Théâtre

Catherine Chabot par K.-O.

Critique
Lignes de fuite
Texte : Catherine Chabot
Mise en scène : Sylvain Bélanger
Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 6 avril
3 étoiles et demie

La société du spectacle, les réseaux sociaux, l’environnement, la maternité, l’amitié, l’amour, la gauche, la droite, la pédophilie, les médias, les artistes, les politiques, l’immigration, la langue, les anxiolytiques, la dystopie, le sexe, les diva cups

Catherine Chabot va littéralement dans toutes les directions dans sa nouvelle création, Lignes de fuite. Une pièce qui aborde dans le désordre des sujets graves (et d’autres moins !) avec une légèreté de façade.

De cette matière dense surgissent des perles, Lignes de fuite étant le fruit d’une véritable réflexion de la jeune auteure et comédienne. Mais soyez avertis, ce tsunami de répliques qui fusent et s’enchevêtrent pendant près de deux heures exige une attention de tous les instants…

Malgré de nombreux segments qui virent à la cacophonie, on a l’impression de regarder par la fenêtre d’une génération (même si elle est forcément partielle et subjective). Celle de jeunes trentenaires indécis qui peinent à trouver leur voie.

Nous sommes dans le loft d’un couple lesbien, Zora et Olivia, qui reçoit des amis pour une pendaison de crémaillère. Raphaëlle et Gabrielle, des amies du secondaire de Zora, viennent accompagnées de leurs chums. Tout ce beau monde discute à bâtons rompus, chacun y allant de son point de vue.

Catherine Chabot, qui interprète le rôle de Raphaëlle, donne le ton. La jeune avocate médisante à souhait (qui dénigre ouvertement son amoureux) apprend pendant la soirée qu’elle est enceinte. La nouvelle sera le prétexte d’une joute verbale à six sur la maternité et le péril des changements climatiques.

« Un enfant produit 60 tonnes de CO2 par année… », dira Gabrielle (très bonne Léane Labrèche-Dor, malgré un débit souvent trop rapide et des pointes qui frisent l’hystérie). Les répliques sont cinglantes, cyniques. Heureusement, le personnage d’Olivia, une artiste visuelle (magnétique Victoria Diamond), insufflera au groupe une microdose d’espoir.

Par l’entremise de toutes ces discussions, on découvre l’hypocrisie des uns, l’égoïsme des autres, leurs jalousies, leurs frustrations, mais aussi leurs espoirs et leurs rêves.

Les six comédiens, tous talentueux (qui incluent également Maxime Mailloux et Benoît Drouin-Germain), sont dirigés avec précision par Sylvain Bélanger, qui a dû passer des nuits blanches à orchestrer ce chaos où l’on retrouve « des fleurs et des ordures », pour reprendre l’expression de Leonard Cohen.

On sort de Lignes de fuite sonné, et même K.-O., avec une petite pointe à la poitrine et un léger coup de cafard. Car malgré la vivacité et l’humour de Catherine Chabot, ce texte sombre nous laisse un goût amer.

En voyant défiler tous ces étudiants dans la rue hier pour protester contre l’inaction des gouvernements dans le dossier des changements climatiques, on ne peut s’empêcher de penser aux répliques les plus assassines de Lignes de fuite en se disant que tout n’est pas perdu.

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