Yvon Deschamps

De cause à effet

Quand Yvon Deschamps évoque son engagement pour les causes sociales, il s’exprime avec autant de passion que lorsqu’il parle de son immense carrière sur les planches. Rencontre avec celui qui a travaillé aussi fort sur scène, pour le public, qu’en coulisses, pour les autres.

Celui qui a raccroché son micro il y a près de 10 ans, après avoir déclenché rires et réflexions des décennies durant, pourrait se payer une paisible retraite sous le soleil, la tête posée sur des lauriers acquis au gré d’un parcours exceptionnel. Seulement voilà : la misère sociale, elle, est loin d’avoir pris sa retraite ; et le savoir ne la rendrait pas moins pénible au soleil.

C’est pourquoi Yvon Deschamps, en dépit de l’approche de ses 85 bougies, persiste à sortir de sa réserve et à se placer, à l’occasion, sous les projecteurs, pour défendre les causes qui lui ont toujours tenu à cœur.

« J’ai toujours été très sollicité et très impliqué socialement, pour toutes sortes de causes, parfois 15 par année. Quelques-unes m’ont particulièrement interpellé. »

— Yvon Deschamps

Il cite entre autres Le Chaînon et l’Association sportive et communautaire du Centre-Sud (ASCCS). Cette dernière fait d’ailleurs l’objet d’une grande campagne de financement pour laquelle il s’implique corps et âme, comme il l’a toujours fait depuis sa fondation.

Car celui qui est considéré comme le père des humoristes québécois pourrait aussi être désigné comme le parrain de milliers de familles résidant dans ce quartier déshérité, grugé de longue date par l’indigence sociale. Il en parle avec bienveillance, se rappelant chaque jalon qui lui a permis d’aider à bâtir, en coulisses, ce centre communautaire qui joue un rôle immense pour les jeunes.

550 jeunes par jour

« Le président et cofondateur Gaétan [Forcillo] était venu me parler de ses rêves, de cette association sportive pour occuper les enfants. C’était un quartier très dur, il y avait des seringues partout. Mais il n’y avait pas de place. Il voulait représenter la famille pour le quartier, donner tout ce qu’un parent peut donner : la sécurité, l’amour, l’ouverture à tout », raconte Yvon Deschamps, rencontré dans l’une des salles du centre qui est passé du rêve à la réalité.

Puis il se lance dans un monologue, non pas dans le style auquel il nous a habitués, mais pour détailler le déploiement de ce projet de centre auquel il s’est attelé et qui, pierre par pierre, est venu se concrétiser grâce à sa fondation : programmes antidrogue, antidécrochage, salles de sport, bibliothèque, piscine, ou encore, tout récemment, une salle de psychomotricité destinée aux 0-5 ans.

« L’idée de l’association, c’est d’essayer de voir quels services supplémentaires on pourrait rendre », explique-t-il. « On a plus de 400 000 entrées, on reçoit en moyenne 550 jeunes par jour. »

« On a renforcé nos services pour la persévérance scolaire et l’aide aux devoirs. Le sport, c’est très important, mais si en plus on peut les amener à décrocher au moins un diplôme, c’est formidable. »

— Yvon Deschamps

Mais qu’est-ce qui pousse ce géant de la scène québécoise à sortir de sa retraite pour continuer à rallier le public à ses causes ? « La misère sociale, je ne l’ai pas vécue. Mais je l’ai connue par d’autres. J’ai grandi dans les années 30, c’était la grande misère pour tout le monde, mais on ne s’en faisait pas avec ça, on était tous dans la chnoute ! Mais on était heureux », raconte celui qui a passé son enfance dans le quartier Saint-Henri, qui présente selon lui de nombreuses similitudes avec le Centre-Sud. « La seule différence, c’est que tout se faisait au charbon et qu’il y avait toujours des nuages de boucane ! », s’esclaffe l’humoriste. Comme on dit, on ne se refait pas. Mais il reste encore tant de choses à faire. Et s’il a toujours eu les pieds sur scène, il les a aussi sur terre ; et il sait que le nerf de la guerre, c’est l’argent.

« Aimons-nous… quand même »

Pour en (re)cueillir, Yvon Deschamps n’hésite pas à se greffer à des événements, comme la fin de semaine dernière au Bordel Comédie Club, ni à épousseter ses propres mots. Il nous montre une tasse, vendue au profit de l’association, où sont inscrites ces paroles qui ont traversé le temps et qui viennent d’être intronisées au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens : « Aimons-nous… quand même ». « Tout cela coûte cher, et c’est l’un des moyens que nous avons trouvés pour financer l’association, la faire connaître, et que les gens gardent un souvenir de cette chanson. On trouvera d’autres idées ! », conclut-il, fort de son optimisme inébranlable.

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