Musique

R.E.M. rattrape le temps

En 1991, le groupe américain triomphe avec Losing My Religion. Monster, un disque très rock, paraît en 1994 : R.E.M. perd une partie de son public en route. Alors que l’album est réédité, Michael Stipe et Mike Mills reviennent pour nous sur ce tournant dans leur carrière

Impossible de lui échapper. Qui, en 1991, n’a pas entendu Losing My Religion ? Dans le clip, Michael Stipe apparaît prostré sur une chaise, chantant, tandis que ses camarades musiciens n’ont pas l’air d’aller bien mieux. 

Des millions d’ados se retrouvent dans cette chanson qui célèbre la perte de l’innocence comme la découverte de la brutalité du monde. « Avant ce titre, remarque Stipe, j’étais connu. Mais là, je suis devenu une superstar. Heureusement que j’avais 31 ans, si cela m’était arrivé plus tôt, je ne l’aurais jamais supporté. » 

R.E.M. décide de ne pas partir sur les routes mais de foncer en studio. Automatic For the People, paru en 1992, est un chef-d’œuvre, plein de ballades désespérées, tel ce Everybody Hurts qui sera tout autant un tube que Losing My Religion

« Dans les années 80, nous vendions 1 million d’exemplaires en moyenne pour chaque disque. Là, nous étions le plus grand groupe du monde, nous venions d’écouler 18 millions d’albums. »

— Mike Mills, bassiste

Monster arrive en 1994 et, surprise, il est musicalement à l’opposé de ses prédécesseurs. « Nous savions que nous voulions repartir en tournée. Donc nous avions besoin d’un disque lourd et puissant, rappelle Stipe. Pour finir, il a été reçu comme un disque lourd et chiant. » 

Évidemment, Monster est tout sauf chiant. C’est un album hanté par la mort, plein de doutes et des remises en question. « Quand nous avons commencé les sessions, j’ai perdu River Phoenix, qui était l’un de mes meilleurs amis, raconte Stipe. Je n’ai pas réussi à écrire une ligne pendant six mois. Puis Kurt Cobain s’est suicidé. Courtney Love a donné à Peter l’une de ses guitares et nous avons fait Let Me In dans la foulée, pour lui. » 

Malgré quelques critiques négatives, raillant le « virage rock » du groupe, Monster se vendra à plus de 5 millions d’exemplaires et permettra à R.E.M. de jouer dans les arènes et les stades du monde entier. « On a surtout passé du temps à laver nos fringues dans des lavomatics », se rappelle Stipe.

Ce disque restera néanmoins une pierre angulaire dans l’histoire du groupe. Plus jamais R.E.M. n’atteindra de tels niveaux de célébrité, de gloire et de ventes. Les musiciens mettront un terme définitif à leur aventure en 2011, après six autres albums, dont New Adventures in Hi-Fi et Reveal, les favoris de Stipe désormais.

Huit ans après leur séparation, Mike Mills, Bill Berry, Peter Buck et Michael Stipe restent très amis.

« Se séparer a été la meilleure chose à faire pour ne pas détruire R.E.M. Nous avions créé quelque chose d’unique, que nous avons choisi de protéger. »

— Michael Stipe, chanteur

Mike Mills acquiesce : « Nous serons le seul band dans l’histoire du rock qui aura pris la décision de se séparer d’un commun accord et qui s’y tiendra. Rejouer ensemble, ce serait abîmer ce que nous avons construit. » 

L’an prochain, les musiciens fêteront évidemment les 40 ans de la naissance du groupe. « Nous avons plein de projets pour R.E.M. », sourit Stipe, ravi que son groupe soit mort mais reste plus vivant que jamais.

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