L’Europe s’ouvre aux Canadiens, mais pas l’inverse

Ottawa — Auparavant l’épicentre de la pandémie, l’Europe ouvre ses portes dès mercredi aux voyageurs d’une poignée de pays, dont le Canada, et à l’exception notable des États-Unis. Malgré la réouverture du Vieux Continent, Ottawa demeure prudent en prolongeant la fermeture de ses frontières pour un autre mois.

Le décret imposé en mars par le gouvernement Trudeau pour fermer les frontières a été renouvelé lundi jusqu’au 31 juillet. Le décret interdit à tout étranger d’entrer au pays, à quelques exceptions près, comme la famille immédiate de Canadiens, les travailleurs saisonniers et les étudiants internationaux.

Cette décision d’Ottawa contraste avec l’annonce mardi du Conseil de l’Union européenne de recommander l’ouverture des frontières aux citoyens d’une quinzaine de pays ayant réussi à maîtriser le virus, dont le Canada, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, la Thaïlande et l’Uruguay.

Pour déterminer cette liste, l’Union européenne a privilégié les pays qui comptent une situation épidémiologique meilleure ou semblable à celle de l’Europe. Notons que les pays européens ne sont pas obligés de suivre cette recommandation et peuvent continuer de fermer leurs frontières.

La politique officielle du gouvernement du Canada n’a toutefois pas changé d’un iota : il est conseillé aux citoyens d’éviter les voyages non essentiels à l’étranger. Les Canadiens de retour au pays doivent également demeurer confinés pendant 14 jours. Mais si jamais Ottawa n’imposait plus de quarantaine, Québec pourrait en instaurer une, a suggéré mardi le DHoracio Arruda.

« Il faut regarder la situation épidémiologique [en Europe] en termes de transmission. Je peux vous dire qu’avec ces réouvertures-là, on va faire l’évaluation pour vérifier si on ne va pas demander aux gens de rester en quarantaine pendant 14 jours », a commenté le directeur national de santé publique du Québec.

« Il va y avoir des discussions avec le fédéral, bien entendu, parce que la loi sur la quarantaine est sous sa juridiction. »

— Le Dr Horacio Arruda

Le DArruda s’est également dit « préoccupé » par la situation aux États-Unis, frappés de plein fouet par une recrudescence de cas de COVID-19. D’ailleurs, l’Union européenne a maintenu ses restrictions à l’égard des Américains, une décision qui n’est pas passée inaperçue aux États-Unis.

« On sait que dans les États de l’Est, notamment, jusqu’en Floride, il y a énormément de cas, donc ce sont des discussions qu’on a actuellement avec notre ministre, avec les premiers ministres, et on va voir, dépendamment de quelles seront les décisions fédérales, quel sera notre plan de contingence pour éviter une introduction massive de cas importés des autres pays », a expliqué le DArruda.

« Prématuré » de voyager en Europe, selon le Parti conservateur

Selon le député conservateur Pierre Paul-Hus, il est encore trop tôt pour voyager en Europe. « C’est prématuré de prendre des vacances et de retourner prendre des vacances en Europe si ce n’est pas nécessaire. Ce n’est pas le moment d’aller visiter Paris », a fait valoir le porte-parole conservateur pour la Sécurité publique et la Protection civile.

D’ailleurs, soutient l’élu conservateur, le gouvernement fédéral devrait dire aux citoyens qu’ils ne seront pas rapatriés si l’Union européenne referme ses frontières en raison d’une nouvelle vague du virus.

« Si des gens veulent voyager, c’est à leurs risques et périls. Ce n’est pas conseillé de voyager s’il n’y a pas d’obligation. »

— Pierre Paul-Hus, député conservateur

S’il se réjouit que les Canadiens puissent visiter leur famille en Europe, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice soutient qu’Ottawa doit bien avertir les citoyens qu’une quarantaine de 14 jours sera imposée à leur retour. « Ce qui est important, c’est que la santé publique doit toujours primer sur le commerce et les profits », affirme le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique.

C’est pourquoi le député montréalais s’inquiète de la décision des transporteurs aériens de permettre l’occupation de tous les sièges dans un avion. « Transports Canada devrait regarder ça de près. Des compagnies donnent peut-être priorité à la rentabilité avant la santé publique. Ça nous inquiète », déplore Alexandre Boulerice.

Air Canada assure avoir mis sur pied des mesures sanitaires qui permettent aux voyageurs de voler en « toute sécurité ». Le transporteur aérien et son compétiteur Air Transat ont d’ailleurs accueilli favorablement la décision de l’Union européenne et demandent à Ottawa d’ouvrir également ses frontières.

— Avec Philippe Mercure, La Presse

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