Industrie pharmaceutique

Les grandes manœuvres reprennent

Les grandes manœuvres ont repris dans l’industrie pharmaceutique, signe de la volonté des laboratoires de doper leurs bénéfices et prendre moins de risques au moment où s’accentue la pression politique pour baisser les prix des médicaments.

Objet de spéculations portant sur son potentiel rachat, la biotech américaine Bristol-Myers Squibb (BMS) a dégainé la première en annonçant dès les tout premiers jours de 2019 casser sa tirelire pour racheter sa rivale Celgene pour 74 milliards de dollars.

Eli Lilly lui a emboîté le pas en proposant 8 milliards pour Loxo Oncology, qui développe des traitements contre le cancer. Cette dernière opération annoncée lundi « souligne l’enthousiasme des grands laboratoires pour effectuer des acquisitions », analyse Louise Chen, analyste au cabinet Cantor Fitzgerald.

« Nous créons une entreprise extraordinaire, spécialisée dans l’innovation scientifique, avec un accent sur trois domaines thérapeutiques, dont les maladies auto-immunes et cardiovasculaires », argumente Giovanni Caforio, le PDG de BMS.

« Nous diversifions notre portefeuille et pouvons lancer six nouveaux traitements dans les 24 prochains mois. »

— Giovanni Caforio

En plus, « ça crée de la valeur pour les actionnaires dès le premier jour ».

Signe de l’enthousiasme actuel, le NASDAQ Biotechnology, l’indice regroupant les entreprises du secteur, est en hausse marquée depuis le début de l’année.

Attentes fortes

« Les attentes pour des fusions-acquisitions dans la biotech ont augmenté », observe Asad Haider, analyste chez Goldman Sachs. Selon lui, les acheteurs ne manquent pas, d’autant que les multinationales disposent d’importantes liquidités à la suite de la récente réforme fiscale américaine ayant abaissé massivement l’ardoise fiscale des sociétés.

Bristol-Myers Squibb demeure une proie malgré sa fusion avec Celgene, des analystes n’excluant pas une contre-offensive de Pfizer.

Les mouvements se concentrent dans la diabétologie, les maladies rares et surtout l’oncologie, galvanisée par la percée du traitement par cellules CAR-T, qui consiste à modifier en laboratoire les lymphocytes T du malade afin de les munir d’un récepteur (le CAR) capable de traquer les tumeurs.

Pour observer une effervescence comparable, il faut remonter à 2015-2016 quand Pfizer était prête à débourser 160 milliards pour acheter Allergan, mais y avait finalement renoncé en raison du veto de la Maison-Blanche.

Pourquoi maintenant ?

L’ébullition actuelle est due au fait que les grands laboratoires pharmaceutiques doivent renouveler leur portefeuille, menacé par les expirations de brevets, et sont prêts, pour certains, à payer des primes colossales pour limiter les dégâts causés par la montée en puissance des biosimilaires.

À ne pas confondre avec les médicaments génériques (chimiques), ceux-ci sont des copies biologiques de traitements d’origine et sont attractifs pour les gouvernements qui ont resserré leur budget santé malgré l’envolée des prix des médicaments.

Dans ce contexte, les fusions et acquisitions, qui génèrent souvent d’importantes synergies, sont l’occasion pour certains laboratoires de réduire leurs coûts en supprimant les doublons.

Ils sabrent les budgets promotionnels, les effectifs de forces de vente et les fonctions support. Des plans de départs sont en cours chez Sanofi et Pfizer où des suppressions d’emplois sont attendues dans les prochains mois.

Les grands laboratoires diminuent également les dépenses de recherche et développement en externalisant celles-ci ou en achetant des molécules en développement à des unités de recherche indépendantes.

Le coût de développement complet d’un nouveau médicament dépasse, selon les différents calculs des experts, 2,6 milliards de dollars.

Outre les fusions classiques, d’autres formules se répandent comme l’acquisition en plusieurs étapes d’une biotech en fonction des progrès obtenus lors des essais cliniques ou des partenariats stratégiques.

Un frein possible

Toutefois, les incertitudes entourant l’évolution des prix des médicaments, notamment aux États-Unis, pourraient être un « frein » aux potentiels mariages, prévient Asad Haider.

« Les prix augmentent généralement quand il y a des fusions », prévient Anupam Jena, professeur à Harvard.

Or le président américain Donald Trump a fait de la baisse des prix des médicaments un de ses chevaux de bataille et ne cesse de tancer nommément les laboratoires pharmaceutiques augmentant leurs tarifs.

Revue boursière

Et de cinq !

Des propos du président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, sur la réduction du bilan de la Fed ont brièvement déstabilisé les marchés américains hier, mais les indices ont fini la journée en hausse pour une cinquième séance consécutive. — La Presse

Macy’s fait sombrer les fleurons de la distribution

Les géants de la distribution américaine, entraînés par Macy’s, ont sombré hier à Wall Street sur fond de ventes de fin d’année décevantes. La chaîne Macy’s a particulièrement souffert, affichant avec - 17,69 % sa pire perte sur une séance depuis son introduction en Bourse il y a 27 ans. Le groupe a annoncé revoir à la baisse ses prévisions annuelles de chiffre d’affaires et de bénéfices en raison d’un ralentissement des ventes en toute fin d’année. — Agence France-Presse

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