Hélène Dorion

Nature humaine

EXTRAITS
Jours de sable
« On ouvre un sentier dans la parole, les mots s’échappent, tantôt s’affaissent sur la page, tantôt volent légers au-dessus du monde, cherchent à l’effleurer du bout de la langue. »
Comme résonne la vie
« quelle histoire remue
à l’intérieur, quel fil ténu nous relie
les uns aux autres, nous retient
tout en haut de cette falaise qu’est le cœur ? »

Deux éditions en format poche des récits L’étreinte des vents et Jours de sable et un nouveau recueil de poèmes, Comme résonne la vie, nous ramènent Hélène Dorion. Le temps idéal pour un plan large sur ses Recommencements, titre de son plus récent récit, paru il y a quatre ans. Comme le dit son amie Marie-Claire Blais, dans la postface de Jours de sable, à propos de Comme résonne la vie, « les mots ont été conquis, dominés pour nous fasciner et nous éblouir ». La Presse a parlé à Hélène Dorion qui est en résidence d’écriture à Banff. 

Jours de sable est le premier récit d’un triptyque qui comprend aussi L’étreinte des vents et Recommencements. Ce n’est pas un hasard si Marie-Claire Blais signe la postface ?

On est très proches depuis de nombreuses années. On est amies. J’ai beaucoup d’admiration pour elle et son œuvre. Il y a des résonances mutuelles, je crois, dans notre humanisme. On cherche toutes les deux à révéler des lumières, même quand il y a des ombres.

La nature possède une présence constante dans vos livres. Et à Banff, vous écrivez en forêt ?

Je vois la forêt comme un horizon. Il n’y a pas de différence, pour moi, entre la forêt et la mer. Mon travail d’écriture, c’est de révéler cette matière qu’on appelle la réalité. Dans une forêt, ce ne sont pas les lignes verticales d’ombre qui m’intéressent, mais la lumière. Dans L’étreinte des vents, au début, je parle de l’entre-deux. Entre le ciel et la mer, il y a la ligne d’horizon. La forêt n’est pas opacité, mais une façon qu’a la lumière de travailler le paysage. C’est ce qui relie mes trois romans, la lumière.

On croirait entendre parler une peintre. 

Je suis dans l’élémental. Ce qui m’intéresse, ce sont les éléments : eau, air, feu et terre. La vie commence quand tout ça se met en mouvement et quand y pénètre l’être humain. Il y a des personnages, mais la nature est un personnage. C’est mon meilleur interlocuteur.

Jours de sable parle de l’enfance, surtout. Vous y citez philosophes et artistes. C’est un livre d’apprentissage ?

Ça correspond à l’éveil de la conscience à la complexité de l’existence. Comment construit-on notre présence au monde ? Je crois que c’est présent dans tous les livres. Avec le deuil, les ruptures, les épreuves et les joies de l’enfance. La conscience s’inquiète et devient un apprentissage. J’essaie de faire résonner la grande histoire avec les petites histoires personnelles.

Il est effectivement beaucoup question du passé, de la mémoire.

Je pose la question : comment le présent transforme-t-il le passé ? Qu’est-ce que la mémoire ? L’écriture constitue une sorte d’épuration, de transposition et de transformation de l’expérience. Ça traverse les trois livres. C’est un triptyque, trois œuvres amovibles. Dans une œuvre picturale, on parle de trois panneaux. En musique, de trois mouvements. Ça bouge. C’est vivant. Il n’y a pas vraiment d’ordre entre les trois livres. Comme dans la vie. 

Jours de sable semble toutefois plus proche de l’expérience de la réalité que les livres qui ont suivi, plus philosophiques peut-être ?

Tout à fait. Les trois écritures sont présentes à différents degrés dans chacun des livres. Ils comportent tous une dose de narration, de réflexion et d’écriture poétique. Dans Recommencements, quand je parle de la lutte avec le père, c’est aussi très précis. Je me promène dans les trois formes. C’est pour ça que j’aime tant le roman qui permet de toutes les inclure. Ce que je trouve de plus important, c’est de réfléchir à partir de notre réalité. Dans notre monde, tout va très vite. Il y a beaucoup d’opinions, mais ça ne remplacera jamais la réflexion qui demande du temps, de l’approfondissement.

L’amour est aussi un thème omniprésent dans votre travail, mais sans être central.

L’amour est dans tout. Dans l’amitié, le rapport à la nature, les parents, la famille… Ma fondation d’être au monde, c’est le lien. Comment je me lie aux autres. Ce lien passe par soi, l’autre, la connaissance, le désir de connaître. Dans L’étreinte des vents, je parle de rupture amoureuse, mais le chapitre sur l’amitié est tout aussi important. Plus on vieillit, plus ça prend de l’importance, alors que jeune, on investit tout dans l’amour. Le lien à soi est important aussi. Le lien que j’entretiens avec moi-même est de plus en plus riche, vrai et intime. Il me semble que je n’écris que sur l’amour. Dans Recommencements, j’écris sur les failles et les doutes. C’est la question : comment faire pour apprendre à mieux aimer ?

Ce n’est pas une recette, mais plutôt une quête sans fin ?

Je ne fais pas de psychologie. Je ne donne pas de leçon ni d’impératif. Je ne le sais pas. Je ne peux même pas faire semblant de le savoir, je cherche. J’espère que le lecteur peut embarquer dans la même quête parce qu’il ne le sait pas. Je trouve que c’est la plus belle phrase : « Je ne sais pas. » Tout se transforme. L’amour, par exemple, ne meurt pas, il s’agrandit. Quand l’expérience est terminée entre deux personnes, il reste l’amour. On est encore capable d’aimer. 

Hélène Dorion donnera deux causeries, le 17 octobre, à 18 h, à la Librairie du Square (1061, avenue Bernard) à Montréal et le 25 octobre, à 18 h, à la Librairie Pantoute à Québec.

Jours de sable (Édition poche)

Hélène Dorion 

Druide

177 pages 

Comme résonne la vie

Hélène Dorion

Éditions Bruno Doucey

71 pages

L’étreinte des vents (Édition poche)

Hélène Dorion 

Druide

264 pages  

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