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La SAT lance une première tournée mondiale des dômes immersifs

La Société des arts technologiques (SAT) lance une première tournée internationale de spectacles conçus à 360 degrés pour les dômes immersifs, comme la Satosphère montréalaise. Neuf créations originales seront ainsi présentées par Sat Circuit dans 12 festivals tenus dans 12 villes d’Europe et du Moyen-Orient. Bien que certaines créations aient déjà été présentées à l’étranger, il s’agit d’une première tournée mondiale de cette ampleur se consacrant aux performances immersives.— Alain Brunet, La Presse

Chronique

Boy Erased : convertir pour briser

Toronto — Des camps de redressement pour gais. Pour les guérir d’une sexualité prétendument malade. Pour les ramener dans le droit chemin de l’hétéronormalité. Impossible en 2018 ? Détrompez-vous. Ces camps où Dieu attend les pécheurs et disciples du diable existent bel et bien. C’est le sujet de Boy Erased, un film avec une distribution stellaire réunissant Nicole Kidman, dans le rôle d’une mère qui ressemble à une version mince de Dolly Parton, Russell Crowe, dans celui d’un pasteur de l’Arkansas qui n’accepte pas l’homosexualité de son fils, et Lucas Hedges, la jeune star de l’heure, dans le rôle de Jared, le fils gai qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui croisera sur sa route d’abord Xavier Dolan, dans le rôle d’un gai repenti et légèrement tordu, puis Théodore Pellerin, dans celui d’un étudiant en art, le premier jeune gai dont il s’amourache.

Le film est l’adaptation du récit biographique de Garrard Conley, fils d’un pasteur de l’Arkansas et d’une mère qui ressemble à Dolly Parton. Tous, sauf le pasteur, avaient fait le voyage jusqu’à Toronto et se sont retrouvés sur scène avec Nicole Kidman et Joel Edgerton, un acteur très connu qui signe avec Boy Erased son deuxième long métrage.

La salle a applaudi longuement cette histoire d’intolérance, d’incompréhension, de châtiment et de rédemption. Plusieurs gais et lesbiennes présents ont versé une larme à la fin lorsque le père et le fils, dans un ultime duel verbal, cherchent une forme de réconciliation.

Le sujet du film est fort. Les séances d’exorcisme, dans ces camps où l’on pratique la thérapie de conversion à coup de paroles de l’Évangile et de prières à Dieu, sont efficaces. Mais pour le reste, Boy Erased ressemble à un téléfilm sans réelle colonne vertébrale, sans saveur ni virtuosité visuelle.

Même Lucas Hedges, qui était brillant dans Manchester by the Sea, apparaît ici terne et sans énergie, incapable de faire le poids à côté des deux monstres sacrés que sont Kidman et Crowe qui, par ailleurs, crèvent l’écran.

C’est le cas aussi du jeune Théodore Pellerin que l’on retrouve dans la scène la plus touchante du film, couché tout habillé sur le lit à côté de Jared et se contentant de lui caresser doucement le visage. Quant à Xavier Dolan, il campe un gai repenti trop cerné dont le regard maniaque fait peur.

À la fin de la représentation mardi soir, Nicole Kidman a avoué qu’avant même de lire le scénario et peu importe le rôle qu’on allait lui confier, elle voulait à tout prix faire partie de ce projet. « Parce que ce film va sauver des vies », a-t-elle lancé avec émotion. Autant dire qu’avec un tel cautionnement, Boy Erased n’a pas besoin d’être une grande réussite cinématographique pour faire œuvre utile.

COLETTE ET L’APPROPRIATION CULTURELLE

L’histoire se passe dans le Paris de la Belle Époque, un Paris lettré et littéraire où les beaux esprits échangent des bons mots. C’est parmi ces Parisiens que se promène Sidonie-Gabrielle Colette, celle qui allait devenir l’icône de la littérature française et la deuxième femme élue membre de l’Académie Goncourt. Bref, plus français que ça, tu te mues en camembert.

Et pourtant tout le monde dans ce film, Colette, son mari Willy, ses parents, ses amis et tous les Parisiens qui figurent à l’écran, tous sans exception s’expriment dans la langue de Shakespeare. La seule concession faite au français, dans ce film de Wash Westmoreland, est graphique. Chaque fois que Colette, interprétée par Keira Knightley, ouvre un cahier, trempe sa plume dans l’encrier et se met à écrire un nouveau roman, les mots sont en français.

Est-ce que quelqu’un dans la salle a crié à l’appropriation culturelle ? Non. Est-ce qu’à la conférence de presse un journaliste a demandé au réalisateur britannique si ce détournement identitaire d’une icône française ne lui posait pas un cas de conscience ? Absolument pas.

Le seul qui a avoué sa crainte que Colette soit un film trop anglo-saxon, c’est Dominic West, celui qui interprète Willy, le premier mari de Colette. Et l’acteur britannique, connu pour ses rôles dans les séries The Wire et The Affair, n’a pas fait cet aveu en public, mais au cours d’une entrevue dans sa suite. « On a réglé au départ la question de l’accent en se disant qu’on n’allait pas faire semblant d’avoir tous un accent français, ç’aurait été ridicule. Alors oui, le film est en anglais, mais on a essayé de respecter l’esprit français de l’époque et des lieux. »

Heureusement, les Britanniques ne nous offrent pas le film définitif sur Colette puisqu’il en existait une demi-douzaine en français, dont un téléfilm de Nadine Trintignant. 

En revanche, ce qu’ils nous offrent est non seulement pertinent, mais tout à fait dans l’air du temps.

Ce nouveau Colette porte essentiellement sur l’émancipation d’une femme exploitée par un mari charmeur, macho et typique de son époque, qui l’enferme pour qu’elle écrive puis qui publie ses écrits sous son nom à lui, parce que « les femmes ne font pas vendre des livres », lui explique-t-il, affirmation dont le sexisme n’est malheureusement pas passé de mode.

Keira Knightley, dans le rôle d’une jeune Colette qui arrive de la province et s’émerveille de Paris tout en gardant un œil vif et critique, et une fraîcheur insolente, est convaincante, même en anglais. Idem pour Willy, pour lequel Dominic West a dû se vieillir de 20 ans et s’entourer de bourre pour grossir sa panse.

La lente transformation de Colette d’épouse amoureuse et soumise en femme libre est bien menée. Et à la fin, quand Colette envoie promener Willy, vit une histoire d’amour avec une femme trans et devient une artiste de scène un brin scandaleuse, on applaudit en se disant que, tout compte fait, l’appropriation culturelle peut parfois avoir du bon.

Colette sera présenté le 20 septembre au Festival du film de Québec.

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