Idées d’ailleurs 

Des congés payés pour les victimes de violence conjugale

La Nouvelle-Zélande a adopté mercredi dernier une nouvelle loi qui accordera 10 jours de congé payé aux femmes victimes de violence conjugale pour leur permettre de quitter le domicile familial et commencer une nouvelle vie.

Le problème

La Nouvelle-Zélande a l’un des taux de violence conjugale les plus élevés au monde. Chaque année, en moyenne, 23 adultes et 9 enfants meurent des suites d’épisodes de violence conjugale. La police intervient aussi toutes les cinq minutes à la suite d’appels d’urgence.

La solution

Le gouvernement néo-zélandais vient de faire adopter une loi qui accorde 10 jours de congé payé aux femmes victimes de violence conjugale. À ce jour, les Philippines sont le seul autre pays à offrir 10 jours de congé aux victimes.

Un phénomène endémique

Les problèmes de violence familiale et conjugale constituent un véritable fléau en Nouvelle-Zélande, pays de 4,8 millions d’habitants. La police reçoit en moyenne 279 appels d’urgence chaque jour. Et 80 % des incidents ne sont jamais rapportés aux autorités. On estime qu’il y aurait 525 000 cas de violence chaque année. Chaque cas est évidemment un drame. La violence familiale et conjugale entraîne aussi des dépenses importantes pour l’État : on évalue les coûts entre 4,1 et 7 milliards de dollars néo-zélandais par année, l’équivalent de 3,6 à 6,1 milliards CAN.

Des incidents troublants

En mars 2017, le New Zealand Herald rapportait deux cas de violence conjugale particulièrement troublants. La journaliste Anna Leask raconte d’abord l’histoire d’une femme victime de son mari, un professionnel de la santé. Au cours d’une dispute, l’homme lance un tabouret de bar en métal vers sa conjointe. Constatant qu’il a raté son coup, il agrippe une chaise pour enfant en bois et frappe sa femme jusqu’à ce que la chaise se brise. La mère réussit à s’enfuir jusque dans la chambre de l’un de ses enfants, qui est présent. Le mari la rattrape, la frappe au visage à deux reprises, l’attrape par les cheveux et la tire sur le plancher pendant qu’il lui donne des coups sur les jambes. Dans l’autre cas, un étudiant de 20 ans a été condamné à huit ans de prison après avoir battu à mort sa copine. Quatre jours plus tôt, il avait frappé la jeune femme de 20 ans avec une telle violence qu’elle avait subi des lésions au cerveau.

Un vote serré

La nouvelle loi a été adoptée à l’issue d’un vote serré de 63 voix contre 57. Celle-ci entrera en vigueur en avril 2019. Les victimes n’auront pas besoin de fournir de preuves pour obtenir un tel congé et seront admissibles à des mesures au travail leur permettant d’assurer leur sécurité qui permettraient par exemple de les déplacer dans un autre lieu de travail. Signalons que les Philippines ont été le premier pays à adopter une telle loi, en 2004. En mars dernier, le Parlement australien a approuvé une loi qui accorde jusqu’à cinq jours de congé payé aux victimes. Au Canada, le Manitoba et l’Ontario ont aussi adopté des mesures similaires (cinq jours). Un projet est à l’étude à l’Île-du-Prince-Édouard (trois jours), au Nouveau-Brunswick (dix jours) et au Québec (deux jours).

Sources : The Guardian, The New Zealand Herald, Radio-Canada

Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Une telle mesure devrait être adoptée au Québec, répond sans hésiter Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Si tel était le cas, elle ne s’attend pas cependant à ce que toutes les femmes victimes de violence se précipitent pour demander de tels congés. « Ce ne sont pas toutes les femmes qui vont vouloir nécessairement se prévaloir de ça. Le dire à son employeur [qu’on est victime de violence conjugale], ça n’est pas évident. » Selon Mme Monastesse, les détails seront importants. « Il faudrait voir comment ça serait implanté, comment chaque personne devrait justifier [sa demande] à l’employeur. Ici, le diable est vraiment dans les détails ! » Le Québec envisage actuellement d’accorder deux jours de congé aux victimes de violence conjugale, mais c’est nettement insuffisant, juge-t-elle.

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