Secours par la voie des airs

Cri du cœur pour des hélicoptères

Le Dr David Mulder, chirurgien et médecin du Canadien, se dit « troublé » que le Québec soit la seule province dépourvue d’un programme de transport préhospitalier par hélicoptère. Dans la foulée de la tragédie en Saskatchewan le week-end dernier, il demande : « Comment le Québec réagirait-il à un accident semblable à Victoriaville ou ailleurs ? »

Transport préhospitalier par hélicoptère

Québec doit suivre l’exemple des autres provinces, plaide un chirurgien émérite

Chirurgien émérite et médecin officiel du Canadien de Montréal durant 50 ans, le docteur David Mulder lance un « cri du cœur » pour que le Québec se dote d’un programme de transport préhospitalier par hélicoptère similaire à celui qui a contribué à sauver des vies dans la tragédie routière en Saskatchewan.

Dans une lettre adressée au ministre de la Santé Gaétan Barrette et transmise à La Presse, le médecin se dit « troublé » par le fait que le Québec soit la seule province au Canada dépourvue d’un tel programme.

Le Dr Mulder explique avoir été « profondément ébranlé » par l’accident qui a décimé les Broncos de Humboldt – une équipe de jeunes hockeyeurs de la Saskatchewan. Quinze personnes sont mortes et quatorze autres ont été blessées. « C’est d’autant plus bouleversant pour moi qu’en tant que joueur amateur, j’ai moi-même connu mon lot de voyages en autocar lorsque je jouais au hockey dans les rangs juniors en Saskatchewan, ma province natale », souligne-t-il.

Le chirurgien réputé demande au gouvernement du Québec de se servir de cette tragédie pour « revoir notre gestion des traumatismes sévères en région rurale et tous les aspects des soins préhospitaliers pour arriver à l’égalité des soins et des chances de survie pour tous les Québécois, qu’ils habitent en milieu rural ou urbain ».

« Comment le Québec réagirait-il à un accident semblable à Victoriaville ou n’importe où ailleurs en région rurale ? »

— Le Dr David Mulder

En Saskatchewan, dans un court laps de temps, la Gendarmerie royale du Canada s’est rendue sur le lieu de l’accident et disposait d’hélicoptères qui ont pu rapidement transporter les blessés vers le centre de traumatologie de niveau 1 de l’hôpital universitaire de Saskatoon, résume le Dr Mulder. Trois hélicoptères du programme STARS de Saskatoon et de Regina sont arrivés rapidement sur les lieux, indique-t-il.

« Cela a à l’évidence diminué le temps de transport des blessés vers le centre de traumatologie qui avait été mis en alerte par un code orange », souligne l’ex-chirurgien en chef de l’Hôpital général de Montréal dont le centre de traumatologie porte aujourd’hui le nom.

Le Québec a fait de grands progrès dans l’accès aux soins en traumatologie, souligne le médecin, qui a piloté la mise en place d’un système de traumatologie dans l’ensemble du Québec en 1993.

La province compte aujourd’hui trois centres de traumatologie pour adultes de niveau 1, l’Hôpital général de Montréal, l’hôpital du Sacré-Cœur et l’hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec, qui ont permis de diminuer de façon spectaculaire les taux de mortalité et la morbidité si on les compare à ceux de 1993, fait valoir le Dr Mulder.

En effet, jusqu’au début des années 90, le taux de mortalité des personnes admises dans les hôpitaux du Québec pour cause de traumatismes avoisinait 50 %. Depuis la réorganisation des soins de traumatologie en 1993, ce taux a chuté considérablement pour s’établir à moins de 5 %.

« Mon inquiétude aujourd’hui est liée au temps requis pour transporter les patients gravement blessés des régions du Québec vers nos centres de traumatologie de niveau 1. »

— Le Dr David Mulder

« Lors d’un accident grave en région rurale, le temps de transport peut s’avérer très long et même dépasser largement l’heure critique [golden hour] : une heure maximum entre le traumatisme et l’arrivée du patient dans un centre de traumatologie de niveau 1 qui est le standard d’excellence en traumatologie. Cela est inacceptable », déplore le chirurgien émérite.

« Préoccupé » et « attristé »

« Je suis à la fois préoccupé et attristé que la ville de Montréal soit la seule de sa taille en Amérique du Nord sans aucun programme de transport préhospitalier par hélicoptère, poursuit le Dr Mulder. Je suis encore plus troublé par le fait que la province de Québec est la seule province au Canada dépourvue d’un tel programme. »

Un programme sophistiqué de transport aéroporté préhospitalier comprenant des hélicoptères et des avions offrirait un soutien inestimable à la population pédiatrique, en cas d’accident vasculaire cérébral (AVC), ou d’urgence cardiaque et obstétrique, en plus des grands polytraumatisés de la route, insiste le médecin, qui enseigne toujours la chirurgie à l’Université McGill.

Le Dr Mulder conclut que l’état actuel du réseau routier québécois et « les travaux incessants qu’il nécessite » rendent difficiles le transport par ambulance et le non-dépassement de cette fameuse « heure critique ».

En entrevue avec La Presse, le chirurgien d’expérience, connu du grand public pour avoir diagnostiqué le cancer de Saku Koivu alors que ce dernier était capitaine du Tricolore, affirme qu’un programme de transport préhospitalier par hélicoptère parachèverait son « rêve » de donner un meilleur accès au plus de patients possible aux centres de traumatologie de la province.

L’automne dernier, le septuagénaire est retourné dans le village où il a grandi, à près de 200 km de Saskatoon. Durant son séjour, un homme a eu un bras sectionné dans une ferme. 

« En 40 minutes, l’hélicoptère est arrivé au petit hôpital du village et est reparti avec le patient à l’hôpital de Saskatoon. »

— Le Dr David Mulder

Le temps de réponse est crucial dans les cas d’AVC, de crise cardiaque et d’hémorragie grave pour améliorer les chances de survie du patient ou encore minimiser les conséquences des traumatismes, souligne le chirurgien.

Dans sa longue carrière en traumatologie, le Dr Mulder a vu passer de nombreux cas qui auraient connu une fin différente si les patients avaient bénéficié d’un service d’hélicoptère-ambulance.

« Je ne veux mentionner aucun nom, mais je dirais qu’à Tremblant, avec sa grosse montagne de ski, de nombreux accidents surviennent, indique le médecin. Si le temps de transport des patients était réduit, on pourrait réduire le taux de mortalité. »

Questionné par La Presse, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a fait savoir par la voix de son attachée de presse Catherine W. Audet, hier, que des « travaux sont présentement en cours à ce sujet », sans donner plus de détails.

Transport préhospitalier par hélicoptère

Un service offert partout au Québec… mais réservé aux membres

Le Québec est la seule province canadienne dépourvue d’un programme public de transport préhospitalier par hélicoptère. Airmedic est l’unique entreprise québécoise entièrement vouée aux services médicaux aéroportés, sur tout le territoire de la province. Il faut cependant être membre pour en bénéficier, sauf si la demande émane du gouvernement. Survol.

Qu’est-ce qu’Airmedic ?

Airmedic est la seule entreprise québécoise à offrir un service de sauvetage aérien, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. « C’est vraiment une ambulance aérienne, on apporte les soins au patient », illustre la vice-présidente directrice Sophie Larochelle. Il s’agit d’un service privé. Airmedic vole au secours de ses quelque 250 000 membres québécois où qu’ils se trouvent, sur les lieux de l’urgence, et les conduit à l’hôpital approprié pour qu’ils y reçoivent les soins dont ils ont besoin. Un particulier ou une entreprise peut adhérer au programme en se dotant d’une couverture temporaire ou annuelle. Les bases d’Airmedic sont situées à Saint-Hubert, à Saguenay, à Sept-Îles et à Chibougamau. Sa flotte est composée de trois avions et deux hélicoptères.

Transport de patients

Pour l’heure, le gouvernement québécois a recours aux services d’Airmedic pour le transport d’urgence de patients dans des régions éloignées, d’un établissement à un autre, comme de Blanc-Sablon à Sept-Îles sur la Côte-Nord, par exemple. « C’est à la demande du gouvernement et il s’agit de transferts interétablissements », précise Mme Larochelle. Les hôpitaux régionaux sont habituellement dotés d’un héliport pour accueillir un appareil d’Airmedic. Pour les traumas graves, les hélicoptères peuvent seulement atterrir à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec. L’héliport de ce dernier est cependant fermé depuis le 1er janvier 2016 parce que les coûts pour le mettre à niveau sont trop élevés. Les patients sont plutôt pris en charge par des ambulanciers de l’aéroport Jean-Lesage vers le CHU de Québec.

Flexibilité possible

Airmedic soutient qu’elle déploiera évidemment ses équipes si une tragédie comme celle qui est survenue en Saskatchewan la semaine dernière se produisait au Québec. « Notre mission est de sauver des vies. Si le gouvernement le demandait, on collaborerait, c’est certain », indique Mme Larochelle. Par ailleurs, Airmedic explique que c’est l’urgence qui prime. « Par exemple, s’il y a un écrasement dans le Nord, on ne commencera pas à vérifier qui est membre ou pas. Même si on n’est pas capables d’identifier la personne, on va se déployer quand même. Sauf que l’individu recevra une facture par la suite », dit-elle. Le coût d’un sauvetage aérien par Airmedic peut osciller entre 2500 et 5000 $. Le gouvernement peut aussi faire appel aux hélicoptères de corps policiers ou de l’armée canadienne.

L’option EVAQ

Au Québec, les patients peuvent aussi bénéficier des services d’Évacuations aéromédicales du Québec (EVAQ), dont la mission est de rendre accessibles aux populations des régions éloignées les soins spécialisés. EVAQ comporte un service de navettage notamment pour les soins programmés, mais peut aussi réaliser des évacuations aéromédicales urgentes à bord d’un avion-ambulance. Encore là, le patient est transporté d’un établissement à un autre. Il ne s’agit pas d’un service qui se déploie sur les lieux d’un accident comme ce qu’Airmedic offre à ses membres. EVAQ a été implanté en 1981 par le gouvernement du Québec. Le service est financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est le CHU de Québec qui assure la coordination des demandes et des transports.

Tragédie en Saskatchewan

Un vent de solidarité qui défie l’imagination

Plus de 8 millions de dollars avaient été récoltés, hier, en soutien aux familles des victimes

Ce devait être 100 000 $. Puis 1 million de dollars. Puis 2 millions. Puis 4. Mais voilà qu’hier, la campagne de financement en ligne lancée pour venir en aide aux familles des victimes de la tragédie de Tisdale avait récolté plus de 8 millions de dollars en quatre jours.

« Il n’y a pas de mot pour décrire le soutien incroyable offert par la communauté du hockey », a écrit Sylvie Killington, instigatrice de la campagne, sur le site de sociofinancement GoFundMe.

Le site a d’ailleurs indiqué hier que cette campagne était la plus fructueuse de son histoire au Canada et avait rejoint le top 5 tous pays confondus. Avec plus de 21,5 millions, c’est la campagne du mouvement américain de défense des victimes d’agressions sexuelles Time’s Up qui a récolté le plus d’argent par le truchement de GoFundMe à ce jour.

Mme Killington a été la première surprise par le vent de solidarité qui déferle sur la petite ville de Humboldt, qui pleure encore la perte des 15 personnes, dont 10 joueurs et 2 entraîneurs des Broncos, équipe de la Ligue de hockey junior de la Saskatchewan (LHJS).

Elle-même mère d’un jeune hockeyeur (qui n’a pas été impliqué dans l’accident), elle a avoué au réseau CBC qu’elle ne savait pas encore où irait tout cet argent.

« Il y aura probablement des coûts de rééducation » pour les joueurs blessés, a-t-elle indiqué, ajoutant qu’elle entrevoyait la création d’une fondation qui offrirait du soutien à toutes les équipes de la LHJS. Dès le début de la campagne, elle a affirmé que les sommes récoltées seraient remises aux familles des victimes par l’entremise de l’organisation des Broncos.

Au moment de publier, plus de 100 000 personnes en provenance de quelque 65 pays avaient fait un don variant de 5 à 50 000 $.

Plusieurs entreprises canadiennes ont emboîté le pas, tout comme des équipes de hockey professionnelles.

Dans la Ligue nationale, les Blackhawks de Chicago et les Jets de Winnipeg ont donné 25 000 $ respectivement, les Penguins de Pittsburgh, 20 000 $ et les Maple Leafs de Toronto, 10 000 $. Les joueurs ont aussi mis du leur. Entre autres, on a appris hier que Brendan Gallagher, attaquant du Canadien de Montréal, avait personnellement remis 11 000 $. Au cours du week-end dernier, tous les joueurs du Tricolore s’étaient par ailleurs engagés à faire une contribution.

Une fibre émotive

Professeur de sociologie à l’UQAM spécialisé dans la philanthropie et le mécénat, Jean-Marc Fontan estime que la tragédie a touché une corde particulièrement sensible au sein de la population canadienne.

« On a vu tout de suite que quelque chose avait résonné. »

— Jean-Marc Fontan, spécialiste de la philanthropie et du mécénat, en entrevue avec La Presse

M. Fontan a vu des similitudes entre cet élan de solidarité spontané et celui qui a suivi la disparition du petit Ariel Jeffrey Kouakou à Montréal, le mois dernier. En quelques jours, la récompense pour le trouver était passée à quelque 100 000 $.

« Il y a une réaction logique à se demander comment on peut aider, a-t-il dit. Et la manière rapide d’y arriver est d’envoyer de l’argent. Dans des cas médiatisés comme [la tragédie de la Saskatchewan], la somme va bien au-delà de ce qu’on pouvait raisonnablement attendre. Il faut maintenant s’assurer que cet argent sera bien utilisé. »

Par ailleurs, selon M. Fontan, il est faux de croire que cette collecte de fonds se fait au détriment d’autres causes. « Ce ne sont pas des vases communicants », a-t-il rappelé.

Au contraire, une campagne qui génère ce rayonnement peut avoir un effet boule de neige pour d’autres initiatives de philanthropie.

« Ça nourrit la solidarité, a-t-il dit. Ce n’est pas ça qui va vider les goussets. La classe moyenne détient assez de richesse pour en donner plus. Il y a de la place ! »

Tragédie en Saskatchewan

L’entreprise propriétaire du semi-remorque suspendue par l’Alberta

L’entreprise de camionnage de Calgary qui est propriétaire du semi-remorque impliqué dans l’accident mortel avec un autocar des Broncos de Humboldt doit retirer ses véhicules de la route. Le gouvernement albertain a en effet suspendu le certificat d’aptitude à la sécurité de l’entreprise Adesh Deol Trucking, lundi, une « procédure normale », selon le porte-parole du ministre des Transports de l’Alberta, John Archer. L’entreprise n’avait aucune violation ou condamnation à son dossier, a indiqué M. Archer. Ses véhicules n’avaient jamais été impliqués dans des collisions jusqu’ici. 

— La Presse canadienne

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