LIttérature Ce que La Presse en pense

Lire cul sec

Bacchantes
Céline Minard
Rivages
106 pages
Nombre d’étoiles

Trois braqueuses complètement folles tiennent en otage M. Coetzer dans sa cave à vin hyper sécurisée et située dans un bunker à Hong Kong, une réserve évaluée à 350 millions de dollars contenant les bouteilles de milliardaires qui croyaient les avoir mises à l’abri. À l’extérieur, la flic Jackie Thran et le négociateur Marwan tentent de calmer le jeu le plus vite possible, alors qu’un immense typhon est en route et empêchera toute résolution de l’affaire. Que veulent La Bombe, La Brune et La Clown dans leurs demandes incohérentes ? Pourquoi ont-elles pris d’assaut ce stock hyper précieux, et comment y sont-elles parvenues ?

Cela n’est pas très important dans ce court roman de 106 pages, qu’on doit lire d’une traite pour en ressentir le suspense, comme un alcool fort qu’on boit cul sec. Dans la mythologie grecque, les bacchantes renversent l’ordre du monde en célébrant Dionysos, ce que font ces trois braqueuses en s’attaquant aux collections des plus puissants – l’une d’elles se promène même avec la dernière bouteille de Château Lafite 1869 en équilibre sur sa tête… C’est là-dessus que l’audacieuse entreprise est incompréhensible pour Coetzer qui garde jalousement ses 100 000 bouteilles. « Chacune est un condensé, une métonymie organique, la rencontre d’un savoir-faire avec un sol et une année hasardeuse et unique. Elles sont toutes chargées de mémoire, pleines d’avenir, dans chacune une vie fermente. »

Céline Minard, qui aime jouer avec les codes des œuvres de genre (Faillir être flingué en 2013 revisitait le western à sa manière), signe ici un roman pointu, très cinématographique, au style ciselé, où chaque mot compte plus qu’une histoire avec un début, un milieu et une fin – ce qui pourrait déplaire aux amateurs de polars plus traditionnels. Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse…

— Chantal Guy, La Presse

LE KING NOUVEAU EST ARRIVÉ

L’outsider
Stephen King
Albin Michel
570 pages
Nombre d’étoiles

La traduction du plus récent roman de Stephen King, L’outsider (chez Albin Michel), arrive en librairie. Salué très positivement dans la presse anglophone l’an dernier, dont beaucoup l’ont comparé en puissance à son best-seller Ça, L’outsider débute par une intrigue policière – l’assassinat horrible d’un garçon de 11 ans – avant de basculer dans l’étrange et le surnaturel, comme seul le maître de l’horreur en a le secret. Serait-il possible que le principal suspect, qui a un alibi en béton, ait pu se trouver à deux endroits… en même temps ? Bref, une valeur sûre pour les fans, et un projet de série télé sur HBO serait en développement à partir du roman.

— Chantal Guy, La Presse

À DÉCOUVRIR : ROBER RACINE

La petite rose de Halley
Rober Racine
Boréal
234 pages
Nombre d’étoiles

Sixième roman de Rober Racine, autant connu pour son travail en arts visuels que comme écrivain, La petite rose de Halley, publié chez Boréal, offre une terrible prémisse comme point de départ lorsque Gregory Paxton, chercheur en radiologie, découvre qu’à 5 ans, il a tué un bébé, ce qu’il avait complètement oublié. Le genre de retour de flamme qui transforme complètement son regard sur tout ce qui l’entoure, alors qu’il est à Hiroshima et relie ce drame à l’explosion de Little Boy, la première bombe atomique. Qu’est-ce qui s’imprime en nous, comme ces ombres des victimes d’Hiroshima imprimées sur les bâtiments ? Sa femme et sa fille poursuivent elles aussi leurs quêtes personnelles et secrètes dans ce roman dense et profond comme une âme tourmentée ou dans le déni, où l’on retrouve entre autres le fantôme du poète Denis Vanier.

— Chantal Guy, La Presse

J’aime (pas) Hydro

Contre le colonialisme dopé aux stéroïdes Le combat des Inuit du Québec pour leurs terres ancestrales
Zebedee Nungak Traduit de l’anglais par Juliana Léveillé- Trudel Boréal 192 pages
Nombre d’étoiles

Le développement de la Baie-James compte parmi les moments marquants de la Révolution tranquille. Un moment d’appropriation territoriale et de fierté nationale portée par les Lévesque, Bourassa, etc. Comme toute médaille, ce segment de notre histoire a toutefois deux faces. En effet, le développement n’a pas été vécu de la même façon par les habitants du Nord qui se sont sentis dépossédés de leurs terres et de leur culture. L’écrivain Zebedee Nungak, qui a participé aux négociations de la Convention de la Baie-James, expose le point de vue des Inuits et montre bien que ces derniers, sans aucune manière d’exprimer leur opposition, ont été les grands perdants dans toute cette affaire. Son témoignage jette un éclairage nouveau sur cette période qu’on nous a toujours enseignée comme étant très positive, du moins d’un point de vue québécois. À lire absolument.

— Nathalie Collard, La Presse

Qui suis-je ?

À la recherche d’Alice Love
Liane Moriarty Traduit de l’anglais par Béatrice Taupeau
Albin Michel
545 pages
Nombre d’étoiles

L’immense succès de Big Little Lies (HBO) a attiré l’attention sur Liane Moriarty, auteure du roman qui a inspiré l’excellente série de Jean-Marc Vallée. Moriarty était pourtant déjà abonnée au succès. Son roman Le secret du mari, publié en anglais en 2013, avait dominé les palmarès de vente à sa sortie. Albin Michel nous propose aujourd’hui la traduction d’un des premiers titres de cette Australienne, publié il y a 10 ans. L’histoire d’Alice, presque 40 ans et mère de trois enfants, qui se frappe la tête et oublie les 10 dernières années de sa vie. Envolés les problèmes matrimoniaux, les angoisses, les querelles familiales, etc. Rien de mieux pour faire le bilan de sa vie et réaliser qu’on est devenu une pâle copie de l’adulte formidable qu’on espérait devenir… Un roman divertissant qui contient les ingrédients qui font le succès de l’auteure : des personnages féminins forts et une intrigue qui sait nous tenir en haleine. On imagine déjà le film ou la série.

— Nathalie Collard, La Presse

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