Chiko Nanji, PDG de Metro Logistique

Un leader canadien venu de l’Ouganda

Metro Logistique a été fondée à Montréal il y a 45 ans et est aujourd’hui la plus importante société de services de logistique externalisée au Canada avec ses 6000 employés et les 12 millions de pieds carrés d’entrepôts et de centres d’emballage qu’elle gère pour ses clients en Amérique du Nord et en Europe. Plus de 20 milliards de biens transitent par les installations de Metro Logistique chaque année. Son PDG et propriétaire, Chiko Nanji, originaire de l’Ouganda, nous explique le parcours peu banal de cette entreprise méconnue.

Metro Logistique est la plus importante entreprise de logistique au Canada et elle passe pourtant complètement en dessous du radar, personne ne la connaît. Comment est née et a grandi Metro Logistique ?

Ma famille est originaire de l’Ouganda. Mon père y est né et moi aussi, mais on a été forcés de quitter le pays, en 1972, lorsque le dictateur Idi Amin Dada a décidé d’expulser tous les Indo-Pakistanais de l’Ouganda.

On est arrivés au Canada comme réfugiés politiques à bord d’un avion militaire canadien à la base de Longue-Pointe, à Montréal. J’avais 12 ans.

En Ouganda, mon père était un entrepreneur. Il avait une usine de clous, une autre qui fabriquait des valises. Il a été forcé de tout abandonner. Il a acheté, en 1974, un vieil édifice à Verdun où il entreposait des bouteilles vides, de l’isolant en fibre de verre…

Il a par la suite acheté d’autres entrepôts. C’était avant tout une activité immobilière. Il rénovait les bâtisses, entreposait des marchandises et profitait de l’appréciation de leur valeur.

Je me suis joint à l’entreprise familiale en 1975, j’avais 15 ans, et je l’ai rachetée de mon père en 1998. On avait alors 75 employés. Je me suis lancé dans la logistique pure, j’ai délaissé le volet immobilier. Metro Logistique ne possède aucun immeuble. Les 12 millions de pieds carrés que l’on opère sont loués ou appartiennent à nos clients.

Quels types d’opérations de logistique réalisez-vous et quels sont les secteurs d’activité de vos clients ?

On est au service de nos clients, on leur offre de les accompagner dans toutes leurs opérations de logistique. Notre force, ce sont nos gens, nos procédés et nos technologies.

On offre nos services aux entreprises des secteurs des produits de consommation emballés, du commerce au détail, de l’automobile, de la mode et du commerce électronique, et ce, à l’échelle de l’Amérique du Nord et de l’Europe.

Nos clients se retrouvent parmi les 100 plus grosses entreprises au monde. On est dans l’automobile avec Honda, Mercedes, Jaguar ou Harley-Davidson. Dans le secteur du détail, on sert des entreprises comme Lindt, General Mills, Home Depot, Best Buy.

On fait de l’assemblage léger pour de nombreuses sociétés industrielles. Par exemple, pour les fabricants de véhicules tout-terrain, on va assembler dans nos centres de logistique les pneus et les châssis des véhicules avant de les distribuer vers leurs points de vente.

Dans le temps de la Saint-Valentin, on va s’occuper de mettre les chocolats dans les boîtes des manufacturiers avant de les distribuer dans les centres commerciaux, les pharmacies ou les épiceries.

On adapte nos services selon les besoins des clients et c’est comme ça qu’on a évolué depuis les 20 dernières années. Ce sont nos clients qui nous ont amenés aux États-Unis et en Europe parce qu’ils aiment nos procédés et nos technologies.

Jusqu’à maintenant, votre croissance a été essentiellement organique. Mais l’an dernier, vous vous êtes associé à la Caisse de dépôt, qui a injecté du capital de croissance dans Metro Logistique. Est-ce que vous souhaitez réaliser un changement de cap ?

Depuis 10 ans, on enregistre un taux de croissance annuel de plus de 10 %. Mais depuis cinq ans, on développe beaucoup les activités liées au commerce électronique, qui affichent une hausse de 80 %.

Au cours de la dernière année, on a réalisé quatre acquisitions qui nous ont permis de développer des solutions de livraison dites du « dernier kilomètre ». On est en mesure de permettre aux clients de choisir le moment et l’endroit où leurs colis ou électroménagers seront livrés. Plus question de livrer entre 8 h et 17 h. On ouvre des fenêtres de deux heures seulement.

Il y a plusieurs autres acquisitions qui sont sur le point d’être annoncées. Nos clients détaillants comptent sur nous pour qu’on développe les meilleures solutions en matière de commerce électronique, et c’est ce que l’on fait.

Est-ce que la Caisse est le seul investisseur extérieur avec lequel Metro Logistique s’est associée ?

Non, dans le passé, la SGF (l’ex-Société générale de financement) avait pris une participation dans notre capital, que j’ai rachetée par la suite. Puis, en 2012, Novacap a pris une participation majoritaire dans Metro Logistique. Je voulais monétiser une partie de mon investissement.

Notre convention d’actionnaires me permettait de racheter ma participation et c’est ce que j’ai fait il y a deux ans. J’ai racheté Novacap et je suis redevenu l’unique actionnaire de Metro Logistique.

La Caisse a décidé d’investir chez nous parce qu’on est la plus importante entreprise de logistique au Canada et que l’on a pris le virage du commerce électronique avec des procédés et des technologies innovants.

Vous êtes actif à l’échelle nord-américaine et européenne. Est-ce que vous êtes tenté par le développement de vos activités en Asie, qui représente un marché tout de même important ?

On va aller en Asie si nos clients le souhaitent. La seule façon de le faire, c’est en accompagnant nos clients. C’est comme ça qu’on est entré aux États-Unis. Pour l’instant, on a une présence très forte au Canada, où on a des activités dans toutes les provinces et des effectifs de 4500 personnes.

Aux États-Unis, on a une bonne présence dans plusieurs États où on compte 1500 employés. En Europe, on augmente notre présence. On a développé en Grande-Bretagne et en Allemagne une opération de logistique d’urgence qui fournit des services de courrier ultrarapides aux manufacturiers.

On peut aller chercher une pièce en Chine pour l’amener au Brésil. On sécurise les chaînes d’approvisionnement. On va faire prochainement notre entrée en République tchèque avec un nouveau centre de logistique.

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