Débarquement de réfugiés Rohingya

Sauvés par des citoyens au grand dam des autorités

LHOKSEUMAWE — Des résidants d’Aceh, en Indonésie, ont ramené à terre jeudi une centaine de Rohingya, défiant les autorités qui refusaient de laisser les réfugiés débarquer par peur d’une contamination par le nouveau coronavirus.

Pas moins de 94 membres de la minorité musulmane persécutée en Birmanie, dont 30 enfants, qui se trouvaient à bord d’une embarcation de fortune auraient été secourus cette semaine par des pêcheurs indonésiens, selon les autorités maritimes de Sumatra.

Ils ont été interceptés par des garde-côtes et ramenés près des côtes indonésiennes mercredi. Mais les responsables de la ville de Lhokseumawe, sur la côte nord de Sumatra, ont refusé de laisser le groupe de réfugiés débarquer, invoquant un risque sanitaire.

Les riverains en colère ont alors décidé d’agir et ont pris leurs bateaux pour ramener les réfugiés à terre.

Les habitants des alentours se sont rassemblés sur une plage et les ont encouragés, selon un journaliste de l’AFP sur place.

« C’est pour des raisons purement humanitaires. Nous avons été attristés de voir des enfants et des femmes enceintes bloqués en mer. »

— Aples Kuari, pêcheur

Le chef de la police locale, Eko Hartanto, avait indiqué plus tôt que les Rohingya seraient renvoyés en mer.

Mais les autorités ont dû revenir sur leur décision devant les protestations de la population locale, et le groupe de réfugiés a pu finalement mettre pied à terre et être hébergé par les habitants.

Les Rohingya seront testés par du personnel médical pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés, selon les sauveteurs de la province d’Aceh.

le courage des résidants d’Aceh salué

Amnistie internationale a salué ce sauvetage. « Le débarquement des réfugiés rohingya est un moment d’optimisme et de solidarité », a souligné Usman Hamid, directeur exécutif de l’ONG en Indonésie.

« C’est à mettre au crédit des résidants d’Aceh, qui ont insisté et ont pris des risques pour que des enfants, des femmes et des hommes puissent être ramenés à terre. »

— Usman Hamid, d’Amnistie internationale

L’Indonésie et la Malaisie voisine sont des destinations recherchées par les Rohingya, qui fuient les persécutions et les violences en Birmanie, pays en majorité bouddhiste. Des milliers d’entre eux tentent chaque année un périlleux voyage en mer vers ces pays de l’Asie du Sud-Est.

Mais depuis le début de la pandémie de coronavirus, de nombreux pays de la région ont annoncé qu’ils repousseraient ces embarcations de réfugiés, de peur que ceux-ci ne soient infectés par le virus.

Près d’un million de Rohingya vivent dans des conditions précaires dans des camps de réfugiés au Bangladesh, où des passeurs recrutent les candidats au voyage.

Mercredi, un responsable des garde-côtes malaisiens a indiqué qu’un bateau sur lequel se trouvaient plus de 300 réfugiés avait été intercepté au début du mois.

Zubil Mat Som a ajouté qu’il craignait que des dizaines de passagers n’aient trouvé la mort au cours de leur voyage de quatre mois vers la Malaisie.

Si 269 survivants ont été emmenés sur l’île de Langkawi, « d’autres sont morts en mer et ont été jetés par-dessus bord », a dit le responsable.

Les réfugiés étaient au départ sur un bateau plus grand, transportant plus de 800 personnes, que les autorités malaisiennes n’ont pas encore pu retrouver, selon lui.

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