Chronique

Le golf reprend. Le reste ? Pas vraiment.

Depuis la fonte des neiges, le club de golf Saint-Raphaël, à l’île Bizard, a accueilli de nombeux visiteurs. « Des dindes, des renards, des coyotes, des pékans, des aigrettes », énumère le directeur général, Jonathan Groulx.

Mais c’est mercredi qu’est débarquée la « vraie visite ». Les golfeurs. Enfin déconfinés. Et souriants. Même s’ils n’ont pas accès au chalet. Même s’ils doivent respecter un zillion de règles. Même s’ils jouent du coude sur les verts avec une bernache et ses oisillons. Au moins, ils peuvent frapper des balles, au grand air, sur l’un des plus beaux parcours du Québec.

« Ça fait six mois que j’attends ce moment ! », s’extasie Roger Leclerc.

Ses amis Rick Mancuso, Denis Trudeau et lui font partie des 330 golfeurs qui tenaient à s’élancer à Saint-Raphaël dès la journée d’ouverture. Les trois portent un masque. Comme la majorité des golfeurs rencontrés ici.

« Pourquoi, M. Mancuso ?

— Parce que je ne veux pas leur parler ! »

Les trois hommes éclatent de rire. Les retrouvailles leur font du bien. Depuis des années, ils soupent ensemble tous les mercredis d’été, après leur ronde au sein de la ligue maison. Malheureusement, cette année, ce sera impossible. La ligue a été dissoute, pour réduire les risques de contagion. Parmi les autres mesures adoptées, les joueurs ne peuvent plus utiliser le râteau dans la fosse, louer des bâtons ou partager une voiturette avec une personne qui n’habite pas à la même adresse. Quoique…

« On a obtenu l’autorisation d’utiliser une voiturette avec une toile en plastique entre le conducteur et le passager », m’explique fièrement Jonathan Groulx, qui salue tous les membres par leur nom.

Bref, tout est en place pour que notre trio s’élance pour la première fois de la saison, à 13 h.

« J’espère vraiment que les gens vont suivre la nouvelle réglementation, confie Roger Leclerc. C’est important. Si ce n’est pas le cas, le virus va reprendre en force, et ce sont tous les autres qui en paieront le prix. »

Denis Trudeau, lui, se montre confiant. « Le golf, c’est un sport avec une étiquette. Il y a déjà plusieurs normes. Je pense que le protocole sera plus facile à respecter que dans d’autres sports. »

« Au moins, ajoute Rick Mancuso, on est capables de sortir maintenant. On peut voir des gens. C’est une lueur d’espoir. »

***

En quittant l’île Bizard, je tourne à droite, sur le boulevard Gouin, pour entamer un tour de l’île, à la recherche d’autres sportifs déconfinés.

Premier arrêt : le parc-nature du Cap-Saint-Jacques, où se trouve l’une des rares plages de Montréal. Un site de prédilection pour la planche à pagaie, le kayak et de kitesurf, trois sports désormais autorisés par le gouvernement. Malheureusement, la Ville a fait poser un cadenas sur la porte. La plage est fermée, jusqu’à nouvel ordre. Même situation sur l’autre rive du lac des Deux Montagnes, à Oka, où l’accès à la plage est interdit.

Alors en route vers le lac Saint-Louis, l’autre grand terrain de jeu pour les sports nautiques. De Sainte-Anne-de-Bellevue à Dorval, sur 20 kilomètres, j’ai aperçu un seul kayak. Aucune voile. Pourquoi ? Je me suis arrêté au Lord Reading Yacht Club, à Beaconsfield. Trois hommes travaillaient sur les quais. « L’hiver a été rude. Les quais sont endommagés. Il faut les réparer avant de pouvoir mettre les voiles à l’eau », m’a expliqué l’un d’entre eux. C’était tout aussi calme à Pointe-Claire.

Je longe le fleuve jusqu’à l’île Notre-Dame, où se trouve le bassin du club d’aviron de Montréal. Ici aussi, c’est fermé. Sur son site web, le club indique qu’il lui faudra « l’approbation des fédérations nationale et provinciale, ainsi que celle de l’administration municipale et du parc Jean-Drapeau pour reprendre ses activités ». Les fédérations devraient donner le feu vert dans les prochaines heures, me dit-on.

Retour vers les quartiers centraux, où il y a une grande concentration de terrains de tennis et de pistes d’athlétisme. Sans surprise, les plateaux scolaires sont fermés. Mais qu’en est-il des installations municipales ?

C’est un gros capharnaüm.

À Mont-Royal : piste d’athlétisme et terrains de tennis ouverts – et pleins.

À Martin-Luther-King : piste ouverte, tennis interdit.

Au centre Claude-Robillard : piste et tennis fermés.

À Pierrefonds ? On peut jouer au tennis.

À Outremont ? Non.

Je cherche la logique. Petit appel au 311 pour avoir l’heure juste.

« Bonjour. Je cherche la liste des terrains de tennis ouverts, par arrondissement.

— On ne l’a pas.

— …

— Il y a des terrains sans filet. D’autres avec des filets, mais un cadenas sur la clôture. Le mieux, c’est de passer devant, pour voir si c’est ouvert. »

Comment est-ce possible ? Sérieusement, ça fait deux mois que tout le monde attend la première étape du déconfinement. Et le jour de la réouverture, la Ville de Montréal n’est pas prête ? Ça prend vraiment 10 jours de plus pour rouvrir… des terrains de tennis ? Imaginez quand viendra le temps des arénas.

La ministre Isabelle Charest a été claire la semaine dernière. Elle veut que les Québécois bougent cet été. Souhaitons maintenant que les élus de Montréal s’activent, eux aussi, pour sauver cette saison déjà écourtée.

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