serait adéquat aussi pour deux familles qui ne se connaissent pas et qui n’ont rien à voir ensemble. »

— L’architecte Natalie Dionne

Même percé à quelques endroits, ce grand volume reste intéressant au point de vue de la densification du quartier. En effet, en passant du shoebox à une maison, on réussit à y loger deux familles plutôt qu’une. On vient aussi égaliser le tissu urbain, précise l’architecte, puisque ce sont toutes des maisons à deux étages dans la rue. « C’est souvent mignon, les shoebox, mais quand on referme toute la façade de la rue, ça l’uniformise aussi », énonce-t-elle, tout en précisant que si la démolition des shoebox est un sujet délicat à Montréal, celui-ci était vraiment en piètre état. La nouvelle construction a d'ailleurs été récompensée aux Prix d'excellence en architecture, l'hiver dernier, dans la catégorie Bâtiments résidentiels de type unifamilial en milieu urbain.

À l’intérieur

Cette même quête de luminosité se poursuit dans la maison, où un puits de lumière s’étire sur toute la longueur de l’escalier qui, lui, longe le creux pratiqué dans la façade latérale.

Aussi, puisque la maison est située du côté est de la rue, elle reçoit davantage de soleil à l’avant. Alors que le retrait se charge d’amener de la lumière sur le côté, un jeu de transparence a été fait à l’étage afin de faire voyager la luminosité jusqu’à l’arrière de la résidence. La chambre principale, qui se trouve devant, donne sur l’escalier ; on a laissé la paroi vitrée afin de ne pas bloquer le passage de la lumière vers le reste de l’étage.

De même, l’escalier lui-même semble flotter dans l’espace. Simple et épuré, il n’est constitué que de minces feuilles d’acier, autant pour les marches que pour la paroi qui le soutient. « Toujours dans notre jeu de transparence, en faisant la paroi fine et en laissant les marches sans contremarches, ça permet d’amener la lumière de l’après-midi jusqu’en arrière », explique Natalie Dionne.

De l’autre côté de l’escalier se trouvent les espaces de services et de rangement, cachés derrière un grand pan de bois qui court sur les deux étages. Accessoirement, ces placages d’érable servent à donner de la chaleur au projet, pour contrebalancer la froideur des autres matériaux, dont le plancher de béton poli.

Les occupants du duplex apprécient chaque jour la qualité des espaces dans lesquels ils vivent, surtout depuis qu’ils travaillent à partir de la maison. Puisque les trois adultes sont souvent en téléconférence à tour de rôle, cette autonomie nouvellement acquise des deux petits tombe à point nommé. Surtout qu’en été, la ruelle remplie d’enfants sert d’extension à la cour.

« On est dans le condo au niveau formel, mais il reste que c’est comme une maison familiale avec deux unités. Ce n’est pas tous les frères et sœurs qui seraient capables de le faire, mais pour nous, ça va super bien », conclut Patrice.

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