Courrier

L’éditorial de Maxime Bergeron publié samedi, « Le Québec doit faire de la place aux “vieux” », a suscité de nombreux commentaires et témoignages. Un aperçu des courriels reçus.

Bizarre, la société. Il n’y a pas si longtemps, on offrait des sommes forfaitaires pour se débarrasser des travailleurs vieillissants. Le but était de faire de la place aux jeunes, car les méchants baby-boomers prenaient toute la place. Maintenant que vous l’avez, gardez-la !

— Réjean Carrière

Courrier

Perte de talent et d’expertise

À 55 ans, mon poste de cadre a été aboli et j’ai mis plus de deux ans pour retrouver du travail, et ce, dans un emploi bien en deçà de mes compétences et payé la moitié de mon salaire des 15 dernières années. Le sentiment d’être finie et dépassée nous gagne et, malgré les meilleures techniques d’entrevue et une réputation irréprochable, mon âge est définitivement mon talon d’Achille. Quelle société laisse ses quinquagénaires motivés et compétents sur le bord de la route ? Les mentalités doivent changer chez les employeurs. Quelle perte de talent et d’expertise ! Et quelle belle voie pour la dépression et la pauvreté !

— Denyse Gagnon, Montréal

Revoir la législation

Les travailleurs âgés portent souvent le poids de problèmes de santé accumulés au long de leur vie. Lors d’un accident de travail, ces hypothèques peuvent aggraver les conséquences de cet accident, ce dont l’employeur ne peut être tenu responsable. D’accord entièrement pour le « retour des vieux » (dont je suis), mais il faut aussi revoir la législation quant à certains aspects de la santé et de la sécurité au travail.

— Pierre Viens, médecin

Curriculum des ressources humaines

Il faut adapter le curriculum universitaire des cours de ressources humaines. Par exemple, on enseigne aux étudiants à recruter de sorte que le nouvel employé puisse s’intégrer facilement à la moyenne d’âge de l’entreprise. On vise donc une fourchette qui se situe autour de 35 ans. Les recruteurs sont souvent aussi très jeunes et portés naturellement à éliminer systématiquement les candidatures de personnes dans la cinquantaine et plus.

— Jacques Bournival

Trop tard

Retraité depuis février dernier, j’avais demandé à mon employeur de m’accorder une semaine écourtée de quatre jours de travail, ce qu’il m’a refusé, prétextant que trop d’employés le demanderaient à leur tour. J’ai alors choisi la retraite à 62 ans. J’ai appris dernièrement qu’un manque de travailleurs se faisait sentir et qu’ils pensaient faire appel à leurs retraités. Malheureusement, il est trop tard, car depuis, je suis devenu travailleur autonome pour quelques jours par semaine. Je serais sûrement encore employé de mon ancienne entreprise s’ils avaient accepté ces quatre jours par semaine, et certainement jusqu’à plus de 65 ans.

— Raymond Savard

En haut de 50 ans ? Oubliez ça !

J’ai 54 ans et j’ai été poussée hors de mon emploi dans l’industrie financière il y a un an. J’ai un baccalauréat en communication et je termine, en décembre, un certificat en communication socionumérique des organisations pour être à jour dans mon domaine d’études. Je me suis résignée à enlever les dates de mes diplômes sur mon CV pour ne pas donner une première impression négative, et je travaille maintenant avec un coach de carrière pour comprendre le nouveau marché du travail.

On parle beaucoup de diversité et de l’importance des entreprises de la nouvelle économie numérique, mais quand on regarde les photos d’employés de ces entreprises, on remarque en général que ce sont majoritairement de jeunes hommes de 25 à 40 ans, quelques jeunes femmes aussi, et peu de personnes issues des minorités. En haut de 50 ans ? Oubliez ça, et encore moins quand on est une femme. Je me retrousse les manches et je fonce. Il y aura bien un employeur qui verra que ça vaut la peine d’embaucher une personne motivée, autonome et qui veut toujours apprendre.

— Sylvie Lachapelle, Lachine

Changez les mentalités, ça presse !

Ce n’est pas seulement l’employeur qui pousse pour que nous partions, ce sont les moins anciens qui nous poussent pour obtenir les dossiers et les projets les plus intéressants. Aussitôt que tu vieillis un peu, soit à plus de 55 ans, on te suggère – même pas subtilement – de partir. Oui, changez les mentalités, ça presse !

— Hélène Bilodeau, Lévis

La retraite malgré moi

Depuis quatre mois, je suis en retraite graduelle. Je travaille trois jours par semaine. Le 23 août prochain, à la veille de mon 61e anniversaire, je serai retraitée à temps plein. J’aurais bien aimé continuer à travailler à ce rythme, mais ça ne se fait pas dans mon organisation. On accepte que les employés travaillent quatre jours/semaine, mais pas moins. Je vais donc partir à la retraite un peu malgré moi. Et je ne suis sûrement pas la seule dans cette situation.

— Marie-Andrée Lemieux, Sherbrooke

J’ai besoin de travailler

Je suis un retraité du domaine du financement. Depuis quatre ans, j’occupe un poste de service à la clientèle dans une verrerie. Je gagne 15 $/heure. J’ai dû quitter mon emploi à cause d’un déménagement. Or à 67 ans, même si je suis en forme, je ne peux trouver un emploi au même salaire dans la région de la Montérégie. On m’offre le salaire minimum. Or même à 15 $ l’heure, on est très loin du salaire que je faisais dans le domaine bancaire. Je n’ai aucun fonds de pension, seulement des REER. J’ai donc besoin de travailler.

— Serge Leduc

Et au Québec, on se plaint qu’on perd notre expertise…

Mon expérience personnelle me dit qu’on est encore loin d’atteindre cet idéal. J’ai 54 ans, j’en suis à ma 32e année dans l’enseignement, dans un poste de direction depuis 17 ans. Je prendrai ma retraite le 30 juin 2019 (liberté 55). J’adore mon travail et j’aurais pu y travailler encore plusieurs années.

De nouvelles règles pour la retraite dans la fonction publique au Québec seront en place le 1er juillet 2019. Si je prends ma retraite le 1er juillet, j’aurai 8000 $ de moins par année pour le reste de ma vie comparativement au 30 juin 2019. Il faudrait que je travaille trois ans de plus, jusqu’en 2022, pour revenir à la même somme qu’en juin 2019. Le choix est assez simple à faire.

Pire encore, si j’offrais mes services d’enseignant pour certains remplacements difficiles à combler présentement (par exemple, un congé de paternité de six semaines en milieu d’année ou un remplacement de quelques semaines pour un arrêt de travail en cours d’année), le temps de ce remplacement, ma pension serait suspendue.

Pensez-vous vraiment que j’offrirai mon expertise pour dépanner dans de telles conditions ? Et on se plaint que l’on perd notre expertise trop tôt au Québec ! Il sera plus payant pour moi d’aller vendre des vis dans une quincaillerie si je m’ennuie trop. N’ayez crainte, j’ai trop de passions dans la vie pour m’ennuyer !

— Jocelyn Roy, L’Assomption

Courrier

Des employés âgés qui font mentir les préjugés

Je suis heureuse qu’on commence à parler un peu plus de l’âgisme en recrutement. Je suis une professionnelle des ressources humaines depuis plus de 30 ans, et je peux vous confirmer que les préjugés sont bien là, faisant en sorte que les candidats de plus de 55 ans sont peu contactés pour des entrevues.

Pourtant, contrairement aux croyances les plus répandues, les candidats plus âgés ne sont pas plus malades que les plus jeunes et ils sont à jour dans leurs connaissances informatiques quand l’emploi l’exige.

Dans certains milieux, il y a également l’image « jeune et dynamique » que l’entreprise veut se donner, ce qui fait en sorte qu’on pige toujours dans le même bassin de main-d’œuvre de plus en plus vide.

J’ai vu plein d’exemples au cours de ma carrière d’employés plus âgés qui font mentir les préjugés. Il faut arrêter de les voir comme des exceptions.

Au lieu de rejeter une candidature à cause de l’âge, il faut valider entre autres l’adaptabilité et les exigences salariales, comme on le fait pour toutes les candidatures.

Il est vrai cependant que certains de ces travailleurs veulent faire moins d’heures et les employeurs démontrent peu de souplesse à cet égard, peu importe la catégorie de personnel. Je suis bien consciente de la chance que j’ai de travailler pour des employeurs qui ne considèrent pas l’âge comme un critère de rejet et qui m’offrent un horaire à temps partiel.

— Madeleine Senécal

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