Prestation canadienne d’urgence

Les fraudes causent des maux de tête à bien des citoyens

Les cas de vol d’identité et de fraude liés à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) continuent de se multiplier et de nombreux Québécois constatent que le processus pour régulariser leur statut est bien fastidieux après avoir été mêlés malgré eux au stratagème.

« Ça fait déjà sept semaines qu’on est là-dedans et on est dans le noir absolu. Le gouvernement fédéral nous traite comme des bandits, alors qu’on est des victimes. Elle est où, l’aide pour nous ? Ma femme, ça fait dix semaines qu’elle n’a pas de revenus », s’insurge Jacques Tardif, un enseignant de Laval qui a été victime d’un vol d’identité, tout comme sa conjointe.

La Presse a révélé vendredi que les corps policiers québécois étaient en discussion pour désigner un organisme qui pourrait coordonner l’enquête sur des dizaines de cas de fraude à la PCU répertoriés ces dernières semaines.

Les cas répertoriés suivent tous le même modus operandi, d’une simplicité désarmante : une personne se fait voler son identité et un fraudeur se sert de celle-ci pour faire une demande de PCU en ligne. Simultanément, il utilise la même identité volée pour ouvrir un compte frauduleux dans une banque virtuelle. La PCU est ensuite déposée dans ce compte et le fraudeur retire l’argent. Ce n’est que lorsqu’elle réclame elle-même la PCU et qu’elle se voit répondre par le gouvernement du Canada qu’elle l’a déjà reçue que la personne dont l’identité a été volée se rend compte de l’arnaque.

C’est sensiblement ce qui est arrivé à la conjointe de Jacques Tardif, une travailleuse autonome sans revenus en raison du confinement. Elle avait fait deux demandes de PCU qui avaient été acceptées, mais les chèques n’arrivaient pas. Un fraudeur avait utilisé ses données personnelles pour se faire passer pour elle et demander que le gouvernement verse le chèque dans un nouveau compte.

« Ils se sont rendu compte que c’était allé dans un autre compte bancaire qui n’était pas celui de ma femme », raconte M. Tardif.

Lui-même enseignant, il n’avait pas droit à la PCU, mais il a constaté que les fraudeurs avaient aussi volé son identité et changé ses coordonnées bancaires auprès du gouvernement fédéral. Ils avaient également modifié son statut conjugal pour indiquer qu’il était séparé de sa femme.

Le couple a rempli un rapport de police, mais malgré de longues heures passées au téléphone avec divers responsables, la conjointe de M. Tardif ne reçoit toujours pas sa PCU.

« Jusqu’à ce jour, il y a 4000 $ qui ont été versés à un fraudeur, mais ma femme attend 6000 $ qui n’arrivent pas », déplore-t-il.

Nombreux cas

Plus d’une dizaine de personnes ont contacté La Presse pour signaler qu’elles avaient été victimes du même stratagème, vendredi.

Gilles E. Pelletier, cadre supérieur retraité du ministère de la Justice du Québec, savait bien qu’avec sa pension du gouvernement, il n’avait pas droit à la PCU. Quelle ne fut pas sa surprise de recevoir un beau chèque de 2000 $ du gouvernement fédéral.

« Je ne suis pas admissible, j’ai de bons revenus, un bon fonds de pension, je n’ai jamais rien demandé, mais le 24 avril j’ai reçu un beau chèque de la PCU à mon nom. »

— Gilles E. Pelletier

M. Pelletier savait qu’il avait été victime d’un vol d’identité, qui lui avait déjà causé bien des soucis. Cette fois, les fraudeurs avaient visiblement fait une demande de PCU en son nom à son insu, mais ils n’ont pas réussi à rediriger le paiement vers le compte frauduleux qu’ils avaient ouvert à son nom à la banque Tangerine. Le chèque est plutôt arrivé par la poste chez M. Pelletier. « Si le chèque n’était pas arrivé chez moi, je ne m’en serais pas aperçu », dit-il.

« On m’a demandé de retourner le chèque au receveur général du Canada, je l’ai renvoyé », dit-il, en exhibant une copie qu’il a conservée.

M. Pelletier a dû passer lui aussi beaucoup de temps au téléphone pour régulariser sa situation. « Tu appelles à l’Agence du revenu, la ligne coupe et ils ne te rappellent pas », raconte-t-il.

Spirale d’appels

Valérie Guilmain, une fonctionnaire provinciale qui n’a pas perdu sa source de revenus, n’a jamais pensé à demander la PCU, à laquelle elle n’est pas admissible. Vendredi, après avoir lu au sujet des fraudes dans La Presse, elle a eu l’idée d’aller consulter son dossier personnel sur le site de l’Agence du revenu du Canada.

Surprise : le site indiquait qu’elle avait reçu 4000 $ de PCU. Pourtant, l’argent n’était pas allé dans son compte. Quelqu’un d’autre, qui avait volé son identité, l’avait vraisemblablement empoché. 

« Je ne l’aurais jamais su si je n’avais pas vérifié », dit-elle.

Elle dit avoir reçu un service formidable d’une employée de l’Agence du revenu du Canada jointe au téléphone, mais constate tout de même que le processus pour régulariser son statut est fastidieux et demande du temps, alors qu’elle n’avait rien demandé. « Me voilà prise dans une spirale de “votre appel est important pour nous” », dit-elle.

En réponse aux questions de La Presse, l’Agence du revenu du Canada a dit encourager « fortement » les contribuables à s’inscrire au service en ligne Mon dossier, qui permet d’activer des alertes en cas de changement de compte au dossier.

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