La ville est (semi) hockey

La barricade noire ne ment pas : un gros logo de la Ligue nationale de hockey, un autre annonçant les séries de la Coupe Stanley.

Rien de bien sophistiqué. Une clôture noire de métal, la bannière avec les logos susmentionnés, une autre couche de tissu derrière pour assurer l’opacité, et le tour est joué : le passant ne peut rien voir de l’autre côté de la barricade.

Mais le bruit, lui, traverse la clôture. « Salut, ça va ? » Quoi de neuf ? » Deux joueurs qui se croisent ? Deux employés de l’hôtel ? Deux employés de la sécurité ? Allez savoir.

« Tu dois franchir beaucoup d’étapes avant d’arriver à l’hôtel et une fois dans la bulle, je n’ai jamais vu autant de sécurité pour rentrer à l’hôtel », observait Joel Quenneville, entraîneur-chef des Panthers de la Floride, en conférence de presse lundi.

Quenneville et les Panthers séjournent au Royal York, ce mammouth qui domine la gare Union Station en plein centre-ville. L’équivalent torontois du Reine Elizabeth. La Presse s’est baladée autour de l’hôtel afin de voir concrètement à quoi ressemble ce périmètre de sécurité. Et en effet, rien n’a été laissé au hasard.

Ça commence à l’entrée ouest de l’hôtel, où la rue York a même été fermée à la circulation. Des blocs de béton bloquent le passage et des policiers assurent la sécurité. Il y a une première barricade devant l’hôtel, une autre de l’autre côté de la rue, pour bloquer un escalier donnant accès à un passage souterrain.

Tout d’un coup, de chaque côté de la rue, un agent de sécurité ouvre son côté de clôture. Interdiction de passer même à pied, jusqu’à ce qu’une dame sorte de la « bulle » avec son sac à lunch. Aussitôt qu’elle est passée, les deux agents referment la clôture.

On poursuit la marche rue Piper, à l’arrière de l’hôtel, qui ressemble plutôt à une ruelle. Au bout, on aperçoit les contours de ce qui ressemble à un détecteur de métal. On s’approche pour constater qu’il y a effectivement un détecteur de métal, une tente et des formulaires à remplir. Une entrée pour les joueurs ?

« Malheureusement, non. C’est seulement une entrée pour les employés. On entre par ici et on se fait tester », nous explique la dame qui surveille les lieux. Parce que c’est bien tout ce qu’il y a à surveiller, des lieux : les passants se font rares !

Une entrée de stationnement souterrain ? Également bloquée par la barricade. Même résultat à l’avant de l’hôtel, où on bavarde avec le brave agent responsable de l’entrée principale. « On est testés tous les jours, en commençant notre quart de travail. Le test complet avec le bâton dans le nez », dit-il, un peu amusé par ce désagrément.

On s’enthousiasme à la vue de deux ados qui prennent des photos sur le terre-plein devant l’hôtel. Enfin, des partisans à qui parler ! On s’approche pour leur demander s’ils ont vu des joueurs, pour constater qu’ils parlent plus ou moins anglais et ne semblent pas au courant que c’est le tournoi de la LNH qui est responsable de tout ce brouhaha.

En rodage

Heureusement qu’il y a toutes ces installations autour de l’hôtel ; autrement, impossible de savoir que sept équipes de la LNH – dont le Canadien – sont installées ici depuis dimanche. Les cinq autres équipes de l’Association de l’Est sont dans un hôtel à l’ouest du centre-ville.

La ligue a pourtant l’habitude de tapisser une ville quand elle y débarque pour un évènement ; il suffit d’avoir vu les oriflammes qui ornent les rues des villes qui accueillent le repêchage ou le match des Étoiles.

Rien de tout cela ici, même que devant le Scotiabank Arena, ce sont encore les bannières « Leafs Forever » qui ornent les lampadaires. Par contre, même si les matchs préparatoires commencent mardi, le tournoi s’amorce officiellement samedi. On a encore du temps.

Pas de pancartes, pas de partisans non plus. Ils ne seront pas admis dans l’aréna, mais on ne les voit pas plus sur les trottoirs, où il y a généralement un bon volume de piétons. Sans doute l’effet combiné de l’humidité suffocante de ce lundi après-midi et d’une certaine pandémie qui a vidé les centres-villes.

Même la conférence de presse devant l’aréna n’attire guère de curieux. On y retrouve pourtant John Tory, le maire de Toronto. Un des organisateurs demande à la demi-douzaine de photographes et caméramans de bien cadrer, derrière les dignitaires, l’image projetée sur un écran géant installé sur l’aréna, sur lequel on peut lire « Hub City » (ville bulle). Aussi bien cadrer cela, car ça évite de voir le vide ambiant.

C’est le confrère Martin Leclerc qui comparait ces villes bulles à des studios de télévision. C’est bien ce que ce sera, pandémie oblige. On aura une meilleure idée mardi, avec les premiers matchs préparatoires, de ce à quoi va ressembler le studio.

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