Mike Ward

Le roi du podcast au Québec

Les balados (podcasts) pleuvent au Québec, mais très peu d’animateurs peuvent se vanter d’avoir un aussi grand succès que Mike Ward.

Il y a six mois, Mike Ward sous écoute rejoignait environ 75 000 personnes par épisode. Aujourd’hui, c’est 125 000, affirme l’humoriste.

« Je peux en vivre, mais on s’entend, je ne vis pas comme Guy A. Lepage », dit l’humoriste, qui offre un épisode par semaine de son balado.

L’idée lui est venue lors d’un gala Juste pour rire en 2010 où, dans les coulisses, des humoristes de tout acabit discutaient du métier. Il a réalisé qu’il y avait plus de ressemblances que de différences entre, par exemple, une humoriste grand public comme Lise Dion et un friand de l’humour absurde comme Jean-Thomas Jobin.

Il a ainsi eu l’idée de rassembler des humoristes populaires, des vétérans et des nouveaux venus pour des discussions sans prétention, sans pause publicitaire et sans limites de temps. La joie des podcasts.

Il y a eu trois versions du balado Mike Ward sous écoute. La première fois, en 2011, il en a offert une vingtaine d’épisodes et les échanges se faisaient par Skype. « Ça chiait tout le temps ! Pis tu sais comment les gens sont sur l’internet ! Ça m’écrivait : “Je ne sais pas c’est qui l’imbécile qui fait le montage ou c’est qui ton gars de son, mais ils sont nuls à chier…” C’était moi, le gars de son ! », raconte Mike Ward en riant.

En 2013, il s’y remet pour environ 25 nouveaux épisodes. Terminé les images de piètre qualité et le son qui coupe. Il loue un appartement dans le Vieux-Montréal et engage un réalisateur. Sauf que, tout ça, ça ne se paie pas avec de l’argent Monopoly. « Moi, ça ne me dérangeait pas de ne pas faire de l’argent, mais je ne voulais pas en perdre », avoue l’artiste, qui présentera bientôt son nouveau one-man-show, Noir.

Le succès survient

Copropriétaire du Bordel Comédie Club, Mike Ward a fait renaître son balado sous cette enseigne, à l’automne 2015. L’alcool coule à flots et les langues se délient tout naturellement.

« C’est ça, la beauté du podcast, une histoire qui prendrait 40 minutes à raconter, tu n’auras jamais la chance de la raconter à une émission de télé. Mais nous, si l’histoire est bonne, on va y aller. »

— Mike Ward

Quelques mois plus tard, Mike Ward est nommé au gala Les Olivier pour la meilleure capsule web. Sauf qu’en guise de protestation contre la décision de retirer son numéro cosigné avec Guy Nantel, il n’assiste pas à la cérémonie de prix.

Lorsqu’il est nommé vainqueur dans la catégorie, Mike Ward est assis dans son salon, entouré d’amis, et il regarde le gala. Il voit alors une grande partie des humoristes monter sur scène en portant un masque orné d’un « X ». Cette manifestation d’amour, cet appui de ses pairs, il le prend avec émotion. « Je suis le genre de personne qui pleure en regardant la télé. Une pub de papier de toilettes, avec une mère et sa fille, je pleure. Je me souviens que lorsque j’ai vu les gens monter sur scène, je me suis mis à pleurer comme ce n’est pas possible. Mille fois plus qu’en regardant n’importe quelle pub de papier de toilette », confie-t-il.

Peu de temps après, Mike Ward ne cache pas qu’il a commencé à souffrir de dépression. Pendant cette période noire, il a reporté des spectacles, parce qu’il n’avait pas la force de les faire. Par contre, c’est le cœur plus léger qu’il se rendait au Bordel pour enregistrer son balado.

« Dans les pires bouts de ma dépression, lorsque je ne travaillais pas, je ne sortais pas de chez nous. Je pouvais passer trois jours à regarder Netflix, triste, dans mon lit. Mais quand arrivait le temps du podcast, je me sentais allumé. Ça m’a vraiment aidé à m’en sortir », confie l’humoriste.

Il parle entre autres, sans filet, de sa dépression dans son balado. D’ailleurs, un de ses épisodes préférés est celui avec Simon Gouache où ils ont abordé ce sujet. Et c’est ce qui est intéressant de cette émission, les sujets sont divers et pas toujours rigolos.

La majorité des humoristes sont passés à son micro. Et ceux qui ne sont pas encore venus le rencontrer, comme Martin Matte et Patrick Huard, ont affirmé à son équipe qu’ils le feraient prochainement. Ils sont d’ailleurs payés pour participer à Mike Ward sous écoute, diffusé sur plusieurs plateformes, dont YouTube.

Et pour les vrais amateurs, il est possible de s’abonner sur la plateforme Patreon pour avoir accès aux épisodes en exclusivité, et ce, au coût de 2 $ (pour l’audio) et 3 $ (pour la vidéo).

Celui qui a également reçu l’Olivier du balado humoristique de l’année en 2017 a été invité au célèbre podcast de l’Américain Joe Rogan, la semaine dernière. « Il a plus de 100 millions de personnes par mois qui téléchargent son podcast. Il a bâti son empire lui-même, note Mike Ward. Il y a de quoi de beau là-dedans. »

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