Chronique

On les entend encore mieux !

Bien hâte de voir dans quelle catégorie la percutante série M’entends-tu ? concourra aux Gémeaux en septembre.

L’an passé, ce petit bijou de Télé-Québec a brillé dans les comédies. La scénariste et interprète d’Ada, Florence Longpré, y a d’ailleurs été doublement récompensée : pour le réalisme des textes et pour son jeu hyper naturel.

La deuxième saison de M’entends-tu ?, qui a débuté lundi soir à Télé-Québec, s’annonce meilleure, mais beaucoup plus sombre que rigolote. Du moins, c’est ce que dégagent les 4 premiers épisodes (sur un total de 10) que j’ai dévorés.

C’est à la fois poignant, brillant et déchirant. Car la deuxième mouture de M’entends-tu ? creuse davantage les drames et nous jette au visage la réalité difficile de ses trois héroïnes. Ne vous attendez donc pas à entendre des chansons comiques à la Tu pues du batte.

Parenthèse, ici : Télé-Québec offre depuis lundi soir l’intégrale de M’entends-tu ? sur son site web. Et c’est 100 % gratuit. À la télévision ordinaire, ça passe les lundis à 22 h.

Le premier épisode, consacré à Ada (Florence Longpré), celle qui apportait la touche humoristique à l’émission, est cru et frappe en plein plexus. En prison depuis près de deux ans, Ada touche le fond, mange des volées à répétition et torche des toilettes dégueulasses. Difficile d’être plus réaliste que cette scène de cuvette qui déborde de caca.

Santé mentale, violence conjugale, pauvreté, isolement, idées noires et toxicomanie, M’entends-tu ? plonge dans ces sujets lourds en délaissant (temporairement) son ton comico-trash, qui revient au quatrième épisode, où les trois amies renouent pour une urgence.

Les retours dans le passé, qui nous montrent Ada, Fabiola et Carolanne il y a une vingtaine d’années, sont autant amusants que révélateurs. Entendre les trois copines chanter Snack-bar Chez Raymond de François Pérusse illumine ma semaine.

Le troisième épisode, centré sur Carolanne (Ève Landry), est difficile à regarder, notamment quand la pourriture à Keven (Victor Andrés Trelles Turgeon) se pointe la barbichette. Quel être minable, ce batteur de femme.

Après avoir frappé Carolanne, Keven lui lance : «  Tu te mettras de quoi sa face, t’as l’air d’une BS. » Odieux personnage.

Les dialogues de M’entends-tu ?, écrits par Florence Longpré et Pascale Renaud-Hébert, sonnent toujours aussi vrai. Les appartements à la déco ordinaire et les images d’un Montréal défavorisé bonifient la crédibilité de la série, que le doué réalisateur Charles-Olivier Michaud amène plus loin.

Jusqu’à présent, on a peu vu Bianca (Isabelle Brouillette), la mère alcoolique d’Ada. Ce personnage de femme brisée est bouleversant. La mère de Carolanne, jouée par Marie-France Marcotte, a eu droit à des moments marquants, dont celui où elle chante Entre l’ombre et la lumière de Marie Carmen avec sa fille.

Parlant de musique, la trame sonore de M’entends-tu ? a de nouveau été choisie avec soin. On y entend du franco, de l’anglo et on passe de Oh Baby de LCD Soundsystem à Calvaire de La Chicane, à J’t’aime comme un fou de Robert Charlebois et à Like It Doesn’t Hurt de Charlotte Cardin.

Prévision facile ici : ça sent de nouveau l’abondante récolte de Gémeaux pour la suite de M’entends-tu ?. C’est du gros calibre.

La semaine de Julie

Julie Snyder connaît un bon départ aux commandes de son talk-show sur les ondes de V. Côté contenu, elle équilibre bien les segments plus éclatés et ceux qui creusent en profondeur.

Pour une entrevue classique avec Yvon Deschamps, par exemple, elle contrebalance avec la « roue humaine », un concours délirant qui permet de gagner des milliers de dollars toutes les semaines.

Sa meilleure émission a été celle de mercredi avec Gildor Roy dans le spa et Rosalie Vaillancourt au lancer de la hache. La moins réussie ? Mardi soir, où Julie a dérapé et perdu le contrôle de son magnifique plateau, gaspillant un invité très payant, Louis-José Houde.

Contrairement à ses semblables, la démone de V a évité le piège qui consiste à ne recevoir que des personnalités de catégorie A. Jeudi soir, sa rencontre avec les créateurs montréalais de Matières fécales – et leurs mamans, assises dans la foule – a été franchement plus captivante qu’une 79e discussion avec un artiste québécois super connu.

Ce mélange de pointu et de populaire, de moderne et de rétro, de folie et de sérieux, fonctionne. Julie peut tenir un alligator dans ses bras et jaser de la réalité trans avec Khate Lessard. L’un n’empêche pas l’autre. C’est l’équilibre entre ces deux pôles qu’il faut maintenir à La semaine des 4 Julie.

Comme dans certaines émissions américaines à la Jimmy Fallon, Julie Snyder a ajouté des jeux à son menu. C’est une addition divertissante, qui casse la séquence des interviews à la chaîne. Le «  karaoqui  », bientôt à l’affiche, me titille déjà.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.