Coupe du monde de soccer

Des origines vénales

Elle revient aux quatre ans, c’est la grand-messe d’un des sports les plus pratiqués dans le monde et, selon moi, le plus beau sport qui soit : la Coupe du monde de soccer. L’événement est intimement associé à l’argent, les récents scandales de la Fédération internationale de football association (FIFA) s’expliquent en partie par les origines de ce tournoi.

Après que les principes du sport eurent été fixés à la Freemason’s Tavern en 1863, le soccer va rapidement devenir au XXe siècle le symbole par excellence de la mondialisation du sport. Le soccer suit et partage l’internationalisation des échanges économiques, devenant bientôt lui aussi une richesse économique aux possibilités illimitées dans laquelle nombre d’entrepreneurs d’un peu partout sur la planète investiront. Contrairement aux Jeux olympiques où l’on se défend bec et ongles pour garder l’idéal amateur vivant, c’est-à-dire ne pas trop associer le sport au principe de l’argent, le soccer, lui, devient très vite presque entièrement professionnel.

La première rencontre internationale a lieu le 30 novembre 1872 entre l’Angleterre et l’Écosse, mais il faut attendre le début du XXe siècle pour assister à des rencontres entre équipes nationales sur le continent européen. En 1904, on voit se dérouler le premier match opposant la Belgique à la France, à Bruxelles devant 2000 spectateurs. En mai de la même année se réunissent les dirigeants de cinq pays (Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Suisse) pour mettre sur pied la FIFA, qui doit prendre en charge l’organisation du soccer international.

Au début du XXe siècle, les Jeux olympiques sont alors en pleine ascension, et on fait une place, dès 1904, au soccer, comme sport invité.

Il faut attendre les Jeux de Londres de 1908 pour que de véritables équipes nationales disputent le tournoi olympique. La popularité se mesure aussi de l’autre côté de l’Atlantique. La technique des joueurs uruguayens et argentins impressionne les foules des Jeux olympiques de 1924 et 1928.

Toutefois, la FIFA a l’impression de ne pas avoir le contrôle de ces rencontres qui, selon elle, devrait lui revenir. On réalise qu’il serait nécessaire d’organiser une compétition sous le contrôle exclusif de la fédération. La FIFA entend bien se détacher du conservatisme du Comité international olympique (CIO). Mais créer une compétition internationale suppose l’éloignement des footballeurs pendant plusieurs semaines, ce que le professionnalisme permet et encourage, la rémunération des joueurs palliant le manque à gagner.

Ce statut de professionnels est déterminant dans la création de la Coupe du monde de soccer.

C’est alors un Français qui se fait le promoteur du projet. Jules Rimet est élu à la présidence de la FIFA le 1er mars 1921 et pour lui l’organisation d’une Coupe du monde est primordiale, d’autant plus que le CIO campe sur ses positions en ce qui concerne l’amateurisme.

Uruguay 1930

En 1929, lors d’un congrès de la FIFA à Barcelone, on sanctionne la naissance de la première Coupe du monde et c’est à l’Uruguay – seul candidat en lice – que l’on confie l’organisation. Jules Rimet part le 19 juin 1930 pour Montevideo avec, dans ses bagages, le trophée, une statue en or massif que vont se disputer 13 équipes ; seuls quatre pays européens ont fait le voyage : la Belgique, la Roumanie, la Yougoslavie et la France.

Le succès est au rendez-vous, non seulement pour l’Uruguay, qui remporte cette première édition, mais aussi parce que le tournoi se révèle être une entreprise bénéficiaire. Ajoutons le succès populaire, qui est lui aussi au rendez-vous. La Coupe du monde permet ainsi au soccer de s’affranchir de l’olympisme, intercalant ses compétitions, aux quatre ans, entre celles des Jeux olympiques, mais aussi à l’égard de l’Angleterre, terre mythique du sport.

La FIFA permet au soccer d’entrer dans une dynamique professionnelle soutenue par des intérêts commerciaux et industriels, s’alliant parfaitement avec les formes de consommation de masse qui se dessinent.

Après la Seconde Guerre mondiale, un des éléments clés devient, comme c’est le cas des Jeux olympiques, la télévision et les droits qui y sont associés.

Comme le CIO, la FIFA se méfie du nouveau média, les représentants craignant, dans les années 60, que la retransmission des matchs ne vide les tribunes des stades. On comprend cependant que plutôt que de réduire le public voulant assister aux matchs, la télévision va non seulement maintenir le nombre de spectateurs dans les stades, mais décupler le nombre voulant se parer des couleurs de leur équipe locale ou nationale.

Un marché se développe, la marchandisation du soccer est encore plus facile que celle des Jeux olympiques, les principes de professionnalisme et de rentabilité financière présidant l’organisation des premières Coupes du monde encourage les investisseurs privés, notamment à partir de la Coupe du monde du Mexique en cette année 1970 qui voit le Brésil de Pelé remporter son troisième titre. Les droits de retransmission se multiplient par 538 en moins de 20 ans (1984 à 1999), avec des recettes au guichet qui se multiplient par cinq. Aujourd’hui, la Coupe du monde est une puissante machine qui est prête à tout pour s’établir dans un pays… même à contourner et à faire changer des lois locales, comme cela a été le cas au Brésil en 2014.

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