Tout le monde en parle

Transparence et vérité

Entre le désir de nous révéler telles qu’on est dans toute notre fragilité, la plus grande clarté des autorités en temps de pandémie et la volonté de faire toute la lumière sur les arrestations arbitraires durant la crise d’Octobre, c’est de transparence et de vérité qu’il a été beaucoup question dimanche à Tout le monde en parle, en cette veille de l’Action de grâce.

Les troubles alimentaires peuvent paraître abstraits ; certainement pas après les témoignages extrêmement révélateurs de Geneviève Garon et de Joanie Gonthier, qui en ont été victimes. La journaliste qui couvre la scène judiciaire à Radio-Canada en parle à la troisième personne, comme une voix qui lui dictait quoi faire. L’animatrice et chroniqueuse Joanie Gauthier signe le livre J’ai menti ; durant des années, en livrant chaque matin la météo, tout sourire à Salut bonjour, elle faisait croire au bonheur alors qu’elle vivait l’enfer, entre l’anorexie, l’alcoolisme et les idées suicidaires. Tout n’était que mensonge.

Après deux ans de sobriété, elle est rayonnante, pour vrai cette fois, mais elle a dû toucher le fond du baril pour y parvenir. « Je suis contente qu’Instagram n’existait pas quand j’avais 16 ans », confie Joanie, pensant aux adolescents qui se comparent constamment aux autres. Geneviève Garon, qui est passée sous les 100 livres, n’avait qu’une idée en entrant dans une pièce : se demander si elle était la plus mince. « Il n’y a rien de plus fort que l’emprise alimentaire », affirme celle qui a fait du surentraînement et dont l’obsession de manger des aliments sains a dévié vers l’anorexie.

Vous vous sentez déprimé ? Plus d’un Québécois sur cinq présente un problème de dépression ou de troubles anxieux, une donnée qui risque d’augmenter avec l’automne et la deuxième vague. L’un des meilleurs segments de la soirée revient à la Dre Mélissa Généreux, qui a commenté une enquête sur les impacts psychosociaux de la pandémie et qui a participé aux recherches avec ses collègues de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

Les personnes le plus atteintes sont le personnel de la santé, mais aussi les jeunes de 18 à 24 ans et les anglophones. Dans plusieurs cas, le manque d’information serait une des causes. « Tout passe par l’information » pour retrouver la confiance de la population, croit-elle. Les antivaccins seraient d’ailleurs les plus anxieux, paradoxalement. La Dre Généreux appelle d’ailleurs à la bienveillance à l’égard de ces gens qui ne croient rien de ce qu’on leur dit. Pendant qu’on se chicane sur les réseaux sociaux, « le virus est crampé ! », blague-t-elle. L’ancienne directrice de santé publique en Estrie invite à la même bienveillance à l’égard du DHoracio Arruda, qu’elle connaît bien. « Il a toujours été là pour la bonne cause. Je trouve ça assez dommage qu’on s’attaque à lui, à l’emblème de la Santé publique. »

Quoi de plus réconfortant qu’Yvon Deschamps qui fait de l’humour à la Yvon Deschamps ? Pas besoin de sauter d’un avion ou de descendre en ski à 100 milles à l’heure pour vivre de grandes sensations en temps de pandémie. « Aujourd’hui, moi, j’ai juste à sortir et je vais peut-être en mourir ! C’est merveilleux ! », a lancé dans un grand rire le père de tous les humoristes, dans une entrevue des plus charmantes et distrayantes. Et quel bonheur de le savoir de retour sur scène, le temps d’une soirée sur l’Espace Yoop le 23 octobre, pour deux courts numéros ! L’un des deux portera sur la mémoire.

« Combien d’amis ont l’alzheimer ? J’essaie de tout faire pour pas que ça m’arrive », affirme Yvon Deschamps, qui avoue avoir peur de cette maladie. « On dirait qu’il n’y a plus de nuances d’émotions dans le monde. On hait ou on aime », dit-il quand on lui parle de sa chanson Aimons-nous, qui émeut toujours.

Avec Valérie Plante, Guy A. n’a pas lâché le morceau en ce qui concerne le sort des commerçants et les voies actives sécuritaires. Un bilan estival qu’a pourtant défendu la mairesse de Montréal, tout en étant ouverte à « élaguer » le nombre de chantiers dans sa ville. Comme d’autres, elle a reçu des menaces de conspirationnistes ; mais des menaces, elle dit en recevoir depuis son élection. L’explosion du nombre d’itinérants durant la pandémie l’inquiète.

« On ne peut pas laisser les gens en plein hiver comme ça », admet-elle, ouverte à ce que les hôtels vides puissent régler une partie du problème. Elle est d’avis que les parcs, qui permettent notamment aux jeunes de ventiler durant le confinement, pourraient rester ouverts. La mairesse a évité la question au sujet du retour probable de Denis Coderre dans la course pour la prochaine campagne municipale.

Grand fan de basketball, Guy A. Lepage était visiblement ravi de recevoir Luguentz Dort, le p’tit gars de Montréal-Nord qui joue au sein du Thunder d’Oklahoma City. Vraiment pas besoin de connaître ce sport pour apprécier l’athlète, dont le chandail portait l’inscription créole « Respekte nou », en soutien au mouvement Black Lives Matter. Le jeune homme de 21 ans a battu en septembre un record qui appartenait jusque-là au légendaire LeBron James. Entretien fort sympathique avec le Québécois, qui revient toujours à Montréal-Nord, secteur plus sécuritaire que ce qu’on en dit, affirme Luguentz, qui a failli décrocher de l’école. Selon ce qu’il en sait, la prochaine saison de basketball devrait commencer en janvier, si tout se passe bien.

« Y en aura pas, d’excuses », martèle l’historien Éric Bédard, à propos des arrestations arbitraires durant la crise d’Octobre, il y a 50 ans. Selon l’auteur de Chronique d’une insurrection appréhendée, avant les excuses, les gouvernements devraient donner accès à toutes les archives de cet épisode sombre de notre histoire pour qu’on puisse connaître toute la vérité.

Autrement, il n’a pas été surpris du refus de Justin Trudeau de s’excuser ; ce serait, selon lui, renier son propre père et, face à l’opposition conservatrice, plier les genoux devant le mouvement souverainiste. Détenu durant 11 jours, notamment pour avoir organisé un spectacle, Gaëtan Dostie a raconté son arrestation musclée par huit policiers alors qu’il était nu dans son lit, une mitraillette braquée sur lui. Un récit qui fait encore frémir un demi-siècle plus tard.

Marie-Mai, qui a conclu avec une version intimiste de son grand succès C’est moi, adore les prestations en formule acoustique mais ne renonce pas pour autant aux spectacles à grand déploiement. Celle qui dit avoir été prisonnière de son image sans vraiment s’en rendre compte fait « lit commun et maison à part » dans la série Chez Marie-Mai, une nouvelle forme de cohabitation « qui mérite beaucoup de nuances », dit-elle.

Jusqu’à quand, le confinement ? Nul ne le sait, mais Guy A. Lepage a commencé l’émission avec cette bonne nouvelle : Tout le monde en parle restera en direct jusqu’à la fin de la saison, au printemps, « quoi qu’il advienne ».

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