Justice

Weinstein renonce à témoigner à son procès

New York — Le producteur de cinéma Harvey Weinstein a confirmé mardi qu’il ne témoignerait pas lors de son procès pour agressions sexuelles, mettant fin aux dépositions et ouvrant la voie aux plaidoiries finales et aux délibérations du jury, qui s’annoncent compliquées.

Même si personne ne s’attendait à ce que le producteur de 67 ans témoigne, les avocats de la défense en ont laissé brièvement planer la possibilité mardi.

Après s’être retirés un long moment avec leur client, ils ont cependant confirmé au juge qu’il ne témoignerait pas.

Les accusés dans les procès pénaux américains ne sont pas tenus de prendre la parole, en vertu de leur droit à ne pas s’incriminer.

« M. Weinstein était prêt, désireux et avait même très envie de témoigner », a affirmé l’un de ses avocats, Arthur Aidala, à la sortie du tribunal de Manhattan.

Mais ses avocats lui « ont dit que ce n’était pas la peine », car « les procureurs ont misérablement échoué à prouver leur dossier au-delà d’un doute raisonnable », a-t-il ajouté.

Six femmes ont, depuis le 22 janvier, témoigné pour l’accusation dans ce procès emblématique du mouvement #metoo, affirmant que l’ex-magnat d’Hollywood, devenu un paria pour l’opinion publique, les avait sexuellement agressées.

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d’agression sexuelle par plus de 80 femmes, il n’est jugé lors de ce procès que pour deux agressions présumées à New York : un viol supposé sur une aspirante actrice, Jessica Mann, en 2013, et un cunnilingus forcé sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, en 2006.

Mais dans ces deux cas, la notion-clé de consentement s’avère plus floue que dans la plupart des procès pour agressions sexuelles, selon des experts interrogés par l’AFP.

Les deux femmes ont en effet reconnu au procès avoir eu avec M. Weinstein au moins un rapport sexuel consenti après l’agression supposée.

Jessica Mann, en particulier – dont les accusations font risquer à M. Weinstein la perpétuité en cas de condamnation –, a reconnu une relation intime de plusieurs années avec lui après le viol présumé.

Plaintes au civil

Lors du contre-interrogatoire de la défense, elle s’est effondrée, reconnaissant avoir eu une relation « dégradante » et « compliquée » avec le producteur.

Les avocats de la défense ont cité sept témoins qui ont laissé entendre que les accusatrices avaient été à l’époque consentantes, mettant en doute leurs témoignages.

Parmi eux, une amie de Mme Mann, Talita Maia, qui a affirmé lundi que la victime présumée considérait M. Weinstein comme son « âme sœur spirituelle ».

La défense assure que les accusatrices ont accepté ces relations dans l’espoir que le magnat d’Hollywood fasse décoller leur carrière.

L’avocate Donna Rotunno, qui doit prononcer sa plaidoirie finale jeudi, a même insinué que c’étaient elles qui manipulaient le producteur, en lui adressant des compliments pour s’attirer ses faveurs.

Même si une psychiatre citée par l’accusation, Barbara Ziv, a témoigné que les victimes d’agressions sexuelles gardaient souvent des relations avec leur agresseur, les 12 jurés pourraient dans ces conditions avoir du mal à déterminer si M. Weinstein est coupable.

S’il était acquitté des cinq chefs d’inculpation à New York – ou si le procès était annulé en raison d’un désaccord entre jurés –, il aurait à répondre d’autres inculpations pour deux agressions sexuelles à Los Angeles, annoncées début janvier.

Il fait aussi l’objet de plaintes au civil, même si une partie des plaignantes ont accepté en mai un accord à l’amiable.

« M. Weinstein peut éviter de témoigner au pénal, mais il n’aura pas cette possibilité dans les procès contre lui au civil », a réagi mardi Douglas Wigdor, avocat qui représente trois des femmes qui le poursuivent au civil.

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