Musée national des beaux-arts du Québec

Dans le monde de Frida Kahlo

Dans la tête de Frida Kahlo se cache un univers fascinant. Ses tableaux, inspirés par de vives émotions, expriment les douleurs d’un parcours de vie difficile marqué par une relation tumultueuse. Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) nous permet une entrée privilégiée dans la vie de cette artiste devenue une véritable icône.

Québec — Kahlo a entamé sa vie d’adulte allongée dans un lit pendant des mois, trop faible pour marcher après un grave accident de la route. Elle y a appris à peindre, avec pour modèle la réflexion d’elle-même dans un miroir accroché au mur. Elle a terminé ses courtes 47 années d’existence au même endroit, allongée pendant de longs mois avec un corps affaibli par la maladie, mais toujours capable de peindre. Elle aura laissé derrière elle 143 tableaux, et d’autres secrets…

L’exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain a connu un franc succès partout où elle s’est arrêtée ces dernières années. Après Bologne, Sydney et Istanbul, Québec peut profiter de la richesse des œuvres rassemblées afin d’illustrer le parcours puissant et émotionnel de ce couple d’artistes mexicains.

Des tableaux colorés, beaucoup de portraits et des dizaines de photographies : le MNBAQ plonge les visiteurs dans la vie de Frida Kahlo, de son cher Diego et d’autres artistes de son entourage.

« Pour voir autant d’œuvres de Frida Kahlo réunies, il faut aller à Mexico… ou cet hiver à Québec. Il n’y a pas d’autres endroits dans le monde où il y en aura autant. L’exposition circule sur la scène internationale depuis plusieurs années, c’est un privilège d’avoir tout ça ici », note André Gilbert, conservateur des expositions au MNBAQ.

Une relation tumultueuse

Frida Kahlo et Diego Rivera étaient un couple formé de deux véritables opposés… mais qui se complétaient parfaitement.

« Ils entretiennent une relation controversée, complexe et très passionnelle », estime M. Gilbert.

Rivera était le principal artiste muraliste de son époque ; à la demande du gouvernement, il a décoré les édifices les plus importants de Mexico avec des œuvres gigantesques de plusieurs mètres, mettant en vedette des personnages importants de l’histoire du pays. 

Vers la fin des années 20, la vedette a rencontré Frida à l’âge de 42 ans, alors qu’elle en avait seulement 21. Ils se sont mariés en 1929, et les deux artistes ont alors entamé une relation marquée par les infidélités et par un amour fusionnel. Ils ont même divorcé, pour se remarier un an plus tard. Leur relation aura duré un quart de siècle, jusqu’à la mort de Frida, à 47 ans.

Plus d’un couple à l’honneur

Le musée nous permet d’entrer dans l’univers mexicain avec trois grands thèmes principaux. Le premier est le monde de Rivera : coloré et rempli de personnages ayant marqué l’histoire. En plus de ses tableaux, on y présente des reproductions de ses fresques, qui recouvrent notamment le bâtiment du ministère de l’Éducation au Mexique – l’œuvre originale fait 1600 mètres carrés. Ensuite, on se dirige vers le monde de Kahlo, avec tous ses portraits. Le troisième espace explore le talent d’autres artistes mexicains de la collection, plus connus au Mexique qu’au Québec.

« Mais Frida Kahlo est toujours au centre de chacune des salles, c’est autour d’elle que l’on présente différentes sections et thématiques. Il y a beaucoup à dire sur la biographie de ces personnes, sur le contexte de l’histoire culturelle du Mexique », indique M. Gilbert.  

« Ce n’est pas une exposition seulement contemplative, on apprécie des œuvres pour leur beauté, mais on s’informe aussi, ce qui fait une exposition plus riche. »

— André Gilbert, conservateur des expositions au MNBAQ

On y retrouve notamment les œuvres du couple de photographes Lola et Manuel Alvarez Bravo de même que celles des collectionneurs Jacques et Natasha Gelman.

« Ces gens-là se fréquentaient, ils étaient des amis intimes et on raconte une tranche de vie exceptionnelle. Le milieu culturel et artistique à Mexico dans les années 40 et 50, c’est foisonnant, plein de vie, beaucoup de monde et beaucoup d’action. C’est une période impressionnante et on peut rendre compte de cette période à travers l’exposition », ajoute le commissaire.

Un modèle

Frida Kahlo a été parmi les premières à se mettre elle-même en vedette avec ses autoportraits, 70 ans avant la tendance des égoportraits… Elle assumait son corps brisé par la maladie et les blessures.

« Frida est une des premières artistes à se prendre elle-même comme sujet de son art, à représenter le corps souffrant, poursuit le commissaire. Elle donne un rôle très important à la photographie dans sa pratique. C’est assez moderne comme habitude et ça nous ressemble beaucoup sur certains aspects. »

De nombreux dessins font aussi partie de la collection, dont des dessins intimes qui au départ n’étaient pas destinés à la vente. Ces morceaux sont uniques, moins connus des amateurs d’art.

Une attaque de poliomyélite lors de son enfance aura privé l’artiste de l’usage de l’une de ses jambes, puis à 18 ans, elle a été victime d’un grave accident d’autobus. Après sa mort en 1954, Kahlo est devenue un emblème, une marque de commerce même. Son œuvre suscite encore un intérêt croissant, autant au Mexique qu’à l’étranger. Cette « Fridamania » est née d’une reconnaissance marquée des émotions qui se dégagent de ses tableaux.

Jusqu’au 18 mai au Musée national des beaux-arts du Québec

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