violences commises par des unités antibraconnage

WWF-Canada nie toute responsabilité

La section canadienne du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada), qui se félicite de jouer un « rôle clé » au Népal dans la protection d’espèces menacées, nie toute responsabilité dans les opérations violentes « d’unités antibraconnage » dénoncées récemment par une enquête du site américain BuzzFeed.

Un porte-parole de WWF International, Michael Parsons, a indiqué hier que l’organisation canadienne contribuait depuis 2013 au financement d’activités de protection des tigres dans le petit pays asiatique mais que cet argent ne servait pas au soutien « d’éco-gardiens militaires » chargés de patrouiller dans des zones protégées.

Les sommes en question, a-t-il précisé, ont permis notamment de former des membres des communautés népalaises aux techniques de surveillance de la faune tout en contribuant aux activités du personnel local de WWF ayant pour but d’estimer les populations d’espèces menacées.

Dans un article paru sur le blogue de WWF-Canada en 2016, l’organisation indiquait cependant que plusieurs des gardiens népalais comptaient sur elle « pour acheter plus d’équipement de surveillance et de lutte contre le braconnage et assurer des patrouilles adéquates, évaluer les différents sites et former les travailleurs de terrain ».

Les lecteurs de l’article étaient invités en conclusion à faire un don pour soutenir les efforts de WWF-Canada visant à « limiter le braconnage » contre les tigres, « préserver leur habitat » et surveiller l’évolution de leur population.

M. Parsons n’a pas donné suite aux questions de La Presse visant à clarifier l’apparente contradiction entre ses propos et le contenu du blogue de la branche canadienne de WWF.

« Nous traitons toutes les demandes liées à l’histoire de BuzzFeed directement par notre bureau de presse international. »

— Michael Parsons, porte-parole de WWF International

Aucun des porte-parole de WWF-Canada n’a répondu par ailleurs à nos demandes d’entrevue.

Des villageois battus

Deux journalistes du site américain BuzzFeed ont publié, la semaine dernière, une enquête de longue haleine suggérant que WWF avait formé et financé des unités antibraconnage s’étant rendues coupables de graves exactions dans une demi-douzaine de pays.

Ils relevaient que « des villageois [avaient] été frappés avec des ceintures, attaqués avec des machettes, assommés à coups de bambou, agressés sexuellement, tirés et tués ».

Le rapport faisait état notamment d’abus survenus au Népal, où plusieurs parcs ont été mis sur pied au fil des ans pour protéger des espèces menacées. Des militaires y travaillent de concert avec des gardiens afin d’empêcher le braconnage.

Une cohabitation difficile

Sophie Grig, recherchiste de l’ONG Survival International qui s’est rendue l’année dernière au Népal pour enquêter sur la situation, note que la cohabitation des populations autochtones et locales avec les forces de sécurité est difficile.

Il n’est pas rare, dit-elle, que des villageois soient pris à partie simplement parce qu’ils s’aventurent dans les territoires protégés ou s’adonnent à des pratiques traditionnelles officiellement autorisées, comme la pêche, dans des zones limitrophes.

Mme Grig, qui est établie en Grande-Bretagne, note que les efforts de protection de la faune sont trop souvent menés sans véritable concertation avec les populations touchées, ce qui favorise les dérapages.

Les révélations de BuzzFeed ont suscité une levée de boucliers dans plusieurs pays. Le département anglais du Développement international a notamment promis de suivre de près l’évolution de l’enquête indépendante annoncée par WWF en réponse aux allégations de violence.

Des élus américains indignés ont demandé que toute la lumière soit faite sur le sujet.

Ottawa interpellé

Sophie Grig pense qu’Ottawa devrait aussi demander des comptes à WWF et sa section canadienne, qui a reçu l’année dernière plus de 1 million de dollars de fonds gouvernementaux, selon ses plus récents états financiers.

Le ministère canadien de l’Environnement, qui figure parmi les bailleurs de fonds, n’a pas donné suite à nos questions à ce sujet. Un autre bailleur de fonds important, Pêches et Océans Canada, a précisé qu’aucun suivi « n’était requis » de sa part puisque les activités soutenues avec ses fonds n’étaient « aucunement lié aux activités internationales de WWF ».

« Le Canada devrait emboîter le pas aux autres et demander sa propre enquête indépendante », souligne Mme Grig, qui ne fait pas confiance à WWF pour faire toute la lumière sur la situation.

« Ils ont démontré par le passé qu’ils tendaient à ignorer ou enterrer toute conclusion indigeste qui peut résulter de ce type d’exercice », dit-elle.

La Fondation Leonardo DiCaprio, qui travaille depuis plusieurs années avec WWF sur la protection des espèces menacées au Népal, a demandé cette semaine à l’organisation écologiste de fournir au public « un compte rendu complet et transparent » de ses conclusions relativement aux allégations de BuzzFeed.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.