Commerce de détail

Rona écope du grand ménage de Lowe's

Le grand ménage entrepris, il y a quatre mois, par le nouveau président de Lowe’s aux États-Unis pour en améliorer la rentabilité n’a pas épargné le Canada. Au contraire, la majorité des quincailleries sous-performantes qui fermeront leurs portes sont situées de ce côté-ci de la frontière et elles portent le nom de Rona.

Commerce de détail

Une restructuration pour rattraper Home Depot

Le président de Lowe’s, Marvin Ellison, n’a pas mis de temps à imposer des changements après son entrée en fonction, début juillet.

Dès la semaine suivante, il abolissait quatre postes à la haute direction et en créait d’autres. Il a ensuite promis de revoir le portfolio immobilier et de retirer du marché les produits qui se vendent moins. En août, il fermait la chaîne Orchard Supply Hardware, ses 99 magasins et son entrepôt.

Cela était de mise ; les actionnaires ont de grandes attentes envers le nouveau patron dans le contexte où la performance financière du principal concurrent Home Depot est plus enviable (voir onglet suivant).

Marvin Ellison devait aussi se démarquer de son prédécesseur Robert Niblock qui a fait bondir le titre en Bourse en annonçant… sa retraite. « Le président part enfin, et Wall Street ne pourrait être plus heureux », avait titré le magazine économique Fortune.

« Progrès supplémentaires » souhaités

La rationalisation annoncée hier matin, jugée modeste par les analystes, a donc été favorablement accueillie, mais elle a peu fait bouger le titre. À peine a-t-il gagné 0,26 % à Bourse de New York.

Il faut dire que Lowe’s ferme 47 magasins sur 2390, soit 3 % des pieds carrés de la chaîne. Du lot, 27 sont au Canada. Le nombre d’employés touchés n’a pas été précisé par le détaillant.

Jugeant que le nombre de fermetures « n’est pas significatif, mais symbolique », Jonathan Matuszewskim, de la firme Jefferies, croit néanmoins qu’il démontre que « l’équipe de direction s’est améliorée pour examiner toutes les causes profondes de la sous-performance avec un sentiment d’urgence renouvelé », a-t-il dit à Bloomberg.

« Nous considérons cela comme une étape positive dans l’amélioration de la productivité de la chaîne, a mentionné Seth Sigman, de Crédit Suisse, au Financial Post. Cela étant dit, nous continuons de rechercher des progrès supplémentaires pour augmenter les ventes dans les magasins existants. »

« Cela est peut-être précurseur d’une plus vaste initiative pour améliorer la productivité », espère-t-on chez Wells Fargo. 

Ce qui fermera d’ici la fin de janvier

Au Canada : 

24 Rona (dont 9 au Québec)

2 Lowe’s (en Ontario)

1 Reno-Depot (en Alberta)

2 usines « sous-performantes » (fermes de toit à Terre-Neuve-et-Labrador et blocs de ciment en Colombie-Britannique)

2 « centres de soutien régionaux » (Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador employant 300 personnes au total)

Aux États-Unis : 

20 magasins

Les Rona qui fermeront au Québec

Sainte-Clotilde-de-Chateauguay (335, route 209)

Saint-Jean-sur-Richelieu (870, boulevard d’Iberville)

L’Assomption (723, boulevard L’Ange-Gardien)

Granby (788, rue Moeller)

Laval (134, boulevard Sainte-Rose)

Montréal (9200, boulevard Maurice-Duplessis)

Rouyn-Noranda (1200, rue Mantha)

Ange-Gardien (194, rue Principale)

Saint-Elzéar (100, rue du Parc-Industriel)

Déficitaires depuis des années

La direction de Lowe’s, à Boucherville, a refusé notre demande d’entrevue, affirmant se trouver dans une période silencieuse, ses prochains résultats financiers étant attendus le 20 novembre.

Mais par courriel, une porte-parole nous a mentionné qu’au Québec, les neuf magasins visés représentent « environ 1,6 % de la superficie de vente totale du réseau québécois qui compte plus de 250 magasins » et que tous « étaient déficitaires […] depuis plusieurs années ».

Ces magasins sont de petite taille, et quatre d’entre eux sont d’anciens Coupal/Marcil. Selon une compilation effectuée par La Presse, ils emploient entre 6 et 40 personnes chacun, pour un total de quelque 200. Selon Rona, « la plupart des employés touchés se verront offrir la possibilité de transférer dans un magasin avoisinant et au final, environ 60 employés perdront leur emploi ».

Tous sont détenus par Lowe’s (pas affiliés), et aucun n’est syndiqué.

« Ça a quand même un impact sur les syndiqués. Ça crée de l’incertitude dans le réseau. Il faut qu’ils nous expliquent ce qui se passe, car je ne sais pas quoi dire à mes membres. »

— Antonio Filato, président du Conseil provincial des TUAC Québec, qui représente 3000 employés de Lowe’s dans 33 magasins

L’ancien président de Rona, Robert Dutton, se rappelle que « beaucoup de ces magasins étaient rentables en 2012 » quand ils appartenaient à des marchands. Il présume donc que leur acquisition par Rona n’a pas été un succès. « Les petites et moyennes surfaces, ça réussit quand c’est opéré par un propriétaire qui connaît son milieu. »

Beaucoup de bruit à Québec

À Québec, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre, compte tenu de l’impact qu’avait eu la vente de Rona à l’américaine Lowe’s à l’hiver 2016 pour 2,3 milliards US (3,2 milliards CAN à l’époque). Les partis de l’opposition ont notamment souhaité que les fleurons québécois soient mieux protégés contre les prises de contrôle.

Du côté du gouvernement de François Legault, on s’est dit sensible aux préoccupations des employés qui voient leur magasin fermer aujourd’hui. Et on a promis de « suivre de proche les décisions de l’entreprise à la lumière des engagements pris dans le contexte de la transaction ».

En mettant le grappin sur Rona, Lowe’s s’était engagé à établir le siège social à Boucherville, à conserver ses multiples enseignes et formats, à garder « la vaste majorité des employés » et à poursuivre la mise en œuvre de la stratégie d’approvisionnement local et éthique de Rona.

Lowe’s affirme que, depuis 2 ans, 1000 emplois ont été créés au Québec, dont 200 au siège social. L’entreprise dit aussi qu’il est « trop tôt » pour savoir si la fermeture de ses deux centres de soutien régionaux créera des emplois à Boucherville.

— Avec Martin Vallières, La Presse

Lowe’s au Québec, pas pour demain

En décembre 2016, le président de Lowe’s Canada, Sylvain Prud’homme, avait annoncé que « dans deux ans », les 17 Rona l’Entrepôt du Québec, ainsi que leurs 23 équivalents anglophones Home & Garden, deviendraient des Lowe’s. À un mois de cette échéance, aucune conversion n’a encore été effectuée dans la société distincte. Pourquoi ? « Nous avons entamé le processus de conversion ailleurs au Canada, et chacune nous permet de peaufiner notre stratégie pour l’évolution de nos grandes surfaces. Nous n’avons toujours pas pris la décision de déployer cette enseigne au Québec, nous nous ajusterons au marché lorsque le moment sera venu », a répondu la porte-parole Valérie Gonzalo.

Le PQ et QS demandent de revoir le mandat de la Caisse

Québec — Des voix s’élèvent pour que le gouvernement Legault revoie le mandat de la Caisse de dépôt et placement du Québec à la suite de l’annonce par Lowe’s de la fermeture de neuf magasins Rona dans la province.

À l’avenir, la Caisse de dépôt devra en faire davantage pour éviter que des fleurons québécois soient vendus à des intérêts étrangers, ont clamé en chœur le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS), hier.

La porte-parole de QS en matière d’économie, Ruba Ghazal, a réclamé qu’une commission parlementaire se penche sur la question. Elle a rappelé que la Coalition avenir Québec (CAQ) s’était fermement opposée à la vente de Rona en 2016.

« Il y a une occasion à ne pas rater pour préciser le rôle d’Investissement Québec et de la Caisse », a déclaré la députée dans un communiqué.

Au PQ, on martèle que la Caisse devra jouer davantage son rôle de levier économique. « La Caisse de dépôt à l’époque aurait pu bloquer la transaction », a affirmé en entrevue le leader parlementaire du PQ, Martin Ouellet.

Pour sa part, l’ex-ministre libérale Dominique Anglade rappelle que « lors de la transaction consensuelle entre Lowe’s et Rona, ce qui avait été convenu était que le siège social demeure au Québec et que les emplois seraient maintenus ».

Depuis les dernières années, le groupe avait créé de nombreux emplois – « des centaines d’emplois », observe Mme Anglade. Au net, c’est une soixantaine d’emplois qui seraient « à risque », comprend-elle. 

« Si les emplois demeurent au niveau où ils étaient avant, cela respecte l’esprit de l’entente. Ma compréhension, c’est que ce sera respecté », souligne-t-elle. Il appartient au gouvernement Legault de veiller au respect de ces dispositions, insiste-t-elle.

— Denis Lessard, La Presse, et La Presse canadienne

Quatre indicateurs pour comprendre

Depuis quelques trimestres, la performance d’affaires de Lowe’s s’avère décevante par rapport à celle de son principal concurrent, Home Depot. C’est pourquoi la nouvelle haute direction de Lowe’s, présidée par Marvin Ellison, est pressée d’en améliorer les principaux paramètres. Voici quatre indicateurs pour comprendre. — Martin Vallières, La Presse

Ventes totales Taux moyen de croissance annualisée des quatre derniers trimestres

Lowe’s : + 3,7 %

Home Depot : + 7 %

Ventes des magasins comparables (ouverts depuis plus d’un an) Taux moyen de croissance annualisée des quatre derniers trimestres

Lowe’s : + 3,9 %

Home Depot : + 6,9 %

Marge bénéficiaire d’exploitation Moyenne des quatre derniers trimestres

Lowe’s : 8,7 %

Home Depot : 14 %

Ventes par pied carré en magasins Moyenne des quatre derniers trimestres

Lowe’s : 325 $US

Home Depot : 436 $US

Sources : Lowe’s, Home Depot, Thomson-Reuters

Lowe's en chiffres

4 trimestres cumulés au 3 août 2018

Chiffre d’affaires  70,51 milliards US (+ 3,9 % sur un an)

Bénéfice net   3,93 milliards US (+ 28 % sur un an)

Bénéfice net par action  4,77 $ US (+ 34 % sur un an)

Actif   37,1 milliards US (+ 1,2 % sur un an)

Dette totale 15,8 milliards US (-1,6 % sur un an)

EN BOURSE

Multiple cours/bénéfice 20,3 fois

Valeur boursière 78,45 milliards US (NYSE)

Rendement total (prix + dividende)  Jusqu’à maintenant en 2018 : + 6,6 %  3 ans : + 39 %

Sources : Thomson Reuters, NYSE

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.