Décryptage

Un avertissement aux républicains

New York — La semaine avait plutôt bien commencé pour les républicains.

Malgré l’affaire ukrainienne et l’impopularité de Donald Trump à l’échelle nationale, leur président demeurait étonnamment compétitif face aux trois principaux candidats démocrates à la présidence dans six des États clés qui ont contribué à son élection en 2016. C’est du moins la conclusion que les analystes pouvaient tirer de sondages réalisés pour le New York Times et publiés à un an de l’élection présidentielle de 2020.

Mais les choses se sont gâtées dès le lendemain pour eux. Lors d’élections locales tenues dans une poignée d’États, le parti de Donald Trump a reçu un avertissement sévère. Il a notamment perdu le contrôle des deux chambres du Parlement de Virginie pour la première fois depuis 1993. Et il a essuyé un camouflet au Kentucky, où le gouverneur républicain sortant, Matt Bevin, a vraisemblablement perdu son poste par un peu plus de 5100 voix (il n’a pas encore concédé la victoire).

Et pourtant, Donald Trump avait lui-même participé lundi soir à un rassemblement au Kentucky pour mobiliser ses partisans dans cet État conservateur où il a battu Hillary Clinton par 30 points de pourcentage en 2016.

« Si vous perdez, cela enverra vraiment un mauvais message. Si vous perdez, ils diront que Trump a subi la plus grande défaite de l’histoire du monde. Vous ne pouvez pas permettre que cela m’arrive. »

— Donald Trump, lors d’un rassemblement au Kentucky lundi

Après le vote, il s’est targué d’avoir contribué à réduire à presque rien un écart de 15 à 20 points de pourcentage que Matt Bevin aurait accusé sur le candidat démocrate et procureur général du Kentucky, Andy Beshear.

En fait, les sondages les plus sérieux indiquaient que les deux candidats étaient à égalité dans la dernière ligne droite.

Trump, hantise des banlieues

Mais quel message retenir de cette soirée électorale ? Au Kentucky, il faut reconnaître d’emblée que le poulain de Donald Trump était franchement impopulaire, tant sur le plan idéologique que sur le plan personnel. Le titre coiffant l’article d’un chroniqueur de Lexington a bien résumé la situation : « Matt Bevin a perdu […] parce qu’il est un abruti ».

Les républicains ont d’ailleurs connu un certain succès dans l’État du bourbon et du charbon, mardi, en remportant les élections pour les postes de procureur général et de secrétaire d’État.

Ils ont aussi remporté une victoire attendue au Mississippi, État du Sud où le républicain Tate Reeves a été élu au poste de gouverneur.

Mais là s’arrêtent leurs succès. En Virginie, les républicains ont pu constater que la hantise des électeurs des banlieues envers Donald Trump n’a fait que croître au cours de la dernière année. En novembre 2018, cette hantise avait permis aux démocrates de devenir majoritaires à la Chambre des représentants. Dans un an, elle pourrait contribuer à la défaite du 45e président.

Un sondage Washington Post–ABC News publié mardi a donné une idée de la nature et de l’ampleur du problème de Donald Trump face à cet électorat qui a longtemps favorisé les républicains. Dans un affrontement hypothétique contre Joe Biden, le président tire de l’arrière par 28 points de pourcentage auprès des femmes des banlieues, alors qu’il jouit d’une avance de seulement 8 points de pourcentage auprès des hommes des banlieues, selon l’étude.

Pour être réélu à la Maison-Blanche, Donald Trump devra donc ratisser encore plus large qu’en 2016 chez les électeurs des régions rurales et exurbaines.

Les élections de mardi ont démontré que ce problème ne se limitait pas à un État comme la Virginie, passé du rouge au violet au bleu au cours des 20 dernières années, sur le plan politique. La Pennsylvanie, État qui a joué un rôle clé dans l’élection de Donald Trump, a également fourni des résultats inquiétants pour le parti du président.

percées démocrates

Ainsi, pour la première fois depuis la guerre de Sécession, le comté de Delaware sera dirigé par des démocrates, qui ont évincé les trois derniers républicains qui siégeaient encore au sein d’un conseil comptant cinq élus. Situé dans la banlieue de Philadelphie, le comté était LE bastion républicain par excellence dans le Keystone State.

Les démocrates ont également fait des percées dans d’autres comtés situés en banlieue. En Pennsylvanie comme en Virginie, ils ont ainsi confirmé que le pouvoir de mobilisation de Donald Trump s’exerçait autant auprès de sa base que de celle de l’adversaire.

Les élections de mardi offrent aussi des leçons pour les candidats du Parti démocrate à la présidence. En Virginie et au Kentucky, entre autres, les démocrates ont notamment connu du succès en défendant les programmes de santé actuels, y compris l’assurance santé Medicaid pour les personnes à faible revenu, plutôt qu’en proposant de repartir à zéro avec un système de santé à payeur unique, comme le proposent Elizabeth Warren et Bernie Sanders.

Barack Obama, dont la réforme de la santé a permis l’expansion du programme Medicaid, est d’ailleurs l’un de ceux qui se sont réjouis des résultats de ces élections.

« Je suis fier de tous les Américains qui se sont rendus aux urnes [mardi], élisant un groupe de dirigeants progressistes et optimistes qui protégera Medicaid, dessinera des cartes électorales équitables et réduira la violence liée aux armes à feu. Une excellente soirée pour notre pays », a tweeté le 44e président.

Autrement dit, une soirée exécrable pour les républicains et leur président, qui devront décider s’ils acceptent ou non cet avertissement électoral.

Procédure de destitution

Les auditions publiques démarreront la semaine prochaine

Après plus d’un mois d’auditions à huis clos, l’enquête lancée par les démocrates au Congrès américain dans l’espoir de destituer Donald Trump entrera dans une semaine dans une nouvelle phase, beaucoup plus spectaculaire, avec le début de témoignages publics dans l’affaire ukrainienne.

Ces auditions retransmises à la télévision débuteront le 13 novembre. Elles « seront l’occasion pour les Américains de jauger les témoins par eux-mêmes, de décider de leur crédibilité, mais aussi de découvrir les informations de première main sur les méfaits du président », a déclaré mercredi le chef démocrate de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff.

L’objectif est maintenant connu : prouver que le président des États-Unis a commis un « abus de pouvoir » en faisant dépendre le dégel d’une aide militaire promise à Kiev de l’ouverture d’enquêtes visant, notamment, le démocrate Joe Biden, bien placé pour affronter le milliardaire républicain dans la course à la Maison-Blanche dans un an.

C’est une conversation téléphonique du 25 juillet, au cours de laquelle Donald Trump a demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de se « pencher » sur le cas de l’ancien vice-président Biden, qui a fait éclater le scandale.

Depuis, l’opposition démocrate dicte le tempo des investigations menées par la Chambre, où elle est majoritaire, pour constituer un dossier d’accusation, ou impeachment.

Mais le dernier mot sur une destitution reviendra au Sénat, contrôlé par les républicains qui font, pour l’instant, bloc derrière le président.

« Tout était lié » aux enquêtes 

Les démocrates ont accumulé à huis clos les récits d’une douzaine de responsables – dont les propos ont le plus souvent filtré dans les médias. Ils se sont aussi heurtés au mur de la Maison-Blanche, qui refuse de coopérer avec ce qu’elle considère comme une « chasse aux sorcières ».

Forts de témoignages qu’ils considèrent comme accablants, les démocrates ont commencé cette semaine à publier les transcriptions intégrales des premières auditions. Et ont donc rappelé en public, à partir du 13 novembre, les témoins dont les propos risquent de s’avérer les plus embarrassants pour le président américain.

Ces nouvelles auditions débuteront avec William Taylor, chargé d’affaires américain à Kiev.

Le compte rendu de son récit à huis clos livré en octobre a été publié mercredi, et se révèle un de ceux qui confortent le plus clairement les soupçons d’un chantage de Donald Trump auprès de Volodymyr Zelensky.

Devant les élus américains, William Taylor a en effet confirmé que, selon les récits qui lui avaient été faits d’une réunion organisée le 1er septembre à Varsovie, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, avait franchement expliqué aux Ukrainiens les termes du marché. À savoir que « l’argent pour l’aide sécuritaire ne serait pas débloqué tant que le président Zelensky ne s’engagerait pas à lancer l’enquête sur Burisma », l’entreprise gazière qui avait Hunter Biden, fils de Joe Biden, dans son conseil d’administration.

Confronté à ce témoignage, l’ambassadeur auprès de l’UE, un homme d’affaires qui a financé la campagne Trump en 2016, a lui-même dû « compléter » cette semaine son audition initiale, qui passait cet épisode sous silence, pour reconnaître avoir évoqué cette condition avec les responsables ukrainiens. Mais il n’a pas clairement dit aux élus de la Chambre que l’ordre venait de Donald Trump.

Or, selon William Taylor, Gordon Sondland lui avait explicitement rapporté que c’était le cas. « Il m’a dit que le président Trump lui avait dit qu’il voulait que le président Zelensky annonce publiquement que l’Ukraine enquêterait sur Burisma », a expliqué le chargé d’affaires à Kiev. « Tout était lié à une telle annonce, y compris l’aide sécuritaire. »

spéculations autour du lanceur d’alerte 

Dans la foulée de William Taylor, la Chambre entendra à nouveau, en public, George Kent, haut responsable du département d’État spécialiste de l’Ukraine. Puis, le 15 novembre, l’ex-ambassadrice des États-Unis à Kiev, Marie Yovanovitch, brusquement relevée de ses fonctions au printemps après avoir fait l’objet d’une campagne hostile menée par Rudy Giuliani, avocat personnel de Donald Trump.

Dans le fameux appel du 25 juillet, le président américain avait étrillé cette diplomate respectée en lançant à son homologue ukrainien : « Il va lui arriver des choses. »

La teneur de l’appel avait alarmé plusieurs responsables américains jusqu’à ce qu’un membre des services de renseignement fasse remonter ces inquiétudes sous le statut de « lanceur d’alerte », assuré de protection et d’anonymat.

Depuis, les trumpistes ne cessent de mettre en cause la crédibilité du lanceur d’alerte.

Donald Trump Jr., fils du président, a franchi un nouveau cap mercredi en publiant sur Twitter le nom d’un employé de la CIA présenté comme cet agent par qui le scandale est arrivé.

Restrictions sur les locations de courte durée

Revers pour Airbnb dans une banlieue new-yorkaise

Les électeurs de Jersey City, une banlieue new-yorkaise, ont infligé une humiliante défaite à Airbnb, reflétant les efforts d’un nombre croissant de villes pour limiter les activités de la plateforme de partage de logements. Quelque 70 % des votants de cette ville de 270 000 habitants, séparée de Manhattan par le fleuve Hudson, ont approuvé mardi de sévères restrictions sur les locations de courte durée, selon des résultats quasi définitifs publiés mercredi. Ces règles, qui imposent notamment l’obtention d’un permis et la présence du propriétaire sur les lieux, devraient réduire l’afflux de visiteurs via le géant de la location en ligne, accusés d’aggraver la crise du logement, de transformer des quartiers paisibles et de nuire au secteur hôtelier. Le maire démocrate Steven Fulop a salué ce résultat, qui vient valider une ordonnance du conseil municipal adoptée en juin qu’Airbnb avait âprement contestée. La plateforme avait rassemblé 20 000 signatures réclamant un vote populaire sur ce règlement et dépensé plusieurs millions de dollars dans l’espoir de le faire annuler.

— Agence France-Presse

Médias

Le New York Times approche des 5 millions d’abonnés

Le New York Times approche du seuil symbolique des 5 millions d’abonnés, toujours tiré par la progression du numérique, a annoncé le groupe mercredi, s’estimant bien positionné pour atteindre son objectif de 10 millions d’abonnés en 2025. Sur le troisième trimestre, le New York Times a gagné 273 000 abonnés en net, pour atteindre 4,9 millions au total, dont 4 millions aux seules éditions en ligne, soit une progression de 31 % sur un an pour le numérique. Pour autant, les revenus tirés des abonnements n’ont augmenté que de 3,7 %, un décalage en partie lié à des offres promotionnelles. En 2018, le New York Times avait lancé une formule à 1 $ par semaine, remplacée en 2019 par une offre à 2 $ par semaine (durant un an), au lieu de 3,75 $ hors promotion. Le groupe a modifié sa stratégie au cours du dernier trimestre en obligeant les internautes qui souhaitent aller aux limites du nombre d’articles gratuits à s’identifier. Cette évolution permet de convertir plus efficacement les lecteurs du gratuit au payant, a expliqué Mark Thompson, le PDG, lors d’une conférence téléphonique.

— Agence France-Presse

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