RIDM  Impetus 

Rebondir après une blessure de l’âme

La résilience est au cœur d’Impetus, le dernier film de Jennifer Alleyn. Une docufiction dont la première mondiale a lieu ce soir, dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). La Presse a regardé Impetus en primeur et a rencontré la réalisatrice et les deux comédiens principaux, Pascale Bussières et Emmanuel Schwartz.

« Partir à la découverte de l’autre pour cueillir la puissance de l’échange humain. » Tel était le souhait de Jennifer Alleyn pour son projet Impetus. La dernière séquence du film a comblé son désir. Pascale Bussières y est émouvante dans sa relation impromptue avec un chauffeur de taxi new-yorkais. Une scène puissante et douce, à la fois réelle et irréelle, à l’image de ce film qui brouille la frontière entre fiction et documentaire.

« S’est cristallisée dans cette séquence toute l’essence de ce que je voulais mettre dans Impetus, dit Jennifer Alleyn en entrevue. La vie étant une série d’accidents, de hasards, de détours et de parenthèses, le film traduit le chemin depuis une idée jusqu’à sa réalisation. »

Scénario

Il y a en effet tout un monde entre le scénario de départ et la version finale d’Impetus. En 2013, il s’agissait de l’histoire d’un homme de 40 ans qui fuit une peine d’amour et la perte de son emploi en allant garder un lézard dans un loft new-yorkais. Un homme qui se donne une impulsion (impetus en latin) pour rebondir.

L’histoire prenait sa source dans la douleur d’une rupture amoureuse vécue par Jennifer Alleyn et incarnée dans le film par un homme pour se distancier de son expérience personnelle.

Cinécriture

Optant pour une œuvre imaginaire, Jennifer Alleyn a toutefois été rattrapée par son bagage de documentariste et a créé une fiction « à haute saveur documentaire » qui évoque la liberté de la cinécriture d’Agnès Varda.

« À ce moment-là, je cherchais à retrouver la fraîcheur, le plaisir de filmer des êtres, avec une caméra-stylo qui permettait de réagir aux choses rapidement. Délimiter un espace, où le ludique, l’imprévu étaient bienvenus. J’ai fait le film avec ce que j’avais autour de moi : une caméra, un loft, des êtres inspirants et du temps. »

— Jennifer Alleyn

Les tournages, à Montréal (dans l’ancien atelier d’Edmund Alleyn) et à New York, et diverses péripéties inhérentes à la réalisation d’un film ont fait surgir des idées qui ont généré de nouvelles scènes. Des prises de vue du tournage lui-même. Des dialogues entre la réalisatrice et son équipe technique. Des interrogations des comédiens sur leur jeu. Et même des questionnements de Jennifer Alleyn sur son désir de filmer. 

« Au final, le film est très proche de ce que je voulais exprimer au départ », dit la réalisatrice.

Impetus aborde la quête de bonheur, l’importance d’agir au quotidien, d’ouvrir les yeux, de rompre sa solitude et de se laisser inspirer par la vie. « C’est un film sur la force du mouvement, dit la cinéaste. J’ai eu envie de rencontrer des gens qui ont une force de caractère éblouissante et inspirante. » 

Personnages 

Parmi ces gens inspirants, Impetus présente un guitariste doué, John Reissner, et une virtuose du piano, Esfir Dyachkov, deux Montréalais qui ont connu leur impetus après avoir mangé leur pain noir. Et puis, il y a Pascale Bussières et Emmanuel Schwartz qui ont, eux aussi, éprouvé des périodes difficiles dans leur vie personnelle.

« La peine d’amour, la fuite, l’isolement, la solitude, ça coulait de source pour moi, puisque je suis de nature nostalgique. Ma spécialité dans le jeu, c’est la dépression ! »

— Emmanuel Schwartz

« Moi aussi, j’ai vécu une drôle de phase et le projet de Jennifer faisait un peu écho à ça, dit Pascale Bussières. Et puis, participer à ce genre de cinéma libre où les contraintes éclatent, avec un espace de jeu très créatif, ça fait du bien. »

Edgar le lézard

Un acteur joue un rôle important dans le film : Edgar, le lézard ! Sa relation avec Emmanuel Schwartz est touchante. « Et pourtant, je ne voulais pas le toucher ! dit l’acteur. J’ai du mal avec les bestioles ! » Le reptile symbolise dans le film la capacité de l’homme de se régénérer, quitte à perdre une partie de lui-même pour avancer dans la vie. 

Michel Brault

Jennifer Alleyn a dédié Impetus à Michel Brault. Le chantre du cinéma direct l’avait en effet encouragée à continuer dans la veine expérimentale. Elle a adoré cette expérience de docufiction qui lui procure une grande liberté cinématographique. Avec une réalisation non assujettie au scénario et un travail intense de l’image et du montage.

« À l’avenir, j’ai très envie d’aborder des sujets en faisant, comme pour Impetus, un vrai travail d’atelier. Nous avons été sept mois en montage. On a pris le temps de sculpter Impetus. En partant d’une grande boule d’argile, on est parvenus à créer une figure humaine expressive. Du cinéma avec une approche d’arts visuels. »

Impetus, première ce soir sur invitation. Une deuxième projection aura lieu le 13 novembre, à 18 h, à la Cinémathèque québécoise – salle Canal D (335, boulevard De Maisonneuve Est), en présence de Jennifer Alleyn.

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