Analyse

L’heure des décisions approche

Décidément, la semaine de relâche du Canadien promet d’être intéressante. On aura en effet une bonne idée de la direction que voudra prendre Marc Bergevin avec son équipe.

Les hommes de Claude Julien avaient une dernière chance, cette semaine, de s’accrocher en attendant le retour des blessés. L’occasion était belle, après les deux victoires de samedi et de lundi : mercredi contre les Blackhawks de Chicago et leur défense décimée, jeudi contre des Flyers de Philadelphie qui connaissent des hauts et des bas, et samedi contre des Golden Knights de Vegas en pleine tourmente.

La marge de manœuvre était toutefois inexistante, et avec cette défaite pas très chic de 4-1 contre les Blackhawks, on voit mal comment un directeur général responsable pourrait faire la sourde oreille devant des équipes à la recherche de renfort.

Les options, elles sont connues. Nate Thompson, Ilya Kovalchuk et Marco Scandella comme joueurs de location, puisque leurs contrats expirent dans six mois. Sinon, pour un retour nettement plus substantiel, Jeff Petry et Tomas Tatar sont deux joueurs beaucoup plus productifs, qui ont chacun une année supplémentaire de contrat.

Que ça arrive à la relâche ou dans un mois, il y aura du mouvement. C’est ce qui arrive à une équipe condamnée en avance à rater les séries, à plus forte raison une équipe qui en sera exclue pour la troisième année de suite, avec un noyau qui se ressemble.

Quand de tels changements surviennent, c’est l’occasion pour d’autres de prendre plus de place, de devenir des meneurs de l’équipe. Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling ont de bonnes chances de faire partie de ces meneurs un jour. Mais ils sont encore à un âge où le commun des mortels vit en colocation et se nourrit de pizzas pochettes. Ils ont besoin de temps, tant sur la patinoire qu’à l’extérieur.

Le cas Domi

Max Domi en est un qui aura donc une belle occasion de prendre du galon. Pour y parvenir, il devra toutefois prendre des décisions plus éclairées que celle qu’il a prise mercredi en deuxième période.

Alors que son équipe était en retard 2-1, il s’est mis à se chamailler avec un joueur marginal du camp adverse, Matthew Highmore, derrière le jeu. Les arbitres l’ont puni et, 35 secondes plus tard, les Blackhawks marquaient.

Julien n’était pas content et lui a envoyé deux messages plutôt qu’un. Le premier en le clouant au banc, même pendant un avantage numérique. C’est donc dire que sur l’unité au sein de laquelle il joue habituellement, on retrouvait Shea Weber, Ilya Kovalchuk, Nick Cousins, Jordan Weal et Artturi Lehkonen. Tout ça avec la chance de resserrer l’écart à un but, avec 25 minutes à écouler au match.

« Claude ne m’a rien dit, mais quand tu écopes d’une pénalité et que ça nous coûte un but… Je ne peux pas faire ça. C’est la décision de l’entraîneur, je la respecte, c’est le patron. »

— Max Domi

Si ce premier message n’était pas assez clair, Julien en a rajouté une couche en point de presse.

« J’ai fait ce que j’avais à faire, je n’ai pas d’explication additionnelle à donner », a dit l’entraîneur-chef, avant de justement donner une explication additionnelle.

« Ce n’est pas la première fois qu’il écope d’une mauvaise punition, il y a des conséquences. Parfois, le message date de plus longtemps que ce cas en particulier. Ça importe peu, qui on envoie à la place de Max, ce n’est pas comme si c’était lui qui marquait chaque fois [en avantage numérique], c’est une unité de cinq joueurs. C’est aussi simple que ça. »

Ironiquement, cette situation est survenue à l’occasion de la visite des Blackhawks, qui aurait dû marquer le retour à Montréal d’Andrew Shaw. Une commotion tient toutefois l’ancien du Canadien à l’écart du jeu.

Au fil des ans, avec une fougue qui s’apparente à celle de Domi, Shaw est devenu un pilier de ses équipes, à Chicago comme à Montréal. Domi a l’énergie pour devenir le meneur émotif qu’était Shaw et, en plus, la vie l’a doté d’habiletés supérieures.

Il pourrait donc accomplir ce boulot tout en amassant une soixantaine de points par année. Son contrat sera à renégocier l’été prochain, et dans l’univers du plafond salarial, le contrat fait partie de ces éléments qui établissent le statut d’un joueur.

L’occasion est belle pour le numéro 13, pour peu que des situations comme celle de mercredi ne se reproduisent pas. La décision de Julien de le clouer au banc était peut-être discutable, mais la faute de Domi qui a mené au troisième but des Blackhawks ne laissait aucun doute.

Sa capacité à prendre ses responsabilités au cours des prochains mois pourrait dicter en grande partie son statut au sein de l’équipe.

Armia dans l’avion, Peca à Laval

Joel Armia devait finalement accompagner ses coéquipiers dans l’avion vers Philadelphie, tard mercredi. Le Canadien y affrontera les Flyers jeudi, et un retour d’Armia n’est donc pas à exclure. L’équipe a aussi annoncé le renvoi de Matthew Peca à Laval. Peca était le seul réserviste en santé à l’attaque chez le Tricolore. Un indice de plus qu’Armia est prêt…

« On ne méritait pas ce match-là »

« Notre gardien a bien joué, on aurait aimé être meilleurs pour lui. Tout le monde veut gagner. Ce n’est pas facile. »

— Max Domi

« Ce n’est pas plaisant de perdre. Je suis frustré, comme tout le monde dans ce vestiaire. J’ai perdu trois matchs de suite, j’espère que le vent va tourner à la prochaine occasion. »

— Charlie Lindgren

« Le hockey de rattrapage, à un moment donné, ça nous rattrape nous-mêmes. C’est quelque chose qu’il faut éviter. Il faut apprendre à jouer le match en entier. »

— Phillip Danault

« On n’était pas là du tout. On a perdu des bagarres, des rondelles libres, on a pris de mauvaises décisions. On ne méritait pas ce match-là du tout. »

— Claude Julien

« C’est probablement le pire match depuis les 10 derniers. Ça arrive de temps en temps, ça ne veut pas dire que c’est acceptable et que je l’accepte. Je suis extrêmement déçu de notre performance. »

— Claude Julien

« Les pièces d’équipement [d’un gardien de but] sont importantes, surtout quand un gars attend pour tirer sur réception de l’enclave. »

— Claude Julien, au sujet du troisième but des Blackhawks

Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Une menace nommée Zack Smith

Le matin des matchs, Claude Julien a l’habitude d’identifier les joueurs adverses susceptibles de « causer du dommage » à son équipe. Avant la rencontre contre les Blackhawks, les noms de Patrick Kane et de Jonathan Toews ont donc été évoqués. Mais comment oublier Zack Smith ? Le match n’avait pas 9 minutes que déjà l’attaquant de soutien des Blackhawks avait marqué deux buts, doublant du coup sa production jusqu’ici cette saison. Son premier but a été rendu possible après une confusion flagrante entre le gardien Charlie Lindgren et son coéquipier Tomas Tatar. Ce dernier, en avantage numérique, semblait sur le point de cueillir la rondelle derrière son filet, mais Lindgren a semblé surpris de son passage… et du fait que la rondelle demeure à ses pieds. Drake Caggiula en a profité pour la récupérer et la remettre à Smith, qui a marqué dans un filet abandonné. « Je vais devoir revoir la séquence, mais c’est le genre de but qu’on peut éviter, a dit Lindgren. Il y a eu un manque de communication. J’en prends la pleine responsabilité. »

« Un match bizarre »

Le même Lindgren a trouvé les mots justes en affirmant à quel point c’est un « match bizarre » qui a été disputé au Centre Bell. On a pu le constater une fois de plus sur le troisième but des Hawks. Au cours d’un désavantage numérique, le gardien a perdu son bloqueur pendant une mêlée près de son filet. Le jeu s’est néanmoins poursuivi – les arbitres sont tenus de siffler seulement si le gardien perd son masque – et le pauvre Lindgren a tenté de protéger sa main nue du mieux qu’il le pouvait, mais Alex DeBrincat a marqué. Lindgren a semblé perplexe, mais n’a pas tenté de remettre en doute le jugement des arbitres. « Selon ce que j’ai compris, ils auraient sifflé si on avait eu la pleine possession de la rondelle ou si on était sortis de notre zone, a-t-il dit. Évidemment, c’est étrange de jouer sans une pièce d’équipement, mais c’est comme ça. » Claude Julien a tenu essentiellement le même discours, ajoutant toutefois « qu’il faudra regarder [le règlement] de plus près à un moment donné ». « Pour tous les gardiens, le masque est important, les gants aussi. »

Avantage numérique en panne

Il y a bien des choses qui ne fonctionnent pas bien chez le Canadien en ce moment. La pire d’entre elles est probablement l’avantage numérique. Avant le 31 décembre, le Tricolore faisait très bonne figure à ce chapitre, avec une efficacité de 24,3 % en 39 matchs, une performance qui le plaçait au sixième rang de la ligue. Depuis le match en Caroline, le 31 décembre, c’est une véritable catastrophe : seulement 2 buts en 29 occasions réparties sur 9 rencontres, soit un rendement de 6,9 %, au 31e et dernier rang du circuit. Ça s’est encore très mal passé mercredi, au point que l’unité de désavantage numérique des Blackhawks n’a enregistré qu’un tir de moins (4) que l’attaque à cinq du Canadien (5). L’ajout d’Ilya Kovalchuk, pourtant réputé être un spécialiste en telle occasion, n’a décidément pas eu l’effet escompté. « C’est juste une question de cohésion, a analysé Phillip Danault. L’exécution, les passes sur le ruban, c’est ce qu’on ne fait pas en ce moment. »

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