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Pénurie d’assistants techniques dans les pharmacies

Certains commis sont formés « sur le tas » pour répondre à des besoins urgents

La pénurie de main-d’œuvre qui touche les assistants techniques en pharmacie (ATP) force les pharmaciens-propriétaires à former « sur le tas » des commis de plancher. Un enjeu qui touche la sécurité des patients, croit le président de l’Ordre des pharmaciens. Une pétition à ce sujet de 5200 signatures a d’ailleurs été déposée à Québec au début du mois d’avril.

Les ATP sont en quelque sorte les bras droits des pharmaciens. Ils sont appelés à préparer des médicaments, accueillir le patient, monter son dossier, faire la saisie d’ordonnances, s’occuper de la facturation, faire les préparations stériles et parfois accomplir certaines tâches administratives. Ils sont présents dans deux milieux différents : les pharmacies communautaires, comme les Jean Coutu ou Pharmaprix, et les établissements de santé, comme les CIUSSS ou les centres hospitaliers.

« De plus en plus sollicités »

En milieu communautaire, certains ATP n’ont pas de formation officielle, mais sont d’anciens commis que les pharmaciens ont formés « sur le tas » pour répondre aux besoins. « Avec l’enjeu du vieillissement de la population, ces gens-là doivent être pris en charge, et les ATP vont être de plus en plus sollicités pour le faire, et donc avoir quelqu’un qui n’est pas formé derrière le comptoir, ça peut être un enjeu de sécurité pour la population », estime Josée Péloquin, directrice de l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal.

L’Association québécoise des assistants techniques en pharmacie (AQATP) croit que la solution à cette problématique réside dans le rehaussement de la formation et dans une réglementation encadrant leur pratique, absente uniquement dans la Belle Province.

Une pétition de 5200 signatures a été remise le 2 avril à la ministre de la Santé, Danielle McCann, qui est maintenant au courant du dossier.

« On sent une ouverture, mais où c’est compliqué, c’est que ça implique les deux plus gros ministères [Santé et Éducation], mais on est convaincus qu’on a de bons arguments. »

— Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), une réflexion est en cours en ce qui a trait au rehaussement de la formation, mais aucune décision n’a été prise. Néanmoins, le MSSS dit mener plusieurs actions afin d’« attirer et retenir les assistants techniques pharmaceutiques et les pharmaciens d’établissement ». Un comité de travail a aussi été mis en place afin d’analyser la situation et de trouver des pistes de solution. « Nous sommes d’ailleurs déjà en action pour la mise à jour du programme ATP professionnel », a déclaré le MSSS à La Presse par courriel.

La position de l’Ordre des pharmaciens du Québec va dans le même sens. Son président, Bertrand Bolduc, croit « qu’il y a une limite à former en cours d’emploi des gens dont la fonction a un impact important sur la santé des gens ».

Dans les établissements hospitaliers, la formation professionnelle de 10 mois (1230 heures) est obligatoire.

Comme il y a pénurie de main-d’œuvre dans le domaine des ATP, les élèves qui sortent de la formation sont très demandés. « Tous nos élèves reçoivent des offres pendant ou après leur stage. Il y a un besoin de main-d’œuvre », assure la directrice de l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal, Josée Péloquin.

Rehaussement de la formation

L’Ordre des pharmaciens du Québec a remis aux différents partis politiques, lors de la dernière campagne électorale, un document demandant le rehaussement de la formation, qu’il a fait parvenir à La Presse.

On y explique que depuis la création du programme de formation professionnelle, il y a 30 ans, le métier de pharmacien a beaucoup changé, mais pas le rôle des ATP. On déplore aussi que depuis l’adoption de la loi 41 en 2015, qui donne davantage de responsabilités aux pharmaciens, aucune modification à la formation ne permet aux pharmaciens de déléguer davantage de tâches techniques « à du personnel adéquatement formé », peut-on y lire. L’objectif d’une telle démarche est de permettre au pharmacien de passer plus de temps avec les patients.

Pour ce faire, on y demande la mise à niveau du programme de diplôme d’études professionnelles (DEP) et l’instauration d’une formation de niveau collégial.

Le rehaussement de la formation aurait plus d’impact dans le secteur des établissements de santé, puisqu’en responsabilisant l’ATP, il pourrait effectuer plus d’actes délégués, explique le responsable du programme au Centre de formation professionnelle (CFP) de Sherbrooke, Mathieu Coderre. La formation professionnelle est de 1230 heures, sur un maximum de 1800.

En ajoutant une attestation de spécialisation professionnelle (ASP) à même la formation, cela permettrait d’autoriser les ATP à faire certaines tâches pour réduire la charge de travail des pharmaciens, ajoute-t-il.

Même constat à Québec : puisque tous les équipements essentiels sont déjà dans les centres de formation professionnelle, le conseiller pédagogique au CFP de Fierbourg, Jean-François Lacroix, estime qu’il n’est pas nécessaire d’offrir une formation collégiale. De surcroît, une formation supérieure signifie aussi des salaires plus élevés, que certains pharmaciens ne pourraient se permettre, croit-il.

Le président de l’AQATP, Mohamed Amine, n’est pas de cet avis. « Recruter de la main-d’œuvre au niveau collégial permettrait de libérer le pharmacien de certaines tâches », estime-t-il. Il soutient qu’un salaire moyen de pharmacien est d’environ 65 $ de l’heure, alors qu’il serait autour de 25 $ de l’heure pour un employé issu d’une formation collégiale, ce qui serait plus économique à long terme et bénéfique pour le patient.

Certains ATP qui ont appris leur métier « sur le tas » ont recours à la reconnaissance des acquis, une formation accélérée qui leur permet d’avoir une certification pour obtenir de meilleures conditions salariales.

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