Kinkaid prêt à en prendre plus

Le gardien réserviste du Tricolore se sent d’attaque au moment où Carey Price connaît toutes sortes d’ennuis.

« Je piaffe un peu d’impatience »

— Keith Kinkaid

Si jamais Carey Price a besoin d’un peu de repos pour faire le vide, Keith Kinkaid se fera un plaisir de lever la main.

Il ne le dit pas trop fort, mais Kinkaid s’impatiente un brin ces jours-ci. Avant d’être appelé en renfort à Price lors du match de mardi soir au Centre Bell, une solide raclée de 8-1 face aux Bruins de Boston, le gardien réserviste n’avait pas joué depuis le 16 novembre, et il commençait un peu à trouver le temps long.

« Je veux jouer le plus souvent possible et aider l’équipe de toutes les façons possibles, a-t-il expliqué après l’entraînement de mercredi à Brossard. J’ai pu jouer quelques minutes mardi soir après une pause de 10 jours, et pour moi, chaque petite minute compte. Ce serait préférable que ça n’arrive pas dans ces circonstances lors d’une soirée difficile, évidemment, mais je piaffe un peu d’impatience et je veux vraiment aider l’équipe. »

Kinkaid savait dans quoi il s’embarquait au moment de signer un contrat d’un an à titre de joueur autonome avec le Canadien, le 1er juillet. Il n’a jamais été question de partager ce filet de façon égale, et personne n’a jamais prétendu que Price allait devoir se contenter d’une charge de travail plus modeste, bien que la direction du Canadien ait déjà évoqué son intention de la réduire.

Mais au moment où Price connaît ses jours les plus sombres de la présente saison – rappelons qu’il a accordé 18 buts sur 95 tirs à ses quatre dernières sorties, pour une moyenne d’efficacité de ,811 lors de cette mauvaise période –, il est permis de se demander si le gardien numéro un ne devrait pas s’asseoir sur le tabouret du réserviste plus souvent.

D’ailleurs, l’entraîneur-chef Claude Julien n’a pas voulu confirmer l’identité de son gardien en vue du prochain match, celui de jeudi soir au Centre Bell contre les Devils du New Jersey. « On verra », s’est-il contenté de répondre à ce sujet mercredi à Brossard.

Kinkaid, lui, aimerait bien voir la glace de plus près et aussi plus souvent.

« J’aimerais pouvoir bâtir à partir d’un match auquel j’aurais participé la fois précédente. C’est dur d’essayer de bâtir quelque chose en ne jouant qu’une fois toutes les deux semaines. »

— Keith Kinkaid

On aura compris que la question du gardien demeure un sujet délicat dans le camp montréalais, et c’est encore plus vrai quand celui qui est généralement perçu comme le meilleur gardien du hockey se cherche et ne joue pas à la hauteur des attentes.

« Peut-être que les fans sont trop habitués à le voir offrir des performances miraculeuses ?, s’est demandé le défenseur Ben Chiarot mercredi. Peu importe, on sait qu’on a avec nous le meilleur gardien du monde en Carey Price. »

Un problème « psychologique »

Alors quel est le problème de cette équipe, au juste ?

« C’est psychologique, c’est une question de confiance, a répondu Chiarot. Quand il y a des erreurs en défense, c’est parce que les gars ne sont plus à la bonne place, et ça ouvre des lignes de passe aux adversaires. Un trio comme celui des Bruins avec [David] Pastrnak, on le sait, ces gars-là sont très bons pour repérer les lignes de passe et tenter d’en profiter. »

Mais selon Chiarot, il serait injuste de regarder les récents résultats du club, surtout les 14 buts accordés lors des deux derniers matchs, et de prétendre que ce désastre appartient seulement aux défenseurs de l’équipe.

« Ce n’est pas juste les défenseurs ; il y a cinq gars sur la glace. On peut analyser ces 14 buts en pensant que les défenseurs ne font pas leur travail, mais à mon avis, c’est plutôt parce que l’unité de cinq joueurs qui est sur la glace ne travaille pas ensemble. »

« Si un attaquant ne fait pas son travail et qu’un défenseur est hors position, c’est la faute de tous les gars sur la glace. »

— Ben Chiarot

Avec tout ça, le Canadien traverse sa première véritable crise de la saison, avec cinq défaites de suite. Kinkaid, qui a déjà vécu ce genre de calvaire jadis dans le maillot des Devils, suggère à tout le monde de se mettre à respirer par le nez.

« Nous avons connu de telles séquences chez les Devils, et dans ce genre de situation, la clé, c’est de ne pas paniquer, a-t-il tenu à dire. Il faut comprendre que toutes les équipes, ou presque, traversent de tels moments dans une saison. Il faut juste être patients. »

Le Canadien

Pourquoi ne pas rappeler Primeau ?

Le Canadien est en crise, disons-le.

En bon gestionnaire cartésien, Marc Bergevin doit agir plus froidement que certains partisans indignés ne le souhaiteraient. L’équipe vient de perdre cinq matchs de suite. Les deux derniers revers ne sont pas jolis, évidemment.

Mais l’équipe a déjà vécu de telles léthargies, il y a presque un an jour pour jour, d’ailleurs, et le Canadien occupe toujours le troisième rang de sa division avec une fiche de 11-8-5.

Évidemment, Tampa Bay et Toronto ont recommencé à gagner et menacent la fragile avance du Canadien. Le club doit se replacer rapidement.

Avant de congédier ses entraîneurs ou d’échanger les vedettes de son équipe, le thème à la mode depuis quelques jours, un directeur général procède généralement par étapes.

Si les rencontres de groupe entre les entraîneurs ne donnent pas de résultats concrets sur la glace, le directeur général commence d’abord par procéder à des rappels des mineures. L’arrivée de quelques nouvelles têtes peut contribuer à changer un peu la dynamique.

Or, l’attaque du Canadien ne pose pas problème et le Rocket de Laval marque au compte-gouttes. Ryan Poehling pourrait être un candidat, mais ses performances, autant lors de son rappel à Montréal que dans ses matchs à Laval, suggèrent un plus long stage dans la Ligue américaine. En défense, on ne trouvera sans doute pas un arrière gaucher supérieur à Brett Kulak ou Mike Reilly à l’heure actuelle.

Le meilleur joueur du Rocket cet automne porte des jambières et il a 20 ans. Cayden Primeau montre une fiche de 7-3-1, une moyenne de buts accordés de 2,35 et un taux d’arrêts de ,915.

Primeau vient au quatrième rang de la Ligue américaine pour la moyenne de buts accordés et au huitième rang pour le taux d’arrêts, à des poussières du troisième rang. Il éclipse évidemment son partenaire de 25 ans Charlie Lindgren – 4-5-2, moyenne de 2,77 et taux d’arrêts de ,890.

Le Canadien a des problèmes devant le filet à l’heure actuelle. Carey Price a été surutilisé depuis le début de la saison en raison des contre-performances de son auxiliaire Keith Kinkaid et il montre des signes d’essoufflement. Une pause de quelques matchs, ou un horaire moins chargé, est toujours bénéfique en pareilles circonstances.

Parlez-en à Tuukka Rask l’automne dernier. Mais Rask, des Bruins de Boston, a le luxe de compter sur Jaroslav Halak. Tenter de chasser une léthargie en envoyant Kinkaid et sa ronflante moyenne de 4,29 dans deux des trois prochains matchs d’ici dimanche relève presque du suicide.

Vasilevskiy et Hart

Pourquoi alors ne pas utiliser le rappel du jeune Primeau comme un électrochoc et lui donner quelques matchs ? Je vois déjà certains lecteurs incrédules.

Le plan idéal pour un jeune gardien comme Primeau consisterait à le laisser mûrir tranquillement dans la Ligue américaine pendant un an ou deux, loin de la pression de Montréal. Mais la LNH nous a offert ces dernières années des exemples positifs de gardiens de 20 ans rappelés après une courte expérience dans la Ligue américaine.

Andrei Vasilevskiy avait cet âge lors de son rappel à Tampa Bay, le 16 décembre 2014, après seulement 25 matchs avec le Crunch de Syracuse. Il a disputé à peine 16 matchs avec le Lightning cet hiver-là, et seulement 24 l’année suivante, derrière le numéro 1 Ben Bishop.

Son fardeau de travail est passé à 50 matchs à sa troisième saison dans la LNH seulement. Le Lightning était prêt à larguer Bishop. Vasilevskiy est devenu depuis l’un, sinon le meilleur gardien de la Ligue. Son utilisation limitée à ses deux premières années ne l’a pas empêché de grandir.

À Philadelphie, l’an dernier, Carter Hart a obtenu sa chance un peu par défaut, en raison du nombre de gardiens blessés chez les Flyers. Il présentait de mauvaises statistiques dans la Ligue américaine à ses 18 premiers matchs chez les pros, avec une moyenne de 3,05 et un taux d’arrêts de ,902, mais il avait été fumant dans les semaines précédant son rappel.

Hart est devenu depuis le numéro un de l’équipe. Il a disputé 31 matchs l’an dernier et a joué dans 16 des 25 matchs des Flyers cette saison.

On ne demanderait pas à Primeau de sauver le Canadien. Seulement de monter la garde momentanément le temps de voir Price se replacer et donner des chances à l’équipe de gagner lorsqu’on fait appel à lui. À l’heure actuelle, Kinkaid est incapable de le faire.

La décision serait audacieuse. Mais coûteuse ? Pas vraiment. Pas de cran, pas de gloire, dit l’adage…

Folin à Laval

Avec tout ça, on avait pratiquement oublié que Christian Folin est encore un membre du Canadien, et la direction du club nous l’a rappelé mercredi en annonçant qu’il avait été cédé au Rocket de Laval, dans la Ligue américaine, pour des raisons de remise en forme. Il faut se rappeler que Folin, 28 ans, n’a disputé que cinq matchs avec le Canadien depuis le début de la saison, son dernier remontant au 19 octobre.

Des problèmes à quatre contre cinq

Ça ne va pas très bien ces jours-ci chez le Canadien, et ça va encore moins bien lorsque le club joue avec un joueur en moins. Ainsi, en désavantage numérique, le Canadien se retrouve avec un taux d’efficacité de 71,6 %, le pire de toute la LNH. « Cela est avant tout une affaire de détails, a noté Ben Chiarot. Dans cet aspect du jeu, c’est une question de structure. Il faut forcer l’adversaire à lancer de loin et permettre à notre gardien de voir les tirs. »

— Richard Labbé, La Presse

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