Monsieur L’INSPECTEUR

Un ventre-de-bœuf, c’est grave ?

Quand des portions de murs de brique tendent à défier la gravité, c’est sérieux. Questions et réponses sur ces bombements qu’on appelle ventres-de-bœuf.

On les découvre le plus souvent au sommet de murs de brique ou à la hauteur des fenêtres du dernier étage des vieux « plex ». Les ventres-de-bœuf sont un signe que la maçonnerie est fatiguée et que tôt ou tard, elle lâchera prise et s’affaissera brusquement. Vite, un maçon !

En contexte de transaction immobilière, il est important d’embaucher un inspecteur à qui la maçonnerie est très familière. Détecter les ventres-de-bœuf s’apprend avec l’expérience. À la suite de l’inspection, il est souvent recommandé d’obtenir des soumissions de maçons pour évaluer le coût des réparations.

Une intervention qui se borne à corriger un ventre- de-bœuf peut coûter quelques milliers de dollars. Le remplacement complet d’un mur de brique sur un duplex ou un triplex peut coûter de 25 000 à 40 000 $.

Qu’est-ce qui cause les ventres-de-bœuf ?

Il s’agit la plupart du temps d’un problème lié à de l’humidité qui s’est retrouvée dans la cavité murale derrière la brique. Il y a régulièrement une infiltration d’eau lorsqu’il pleut ou un apport d’air humide de l’intérieur. Cela provoque la détérioration du mortier, qui s’effrite et libère les attaches métalliques qui retiennent le mur de brique à la structure de bois du bâtiment.

Peut-on les prévenir ?

Oui. « C’est une question d’entretien », dit l’expert en enveloppe du bâtiment Denis Brisebois. Les tôleries des parapets au sommet de la façade tendent à se courber et remonter. Elles finissent par mal recouvrir le sommet du mur. Un entretien suivi des tôleries et de tous les autres éléments qui composent un mur (joints de mortier, calfeutrant, allèges, linteaux, etc.) permet d’éviter les infiltrations d’eau.

Pourquoi le mur de brique s’avance-t-il ?

Le mortier qui tombe en poussière peut s’accumuler par endroits derrière la brique et exercer une pression vers l’avant. Une fois qu’une partie du mortier est disparue, les clous qui servaient d’attaches ne retiennent plus le mur de brique. « Autrefois, ces clous étaient noyés dans seulement un pouce (2,5 cm) de mortier. Aujourd’hui, nous installons des feuillards ondulés qui tiennent sur les trois quarts de la profondeur du joint de mortier », explique Sebastian Ayala, entrepreneur maçon.

Le bombement subit aussi l’effet de la gravité. Plus le ventre-de-bœuf progresse, plus les briques du haut poussent celles du bas vers l’avant. Jusqu’au jour où tout lâche…

Comment repérer un ventre-de-bœuf ?

Les bombements sont visibles à l’œil nu, en regardant vers le haut en se plaçant le plus près possible du mur ou à partir du toit. Ils provoquent des fissures horizontales dans les joints de mortier et le déchirement des scellants autour des fenêtres. Des variations dans l’épaisseur de la brique qui dépasse d’un cadrage d’une porte ou d’une fenêtre sont aussi révélatrices de bombements.

Est-ce grave ?

Oui. Il est très difficile de prévoir la progression d’un ventre-de-bœuf. Si rien n’est fait, tôt ou tard, la façade s’affaissera. Cette chute pourrait blesser ou même tuer quelqu’un, et aussi provoquer des dommages matériaux importants et coûteux à réparer. Chaque année, les pompiers de Montréal font s’écrouler de manière préventive quelques façades.

Un ventre-de-bœuf peut-il être stabilisé par un entretien des joints de mortier ?

Non. Le remplacement du mortier en surface ou jusqu’à trois centimètres de profondeur ne fera rien pour stopper la progression d’un ventre-de-bœuf. Pire, il pourrait l’accélérer, soutient Denis Brisebois, qui a été directeur général de l’Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec. « Avec du mortier plus dur à l’avant, le mortier à l’arrière va se détériorer et s’affaisser encore plus vite. Le ventre-de-bœuf va s’aggraver. »

L’usage de tire-fonds règle-t-il le problème ?

Oui, mais de façon temporaire seulement. Ces ancrages vissés dans le carré de bois du bâtiment et dont la tête demeure visible (avec ou sans plaque en surface du mur de brique) sont des « mises en protection temporaires » qui ont une durée de vie d’environ cinq ans, dit Denis Brisebois. Les variations d’humidité font en sorte qu’après quelques années, le filetage du tire-fond ne tient plus bien dans le bois, explique-t-il.

Quelle est la solution définitive ?

Chez Maçonnerie Maya, Sebastian Ayala affirme pouvoir corriger des ventres-de-bœuf par des interventions localisées et durables, pour une fraction du prix du remplacement complet d’une façade. Une partie du mur est démontée, tandis que d’autres sections peuvent être poussées délicatement pour les remettre de niveau.

Denis Brisebois croit qu’un mur de brique qui souffre de ventres-de-bœuf doit être entièrement refait à neuf. « Si on ne remplace que le haut du mur qui affiche les déformations, le bas du mur continuera à souffrir d’un mal latent », dit-il. La détérioration se poursuivra sur la partie inférieure du mur, qui tôt ou tard n’arrivera plus à soutenir la maçonnerie de la partie supérieure.

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