Russie

Les soutiens s’accumulent pour le journaliste accusé de trafic de drogue

MOSCOU — Des journaux indépendants jusqu’aux médias d’État et même certains hauts responsables politiques : le mouvement de soutien s’amplifiait hier en faveur du journaliste russe Ivan Golounov, assigné à résidence après avoir été arrêté la semaine dernière pour trafic de drogue.

« Je suis, nous sommes Ivan Golounov. » La une commune publiée par les trois plus influents quotidiens du pays, RBK, Vedomosti et Kommersant, témoigne de l’ampleur qu’a prise en Russie la nouvelle de l’arrestation d’Ivan Golounov.

Journaliste du site d’information Meduza, réputé pour ses enquêtes sur la corruption à la mairie de Moscou ou sur les malversations dans des secteurs opaques comme le microcrédit ou les pompes funèbres, Ivan Golounov a été arrêté jeudi au centre-ville de Moscou.

Quatre grammes de méphédrone ont été trouvés dans son sac à dos, selon les policiers, qui assurent avoir découvert ensuite d’importantes quantités de drogue en perquisitionnant dans son appartement. Selon la police, le journaliste avait tenté de vendre « une quantité importante » de cocaïne et de méphédrone, une drogue de synthèse.

« Nous estimons que les preuves de culpabilité d’Ivan Golounov, fournies par les enquêteurs, ne sont pas convaincantes et que les circonstances de son arrestation font beaucoup penser qu’elle s’est déroulée avec violation de la loi », soulignent RBK, Vedomosti et Kommersant dans leur déclaration commune.

« Nous n’excluons pas que l’interpellation et l’arrestation de M. Golounov soient liées à ses activités professionnelles. »

— Extrait de la déclaration commune

Hier, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a réagi à l’affaire, qu’il a indiqué « suivre attentivement », reconnaissant que « ce cas fait naître beaucoup de questions ». Il a toutefois refusé de rejeter le blâme sur le système judiciaire, estimant que ce serait « injuste » de le faire.

Depuis l’arrestation d’Ivan Golounov, de nombreux confrères, y compris des médias officiels, mais aussi des artistes et des responsables politiques, lui ont apporté leur soutien. Plus de 66 000 personnes ont signé une pétition pour exiger sa libération sur le site Change.org.

Depuis vendredi, des Russes se succèdent devant le siège de la police moscovite pour manifester, chacun leur tour, avec une pancarte, la seule forme de manifestation en Russie qui ne nécessite pas d’accord préalable des autorités.

Pour beaucoup de journalistes et d’ONG de défense de la presse, l’arrestation d’Ivan Golounov, qui encourt jusqu’à 20 ans de prison, constitue une nouvelle étape dans les pressions dont font l’objet les médias en Russie.

Samedi soir, des centaines de personnes s’étaient rassemblées autour du tribunal où un juge devait se prononcer sur l’incarcération demandée par l’accusation. Audibles dans la salle d’audience à l’énoncé du verdict, des cris de joie ont éclaté quand le juge a prononcé son assignation à résidence.

« Campagne sans précédent »

« Ivan a été libéré de prison et placé en résidence surveillée, et ce succès est le résultat d’une campagne d’action sans précédent contre son arrestation illégale. Nous n’avions pas vu depuis de nombreuses années une telle solidarité journalistique » en Russie, se réjouit le rédacteur en chef de Meduza, Ivan Kolpakov, interrogé par l’AFP.

Les télévisions publiques russes ont largement couvert l’affaire, n’hésitant pas à pointer les incohérences de la police. La rédactrice en chef de la télévision RT, Margarita Simonian, a publié une déclaration de soutien pour Ivan Golounov, demandant aux autorités de répondre à « toutes les questions qu’a la société » sur l’affaire.

Même la médiatique porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a semblé prendre position pour le journaliste et a publié sur sa page Facebook un lien vers un article dans lequel la police reconnaît que certaines photos, présentées comme venant de la « scène du crime » et montrant un véritable atelier de fabrication de drogue, n’avaient pas été prises dans l’appartement d’Ivan Golounov.

Dans leur déclaration commune, Kommersant, Vedomosti et RBK « exigent une vérification détaillée des actes des policiers impliqués dans l’arrestation d’Ivan Golounov […] et une transparence maximale lors du déroulement de l’enquête ».

« Nous allons suivre attentivement l’enquête […] et exigeons que la loi soit respectée par tout le monde et pour tout le monde », ajoutent-ils.

Un ex-chef de la lutte anticorruption condamné à 13 ans de prison

La justice russe a condamné hier à 13 ans de prison un ancien haut responsable de la lutte anticorruption, chez qui ont été retrouvés en 2016 plus de 180 millions en espèces, une affaire qui avait fait scandale. Le tribunal moscovite de Presnenski a également condamné le colonel Dmitri Zakhartchenko, ancien responsable d’une section de l’agence russe de lutte contre les crimes économiques, à une amende de 117 millions de roubles (2,4 millions de dollars). «  Nous allons évidemment faire appel  », a déclaré après le jugement Dmitri Zakhartchenko. Selon le tribunal, il a notamment été établi que l’ancien responsable avait reçu pour 800 000 $ de pots-de-vin du propriétaire d’un restaurant coté de Moscou, à qui il avait offert sa «  protection  ». Le tribunal a également établi que Dmitri Zakhartchenko avait informé la directrice financière de la banque Nota, fermée en novembre 2015 par les autorités, de poursuites à venir. En septembre 2016, les enquêteurs avaient retrouvé dans un appartement appartenant à ses proches et dans sa voiture des billets de banque valant plus de 180 millions en diverses devises. — Agence France-Presse

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