Mon clin d’œil

Faire passer des tests tellement faciles que tout le monde les réussit est une valeur typiquement québécoise.

Opinion

Je ne suis qu’une brassière…

Donner le prénom de femmes célèbres à des soutiens-gorges est davantage une insulte qu’un hommage

La Maison Simons fait fausse route malgré ses bonnes intentions. La semaine dernière, une amie me fait suivre un courriel, avec un « as-tu vu ça ? ». J’ouvre. C’est une infolettre de la Maison Simons, claironnant fièrement que ses soutiens-gorges portent désormais le prénom de grandes femmes qui ont marqué l’histoire du Canada.

On nous y explique, photos de jeunes femmes en déshabillé et affichant un air aguicheur à l’appui, que « Rose était une comédienne, humoriste et directrice de théâtre », que « Gabrielle était une auteure dont les mots ont marqué la culture québécoise », etc.

Mon sang n’a fait qu’un tour.

Car même si les intentions sont bonnes, on semble vouloir faire du profit sur le dos de ces femmes dont on a gommé les noms de famille pour mieux séduire.

Il y a fort à parier que la redoutable Lise Payette, qui vient de s’éteindre, aurait eu long à dire sur ce manque de respect.

Notre société continue de s’intéresser davantage à la garde-robe et au corps des politiciennes qu’à leurs idées – on pensera aux Catherine McKenna et Manon Massé de ce monde. On exige que les femmes athlètes soient belles et se taisent, comme Serena Williams l’a appris à ses dépens la semaine passée. On accepte sans broncher qu’une serveuse bosse 12 heures en talons hauts ou qu’une femme autochtone disparaisse sans trace.

Premières avocate, ingénieure, médecin, ministre ou juge en chef. Des artistes, des militantes, des journalistes. Des femmes qui ont fracassé de nombreux « plafonds de verre », qui ont fait reconnaître que les femmes étaient des êtres humains à part entière ou méritaient le droit de voter. Je les nomme donc : Clara Brett Martin, Julia Verlyn LaMarsh, Flora MacDonald, Elsie MacGill, Emily Stowe, Nellie McClung, Rose Ouellette, Gabrielle Roy, Beverley McLachlin *.

Simons dit avoir à cœur les femmes en honorant ces grandes Canadiennes. À la bonne heure ! Mais c’est dans l’exécution qu’on a ici fait fausse route.

Si Simons veut véritablement soutenir la cause des femmes, il y a bien d’autres manières de le faire. On pourra envisager d’établir des bourses d’études postsecondaires pour jeunes femmes issues de milieux défavorisés, d’accorder des fonds aux refuges pour femmes violentées, de promouvoir le sport au féminin, ou de créer des camps d’été de science pour fillettes. Les occasions ne manquent pas pour que Simons se démarque et fasse preuve de créativité !

Non aux brassières en dentelle. Oui aux bustes en bronze.

* A-t-on même consulté la très honorable et encore bien vivante juge Beverley McLachlin pour savoir si elle acceptait d’être représentée par une bralette de dentelle avec dos nageur ? Le mystère plane.

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