Étude

Les musulmans davantage craints au Québec qu’au Canada

Les Québécois disent craindre les musulmans plus que leurs voisins des autres provinces, mais les musulmans qui vivent au Québec ne rapportent pas davantage de discrimination, selon une nouvelle étude ontarienne qui utilise des données jamais publiées de Statistique Canada. Nos explications.

Inconfort

Les Québécois aiment moins les musulmans et les autochtones que les habitants des autres provinces, mais ils sont plus ouverts aux homosexuels, selon l’étude de Sarah Wilkins-Laflamme, sociologue à l’Université de Waterloo, qui vient de publier ses résultats dans la revue de la Société canadienne de sociologie. « Il s’agit d’une échelle sur 100 où les répondants évaluent s’ils aiment ou non les membres de différentes communautés, explique Mme Wilkins-Laflamme. On considère qu’il y a une différence significative si elle est plus grande que 5 %. »

Par exemple, en Ontario et en Colombie-Britannique, il n’y a pas de différence entre les sentiments envers les Blancs et les autochtones. La chercheuse a ensuite calculé combien de gens ont des sentiments significativement plus négatifs envers les musulmans qu’envers les autres minorités visibles. « Nous avions des données de 2011 et de 2015, dit Mme Wilkins-Laflamme. En 2011, il y avait une catégorie “Blancs”, qui est très utile. Mais en 2015, Statistique Canada n’a pas réutilisé la catégorie “Blancs”. Alors, pour comparer l’évolution des sentiments envers les musulmans, on a retenu les minorités visibles. »

Discrimination

Malgré ces sentiments plus négatifs des Québécois, les musulmans n’y vivent pas plus de discrimination qu’ailleurs au Canada, selon Mme Wilkins-Laflamme. En 2014, 21,8 % des musulmans rapportaient avoir vécu de la discrimination au Québec contre 17,8 % en Ontario et 21,9 % dans l’Ouest. « La région où les musulmans rapportent le plus de discrimination est les Maritimes. L’hypothèse est que c’est parce qu’ils sont moins nombreux, seulement 0,6 % de la population en 2011. » Les musulmans formaient 3,2 % de la population québécoise en 2011 et 4,6 % de la population ontarienne.

En chiffres

57 % des Québécois aimaient moins les musulmans que les autres minorités visibles en 2011

50 % des Québécois aimaient moins les musulmans que les autres minorités visibles en 2015

40 % des Ontariens aimaient moins les musulmans que les autres minorités visibles en 2011

33 % des Ontariens aimaient moins les musulmans que les autres minorités visibles en 2015

Source : Université de Waterloo

Les données

« D’autres sondages ont aussi montré que les Québécois sont plus inconfortables que les autres Canadiens face aux musulmans, dit Mme Wilkins-Laflamme. Mais il s’agissait de données provenant des panels en ligne des maisons de sondage. Elles sont moins représentatives que nos données, qui proviennent d’une grande enquête tous les cinq ans de Statistique Canada pour la discrimination, et d’une enquête que Statistique Canada supervise avant chaque élection fédérale pour les sentiments envers divers groupes. » Cette dernière enquête est menée par un groupe de politologues de plusieurs universités canadiennes.

Un vernis de bonheur

Les évaluations des Québécois sont systématiquement plus basses qu’ailleurs au Canada. Par exemple, la note moyenne accordée par les Québécois est de 80 % pour les Blancs, 68 % pour les minorités visibles et 56 % pour les musulmans, contrairement à 84 % pour les Blancs, 78 % pour les minorités visibles et 70 % pour les musulmans en Ontario. « On voit ça dans toutes les enquêtes, dit Mme Wilkins-Laflamme. On attribue ça au vernis de bonheur des Canadiens anglais. Il y a une inflation dans tous les chiffres de sentiments envers les différents groupes de la société. »

Les jeunes Québécois

Sarah Wilkins-Laflamme se penche actuellement sur les connaissances religieuses des jeunes Québécois, en collaboration avec le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux et la radicalisation du cégep Édouard-Montpetit. « On a fait un sondage dans trois cégeps pour voir ce qu’ils savent des grandes religions. On veut notamment voir s’ils pensent que l’intégrisme est un phénomène plus fréquent chez les musulmans que dans les autres religions. » Les autres cégeps sont ceux de Saint-Jean et de Saint-Hyacinthe.

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