Critique

D’amour et d’amitié

Matthias et Maxime
Xavier Dolan
Avec Gabriel D’Almeida Freitas, Xavier Dolan, Pier-Luc Funk
1 h 57
3 étoiles et demie

Sur l’affiche du huitième long métrage de Xavier Dolan, on peut lire en sous-titre « Les copains d’abord ». Ce choix n’est sans doute pas innocent.

Il pourrait d’office ramener à la mémoire la vieille chanson de Georges Brassens, mais, dans ce cas-ci, il évoque plutôt la version française de The Big Chill, film phare des années 80 dans lequel des amis baby-boomers étaient réunis pour faire le deuil d’un des leurs récemment disparu. Dans Matthias et Maxime, sorte de Big Chill pour milléniaux fabriqué au Québec, le deuil emprunte plutôt la forme d’une transformation. Qui laisse derrière le souvenir d’une amitié appelée à évoluer d’une autre façon. Parce que la vie est ainsi faite.

Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) sont des amis d’enfance issus de classes sociales différentes. L’un, maintenant avocat, vient d’une famille bourgeoise, l’autre, barman, d’un milieu habituellement décrit comme « difficile ». De sorte que Maxime, dont la mère (Anne Dorval) est aux prises avec de graves problèmes, est presque devenu le fils adoptif de la famille de Matthias. Ces presque trentenaires font par ailleurs partie d’une bande d’amis qui se retrouvent assez fréquemment, même si on sent que Maxime a tendance à s’isoler davantage que les autres.

Et puis, à la faveur d’un court métrage étudiant que réalise la jeune sœur de l’un d’entre eux (Camille Felton dans un personnage aussi « gossant » que savoureux avec son franglais), les deux amis d’enfance doivent échanger un baiser devant la caméra. Ce geste apparemment anodin entre deux hommes s’étant toujours définis hétérosexuels sèmera pourtant le trouble. Et changera la dynamique de la relation entre deux amis qui se connaissent déjà à l’envers et à l’endroit, mais aussi au sein du groupe. Matthias, profondément chaviré, devient plus sombre, plus taciturne. Un rien l’énerve et il cherche même le conflit. De son côté, Maxime espère partir deux ans en Australie, comme il était déjà prévu…

De belles retrouvailles

Les admirateurs du cinéma de Xavier Dolan retrouveront ce qu’ils aiment chez celui qui offre ici son premier film « québécois » depuis Mommy.

On note d’abord la qualité des dialogues, colorés à souhait, drôles, et souvent tirés à bout portant. Puis, au beau milieu du chaos, des moments de vérité surgissent, ponctués parfois de belles fulgurances.

On retiendra notamment cette scène où, au lendemain du tournage de Limbes (c’est le titre du court métrage amateur), Matthias part nager seul dans un lac jusqu’à se perdre (caméra éblouissante d’André Turpin et d’Yves Bélanger). Sans oublier celle, belle et douloureuse à pleurer, où les deux amis s’abandonnent, dans le plus pur style Dolan. C’est-à-dire que l’émotion y est à fleur de peau, délicatement traduite, d’abord en silence, puis, au son de Song for Zula (de Phosphorescent), alors qu’un orage tempête à l’extérieur au moment où la bande est réunie pour souligner le départ de Maxime. Pour son premier grand rôle au cinéma, Gabriel D’Almeida Freitas marque les esprits en traduisant de façon très juste, et avec beaucoup de subtilité, la fêlure intérieure de son personnage, ébranlé dans ses certitudes.

Cela dit, force est de reconnaître que, mis à part le personnage qu’incarne Pier-Luc Funk, les autres membres de la bande, qui se comportent souvent comme des adolescents, ont finalement peu à se mettre sous la dent. On pourra aussi trouver les scènes de crises entre Maxime et sa mère un peu excessives, dans la mesure où elles en rappellent d’autres, très célèbres.

On se laissera néanmoins porter par la douce mélancolie qui émane de ce beau film, magnifié aussi par la superbe partition musicale de Jean-Michel Blais.

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