Fondation Grantham

Un projet de vie pour l’art et la Terre

Grands collectionneurs d’œuvres d’art, Bernard Landriault et Michel Paradis cherchaient une finalité à leur passion. En créant la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement, ils se sont donné un projet de vie mais aussi de retraite, avec la conservation de notre planète et les bienfaits de l’art au cœur de leurs préoccupations.

Lové parmi les arbres d’un boisé de Saint-Edmond-de-Grantham, près de Drummondville, le bâtiment de la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement a été conçu par le réputé architecte québécois Pierre Thibault. Il en impose avec ses deux volumes désaxés, ses façades en lattes de bois et ses larges fenêtres donnant sur la rivière David. À la fois impressionnant et feutré, il se trouve à deux pas de la maison privée des deux amoureux de l’art que sont Bernard Landriault et Michel Paradis. 

Quand ils ont fait leur sortie du placard esthétique, en 2013, en publiant l’ouvrage Entre avoir et être : deux collectionneurs s’exposent, ils avaient fait part d’une inquiétude. Qu’allait devenir leur collection à leur décès ? La léguer à un musée était possible, mais ils ne voulaient pas entendre parler d’une fondation !

Leur réflexion a cheminé, avec comme fil conducteur le fait qu’ils ne s’intéressent pas vraiment à ce qu’est l’art, mais plutôt à ce que l’art leur fait ou peut faire aux autres.

En 2014, leur collection a fait l’objet d’une exposition au centre Expression, à Saint-Hyacinthe. Des milliers d’enfants sont venus la voir. « Plus que des adultes ! », dit Michel Paradis, retraité du secteur financier.

« Cela nous a donné l’idée de faire quelque chose avec le milieu éducatif. Après avoir collectionné ensemble depuis 32 ans, le temps était venu de dépasser ce cadre personnel et d’entreprendre une démarche plus participative », dit Bernard Landriault, ex-prof de français et ex-directeur des relations internationales, à l’Université de Montréal.

Après avoir consulté des amis artistes, historiens ou collectionneurs, ils ont eu l’idée de créer un organisme de bienfaisance qui accueillerait des artistes, des chercheurs et des jeunes tout en associant l’environnement aux arts visuels.

« Le fait qu’on vive ici depuis 2004, au contact de la nature, et que Michel vienne d’une famille d’agriculteurs, le lien était assez naturel », dit Bernard Landriault. 

La Fondation fonctionne depuis septembre dans ce bel ensemble architectural. Parsemé de bouleaux et de pruches, parmi lesquels se faufilent des lièvres et des chevreuils, le décor des Abouts (nom du lieu-dit) est bucolique, sauvage et tranquille. Propice à l’introspection et à la création. 

La lumière s’engouffre avec générosité dans la bâtisse. Les rayons du soleil jouent avec les lattes d’épinette pour se refléter sur les murs intérieurs. La résidence est équipée pour satisfaire autant le corps que l’esprit. Lit encastrable, cuisine moderne, grande douche italienne, cloisons amovibles, bibliothèque aérée avec monographies d’artistes, œuvres d’art de Bernard Landriault et Michel Paradis mises en réserve. Rien n’a été laissé au hasard.

L’an prochain, un artiste et un chercheur réputés (canadiens ou étrangers) y seront accueillis, chacun pendant quatre ou cinq semaines. Ils vont être choisis par un comité scientifique de la Fondation formé d’experts, dont Jean-François Bélisle, directeur du Musée d’art de Joliette, et Bénédicte Ramade, historienne spécialisée dans les approches artistiques des questions environnementales. 

Dotés de bourses de 10 000 $ et 5000 $, fournies par les deux fondateurs, l’artiste et le chercheur retenus pour 2020 seront connus en janvier. Bernard Landriault et Michel Paradis organiseront, eux aussi, d’autres résidences d’artistes, sur invitation celles-là et non rémunérées, pour de courtes périodes. Ils ont d’ailleurs déjà commencé ! Au printemps dernier, avant même l’ouverture de la Fondation, l’artiste québécoise Lena Mill-Reuillard est venue à Grantham.

La Fondation a un important volet de diffusion et d’éducation. Pour notamment le financer, une campagne a déjà récolté plus de 200 000 $. Les cofondateurs poursuivent leur démarche auprès d’entreprises et d’individus pour recueillir d’autres fonds. Le Mouvement Desjardins a accordé 100 000 $ pour des projets pilotes avec 800 élèves des écoles et des cégeps de la région du Centre-du-Québec.

« On va pouvoir accueillir des cégépiens, dit Bernard Landriault. Ils pourront aussi organiser des expos à la Fondation. Il y a plein de possibilités. »

La Fondation veut aussi créer des partenariats avec des médias, des universités, des centres d’artistes et des organismes culturels. Déjà, l’été dernier, elle a accueilli une quarantaine de prestigieux doctorants venus du monde entier, grâce à une collaboration avec l’UdeM. « Plusieurs travaillaient dans le domaine de l’art et de l’environnement, dit Bernard Landriault. Ces universitaires sont maintenant de bons ambassadeurs de la Fondation ! »

Lieu de réflexion et d’échange unique au Canada, la Fondation Grantham est ouverte au public les fins de semaine. Bénédicte Ramade a commissarié l’expo inaugurale, Apparaître-Disparaître, qui se termine dimanche. Une exposition d’œuvres prêtées par des artistes et reliées, bien sûr, à la nature. Comme celle du Japonais Yoshihiro Suda, Weeds. De petites sculptures en bois représentant ces « mauvaises herbes » que bien du monde combat avec des herbicides dangereux pour la santé…

Les deux fondateurs se chargent de faire visiter l’exposition, heureux de pouvoir faire partager leur passion tout en sensibilisant les visiteurs à l’importance d’une prise en compte sérieuse de notre environnement. Cette activité s’ajoute à l’intensité que représente le démarrage de la Fondation.

« Ça nous nourrit, dit Bernard Landriault. Jusqu’à maintenant, la réponse est vraiment très favorable. C’est encourageant, car ce projet est un gros défi à deux ! Il est collé sur nos vies. Pas pour nous valoriser, mais parce que l’art et l’environnement sont des passions auxquelles on croit. Et il faut vivre passionnément, non ? »

Fondation Grantham pour l’art et l’environnement. L’exposition se poursuit le vendredi 6 décembre, le samedi 7 décembre et le dimanche 8 décembre (dernière journée), de 11 h à 17 h. Il faut réserver à info@fondationgrantham.org, au 819 395-5008 ou sur le site de la fondation.

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