Musique

Première américaine pour Hubert Lenoir

AUSTIN, Texas — Après avoir accumulé les succès populaires et les prix au Québec et à moins de 48 heures du gala des Juno, où il est en lice pour trois prix, Hubert Lenoir s’est offert une première américaine à South by Southwest (SXSW), à Austin, rendez-vous très couru des artistes du moment.

Même si certains pourraient être nerveux à l’idée de se remettre en danger ailleurs que chez soi, Hubert Lenoir, lui, ne s’en fait pas trop.

Fraîchement débarqué du Japon, où il a présenté son opéra postmoderne, l’artiste de 24 ans qui fait tourner les têtes au Québec en raison de sa fougue et de sa créativité, était de passage cette semaine pour deux spectacles dans la capitale texane, où des dizaines d’artistes en quête de rayonnement convergent lors de cet important festival.

Lenoir s’est présenté pour la première fois devant un public américain pendant un spectacle d’environ 45 minutes, hier. Devant un auditoire majoritairement anglophone – bien que parsemé de quelques francophones visiblement excités –, lui et ses musiciens ont enchaîné les chansons de l’album Darlène, ainsi que de nouveaux extraits en français et en anglais.

Bien que le marché américain ne lui fasse pas peur, le natif de Québec reconnaît qu’un album comme Darlène, une œuvre essentiellement en français, pourrait avoir des difficultés à rejoindre le public américain. « Certaines personnes n’écouteraient pas un film sous-titré », dit-il en entrevue avec La Presse canadienne, dans le hall de l’hôtel Quality Inn & Suites, à quelques kilomètres du centre-ville coloré d’Austin.

« Je vais toujours être un Québécois, mais j’ai aussi une grosse interrogation récemment sur à quel point la langue définit ton identité. Je pense que la langue, c’est la langue. »

— Hubert Lenoir

Il dit souhaiter communiquer avec son public en transcendant les limites, affirmant vouloir plutôt créer un dialogue.

Percée en Europe

Mais Hubert Lenoir, qui commence à faire sa marque en Europe, voit ce premier pas sur la scène musicale américaine avec philosophie.

« Dans le cas de la France, il y a vraiment quelque chose qui se passe. Je ne fais pas de showcase en Europe, dit-il. Aux États-Unis, je sais qu’à New York, il y a des gens qui aimeraient me voir pour de vrai. Autre que ça, je ne suis pas tant dans la vibe d’être full industrie-orienté. »

Cette « vibe », comme dit Lenoir, c’est ce désir de se vendre.

Son étoile monte rapidement en Europe. « Tous les labels en France veulent signer le projet », assure-t-il. Mais même s’il prétend ne pas nécessairement avoir fait les démarches pour lancer sa carrière de l’autre côté de l’Atlantique, sa personnalité, voire son individualité, semble être un carburant suffisant pour faire démarrer la machine.

« Je ne prétends pas, disons, être edgy. Il y a plein de monde edgy dans la vie. La différence, c’est que je l’ai fait dans un niveau plus mainstream. »

— Hubert Lenoir

« J’ai comme une fierté de faire ça à un niveau qui est mainstream, poursuit-il. Je sais que les gens m’ont souvent dit que c’était impossible de le faire, pis de voir que ça fonctionne [me rend fier]. »

Il a de quoi être fier. Son premier album, Darlène, a obtenu trois Félix au Gala de l’ADISQ, il a été finaliste pour le prix Polaris et est en nomination pour trois prix Juno. En plus de la catégorie du meilleur album francophone de l’année, Darlène est aussi en lice pour le prix du meilleur album pop de l’année et, surtout, pour le prix très convoité du meilleur album de l’année au Canada. Le gala de l’industrie musicale canadienne aura lieu demain à London, en Ontario.

Mais même si la table est mise pour une carrière qui résonne au Canada, Lenoir lui-même ne s’efforce pas nécessairement d’aller cogner aux portes des maisons de disques. « J’ai un peu la philosophie : je fais mes affaires pis si tu veux me parler, tu sais où me trouver. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.