Chronique

15 cas liés à un tournoi de hockey-balle

Ce ne sont plus seulement 5, mais 15 personnes qui ont été infectées à la COVID-19 après un tournoi de hockey-balle disputé à Mirabel, à la mi-juillet. C’est – de loin – l’éclosion la plus importante liée au déconfinement du sport au Québec.

Parmi les cas confirmés, on retrouve des hockeyeuses. Mais aussi des conjoints, des parents et des enfants des joueuses. Une vingtaine d’autres personnes font l’objet d’un suivi étroit. Elles ont campé pendant deux jours avec une joueuse infectée.

Un gros bilan, qui n’étonne pas les experts.

« Il fallait s’y attendre », m’explique le DJean-Luc Grenier, médecin-conseil en maladies infectieuses à la Direction régionale de santé publique des Laurentides.

« Il y a eu des cas secondaires au sein d’autres équipes. Dans les familles des joueurs, aussi. On suit les contacts. On vérifie s’ils tombent malades, si leurs tests sont positifs. »

L’éclosion a commencé lors d’un tournoi de hockey-balle au Complexe HBLL, à Mirabel, le 11 juillet. Selon les témoignages que j’ai recueillis, il y avait beaucoup de jeunes adultes sur place.

Combien ?

De 150 à 200 personnes. La limite permise était alors de 50.

La distanciation physique ?

Inexistante.

« J’avais de la misère à me frayer un chemin pour me rendre au terrain », m’a raconté une joueuse. La terrasse extérieure – située entre les deux surfaces de jeu – était bondée de monde. Le port du masque n’était pas généralisé.

Pendant une partie, une hockeyeuse a fait une chute. Elle s’est rendue à l’hôpital. Les médecins lui ont diagnostiqué une commotion cérébrale. Et la COVID-19. Trop tard. Elle avait déjà côtoyé étroitement plusieurs personnes sur le site. Notamment ses coéquipières.

Dans une entrevue à Radio-Canada, l’organisateur, Sébastien Lajeunesse, a reconnu certains écarts. « On était préparés, mais on ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi dur. Avoir su, on aurait peut-être mis plus de sécurité. » Plusieurs messages laissés au Complexe HBLL et à M. Lajeunesse sont restés sans réponse.

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Après le premier diagnostic positif, la Direction régionale de santé publique des Laurentides a amorcé son enquête. Non sans difficulté, indique le DJean-Luc Grenier.

« Les jeunes adultes ont tendance à être réticents à partager les noms de leurs coéquipiers. Ils ne veulent pas dénoncer leurs amis. Sauf que c’est très important de collaborer [avec la Santé publique]. Les gens doivent être avisés rapidement pour protéger leurs parents, leurs contacts, leurs enfants. »

Le 17 juillet, confrontée à cinq cas positifs, la Direction régionale de santé publique des Laurentides a décidé de diffuser un appel à tous. Le but : retracer tous les participants et les spectateurs du tournoi. Plus de 4500 utilisateurs de Facebook ont partagé le message. Des médias, notamment La Presse, l’ont aussi relayé.

Résultat ?

Le nombre de cas positifs liés au tournoi a triplé. De 5 à 15.

Des conjoints des hockeyeuses sont devenus porteurs du virus. Une joueuse a contaminé ses parents et ses enfants, qui n’avaient pas assisté à la compétition. Autre source d’inquiétude : une hockeyeuse est allée camper dans les Laurentides avec une vingtaine d’amis, alors qu’elle était infectée.

Son premier test était négatif, explique le DGrenier. Ça arrive parfois au début de la maladie. « Elle se sentait en sécurité. Mais après coup, elle a développé des symptômes. Elle était en incubation. Il a fallu mettre un paquet de monde en isolement. On recommande aux gens de s’isoler pendant 14 jours. Heureusement, à ce jour, on n’a pas eu de cas secondaires liés [au camping]. »

Parmi les 15 cas confirmés, aucune personne n’a séjourné aux soins intensifs. Mais plusieurs ont développé des symptômes.

Presque tous les tournois de hockey-balle sont annulés jusqu’à nouvel ordre. Les saisons, elles, se poursuivent, avec un resserrement de l’application des mesures sanitaires.

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Étonnamment, le ministère de la Santé et des Services sociaux ne tient pas un registre de toutes les éclosions survenues dans le sport au Québec. On m’a dirigé vers les établissements de santé et les directions régionales. On m’a parlé de quelques autres cas. Mais aucun n’approche en ampleur celui de Mirabel.

Il y a eu plusieurs petites éclosions. Presque toutes limitées à deux ou trois cas. Dans un camp de hockey à Montréal. Dans des gymnases de la couronne nord. Dans des « bootcamps ». Au sein du groupe de sauveteurs des piscines de Lachine. Des équipes de soccer ont aussi dû mettre leur saison sur pause après qu’un enfant a été contaminé par un parent.

Faut-il s’inquiéter et reconfiner le sport participatif, comme vient de le faire la ville de St. Louis ? Non.

Deux mois après la reprise, les éclosions liées à l’activité physique au Québec restent rares. Anecdotiques. De plus, le rôle du sport dans la propagation du virus reste flou. À Lachine, par exemple, plusieurs sauveteurs ont assisté à une fête. À Mirabel, des participantes ont fraternisé sur la terrasse avant et après la fin de leurs parties.

Somme toute, les protocoles soumis par les fédérations semblent bel et bien limiter la propagation.

« Les protocoles sont très, très bons, estime le DJean-Luc Grenier. Ils ont été bien réfléchis. Le problème, c’est de savoir si les gens les respectent. Si on recommence un sport comme le hockey, c’est difficile d’imposer le port du masque. C’est un sport d’essoufflement. C’est un risque qu’on prend malgré tout. La volonté, ce n’est pas d’éradiquer la COVID-19. C’est de la minimiser. En espérant que les athlètes ne se mélangeront pas trop aux spectateurs. »

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